Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Restauratrice de "La Cène" de Léonard de Vinci, Pinin Brambilla Barcilon est morte à 95 ans

L'Italienne a aussi bien travaillé sur Giotto et Caravage que sur Lucio Fontana ou Man Ray. Son décès survient alors que le pays connaît une polémique sur la profession.

Pinin Brambilla Barcilon devant "La Cène".

Crédits: Photo d'archives publiée par "La Reppublica".

C’est un décès qui fera peu parler de lui, même si la dame a occupé la vedette à la fin du millénaire dernier. Pinin Brambilla Barcilon (elle tenait beaucoup à ce dernier nom, que les journalistes laissaient systématiquement tomber) restaurait alors à Milan «La Cène» de Léonard de Vinci. Une entreprise qui lui aura pris en tout vingt ans. Le simple fait de mettre la main à un tel chef-d’œuvre l’exposait sans cesse au feu des critiques. Souvenez-vous, si vous en avez l’âge bien sûr, des polémiques interminables suscitées par le nettoyage du plafond de la Sixtine par Michel-Ange au Vatican!

Les articles sur Pinin Brambilla Barcilon parus dans la presse italienne, où l’on se montre bien plus respectueux du patrimoine que chez nous, ont été demandés par la rédaction à des amis ou des disciples. Autant dire qu’ils se montrent avares en précisions biographiques. Il s’agit plutôt de portraits d’une personnalité disparue. Si la fin est claire, une mort à 95 ans le 12 décembre peu après une sortie de l’hôpital, les débuts le restent ainsi nettement moins.

Masolino à Castiglione Olona

Pinin a commencé dans les années 1950, alors que la critique et l’histoire de l’art se renouvelaient en Italie. Avant Vinci, elle a participé à de nombreuses entreprises. Son registre se révélait en effet très large. Il allait de Giotto, dont elle a nettoyé des fresques de l’Arena de Padoue, à Lucio Fontana et à Man Ray. Le tout en passant par Piero della Francesca et Le Caravage. Le plus important cycle de fresques revu par ses yeux et sa main aura été en 2003 celui de Masolino da Panicale au baptistère de Castiglione Olona, à quelques kilomètres du Tessin (d’où l’on peut se rendre en autobus). Elle en avait par ailleurs révélé un autre, complet, du XVe siècle sous des badigeons dans l’ex-église San Marco de Vercelli. Une ville ravissante négligée par les touristes, alors qu’elle se révèle d’un accès facile depuis Milan.

Masolino près du Tessin. Un cycle de fresque des années 1430. Une longue restauration achevée en 2003. Photo DR.

«La Cène» avait servi en Italie de grand laboratoire de recherches. Il faut dire que cette vaste peinture, située dans le réfectoire de Santa Maria delle Grazie, était ruinée dès le XVIe siècle. Giorgio Vasari, dans l’édition de ses «Vitre» de 1568, parle déjà de «tache éblouissante». Autant dire qu’il n’en restait pas grand-chose septante ans après l’élaboration de l’œuvre! Pinin Brambilla Barcilon avait dû affronter les restaurations précédentes, enlever les repeints, nettoyer la saleté, interrompre la chute des couleurs et réparer les soulèvements de matière. Le tout en devant se justifier de chaque intervention. Notez que les conflits se sont résolus d’un coup à la fin de son entreprise, qui aura fait l’unanimité. Mais on s’est aussi habitués, en un quart de siècle, à voir Michel-Ange peindre en Technicolor.

Autre décès marquant

La disparition de Pinin Brambilla Barcilon fait suite à celle d’un autre restaurateur italien à l’audience plus confidentielle. En septembre dernier est décédé à 91 ans Ottorino Nonfarmale, au nom admirable. Installé à Bologne, le Mantouan avait redonné bonne mine à nombre de chefs-d’œuvre. Son éventail se révélait plus réduit que celui de sa consœur lombarde. Il allait de Mantegna à Guido Reni en passant par Raphaël.

Ottorino Nonfarmale au travail. Photo d'archives publiée par "Il Giornale dell'arte".

Ces deux départs interviennent alors que surgit une véritable crise morale de la restauration, révélée comme il se doit par «Il Giornale dell’arte». La vieille génération et les historiens de l'art reprochent aux jeunes praticiens de ne pas respecter les œuvres suffisamment. Celle-ci se verraient remises au goût du jour. Une pratique que connaissent depuis un siècle et demi les artisans travaillant pour le compte de certains grands marchands d’art ancien. Il s’agit pour les uns de plaire, et pour les autres de vendre...

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