Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Renée Levi reçoit le Prix de la Société des Arts et expose du coup à l'Athénée genevois

Née à Istanbul en 1960, l'artiste vit et enseigne à Bâle. Elle propose à la Salle Jules-Crosnier une immense bâche sur le sol, couverte de tortillons rose shocking.

L'affiche de l'exposition.

Crédits: Société des arts, Genève 2019.

C'est une femme dont on parle, mais en coulisses. Renée Levi reste méconnue du grand public. Ce n'est pas faute de visibilité. Née en 1960 à Istanbul, l'artiste a plusieurs fois été présentée au Mamco (c'était en 2000 et en 2015). Plus récemment, elle était en 2014 à la Villa du Parc d'Annemasse, qui reste il faut dire un lieu confidentiel. Elle a obtenu des commandes privées et publiques. On lui doit aussi bien le décor d'une clinique zurichoise, que celui d'un conseil communal lucernois ou le «Tapis volant» du Cycle de Montbrillant à Genève. Ce dernier a pris son envol en 2003.

Aujourd'hui, alors que la femme fait partie des invités de l'immense Biennale de Lyon (28 000 mètres carrés rien que dans les ex-Usines Fagor!), elle se retrouve honorée à Genève (1). Renée Levi est la lauréate du Prix de la Société des Arts, décerné tous les deux ans. Je rappelle en quelques mots de quoi il retourne. En 2008, la vénérable société, fondée en 1776, a décidé de fusionner ses nombreux petits prix (six en tout), nés au cours de son histoire et dévalués par l'inflation. Le premier s'est vu décerné en 2009. Il est allé à Francis Baudevin. Ont suivis le trublion Christoph Büchel (l'homme du bateau de migrants présentés en marge de la Biennale 2019 de Venise, qui a refusé d'entrer en matière) en 2011, Gianni Motti en 2013 et Sylvie Fleury en 2015. Le Mediengruppe Bitnik l'a obtenu en 2017. Ce binôme alémanique avait alors le vent en poupe.

Localisée à Bâle

Seconde femme à obtenir le prix, l'artiste possède les liens nécessaire avec la Suisse pour entrer dans le règlement. Cette architecte reconvertie dans les arts plastiques est ancrée à Bâle, où elle enseigne depuis 2001 à l'Ecole des beaux-arts, ou FHNW/HGK. Elle y applique à sa manière sa première formation. Renée apprend en effet à ses élèves à modifier la perception de l'espace par l’utilisation de couleurs très vives, «voire fluorescentes» comme le dit le communiqué de presse. Elle entretient ainsi un puissant rapport avec le rose. Une tonalité qu'on pourrait qualifier selon les cas de fuchsia, de rose indien ou de rose shocking.

Renée Levi. Photo fournie par la Société des arts.

L'Alémanique d'adoption a été choisie par le jury «en toute indépendance et sans concours». Ses membres prospectent eux-mêmes avant de tenter de se mettre d'accord. Ils étaient cinq jurés, choisis par Karine Tissot. Une dame dont je vous parle souvent, vu qu'elle dirige le CACY d'Yverdon. Il y avait là Nathalie Herschdorfer, Helen Hirsch, Chantal Molleur, Brita Polzer et non plus la femme mais l'homme potiche (je plaisante...). J'ai nommé Josse Bailly, qui représentait ici la commission des expositions de la Société des Arts (SDA). Une équipe genevoise tournée vers l'ultra contemporain. Bien des artistes ont accompli leurs premiers pas publics à la Salle Jules Crosnier, au premier étage de l'Athénée qui appartient à la SDA. Une première étape suivie, ou non, par beaucoup d'autres. Tout le monde ne fait pas carrière.

Une sensation de vide

Doté de 50 000 francs et accompagné d'une exposition à la Salle Crosnier et d'un livre, le prix a été officiellement décerné le 28 septembre. L'accrochage dure jusqu'au 27 octobre. Parler d'accrochage, comme je le fais par habitude, peut cependant sembler périlleux. Il n'y a rien aux murs, à part quelques dessins où Renée joue avec des chiffres et les initiales de son nom. Le grand œuvre se trouve étalé par terre. Il s'agit d'une bâche, ou d'une sorte de rideau de théâtre. Il est permis de penser aux production de Supports/Surfaces du début des années 1970. Comme trop vaste pour un lieu pourtant immense, la pièce finit tournée à l'envers, le bout recouvrant une partie du milieu de l’œuvre.

On aime ou on n'aime pas. C'est à la fois beaucoup et très peu. Règne tout de même à la Salle Crosnier une sensation de vide. Tout cela se voit expliqué dans le livre. Quarante francs pour les visiteurs extérieurs. Trente pour les adhérents à la SDA. Il y a là des textes de Markus Stegmann, de Christina Végh et bien sûr de Karine Tissot. C'est trilingue, vu que l'ouvrage doit servir à la promotion ultérieure de l'artiste. Il y en a donc 128 pages. Prochain lauréat en 2021. Cela peut sembler loin, mais la chasse aux nouveaux candidats commencera dans quelques mois.

(1) La Biennale de Lyon se terminera le 5 janvier 2020.

Pratique

«Renée Levi», Salle Crosnier, Athénée, 2, rue de l'Athénée, Genève, jusqu'au 27 octobre. Tél. 022 310 41 02, site www.societedesarts.ch Ouvert du mardi au vendredi de 15h à 19h, les samedis et dimanches de 14h à 18h.

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