Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Renate Buser transforme par sa photographie l'architecture du CACY d'Yverdon

La plasticienne alémanique traque en temps normal les constructions modernistes ou brutalistes. Karine Tissot lui a demandé pour le Centre d'art contemporain son regard sur un bâtiment du XVIIIe siècle.

Une fenêtre. Dans le bon sens ou retournée à 180 degrés?

Crédits: Renate Buser

C'est davantage une installation qu'une exposition. Pour deux semaines encore, le CACY (ou Centre d'art contemporain d'Yverdon) invite son public à découvrir la photographe Renate Buser. Née en 1961, cette Argovienne installée à Bâle traque de par l'Europe les constructions modernistes ou brutalistes, qu'elle met en images. Elle le fait avec toute la froideur voulue. On sent chez la Suissesse l'influence de l'école allemande, initiée à la fin des années 1960 par Hilla et Bernd Becher. Une vision objective dénuée de toute sentimentalité. Un accent mis sur le béton au détriment des êtres humains. Un graphisme servi par l'usage du noir et du blanc.

Pour Yverdon, Karine Tissot a demandé à Renate Buser de regarder l'Hôtel de Ville, qui abrite le CACY. Un beau bâtiment du XVIIIe siècle aux volumes généreux soulignés par l'usage de la chaleureuse pierre blonde de Hauterive. L'artiste a accepté ce qui pourrait sembler pour elle un contre-emploi. Autant dire qu'elle a joué le jeu. La photographe a cependant utilisé des détails, qu'elle a tiré de leur contexte. Poursuivant plus loin sa démarche, elle les a souvent tournés à 180 degrés. Autant dire que les voûtes ressemblent aujourd'hui à des cratères et que les fenêtres en arc de cercle ont l'air de demi-lunes. Karine Tissot parle de «regard décalé sur la spatialisation». Je me contenterai de dire qu'il y a là de troublantes manipulations. Elles amènent du reste le visiteur à mieux regarder le bâtiment réel. Mais où donc se trouve le détail que j'ai sous les yeux?

Paris et Londres

Il n'y a pas qu'Yverdon collé sous formes de tirages géants sur les murs du CACY. L'observateur y retrouvera un élément de La Défense à Paris ou les fenêtres du Collège néerlandais de la capitale française. Il reconnaîtra peut-être, tant cette architecture peut sembler anonyme, des tours du Barbican londonien. J'ignore si Renate Buser trouve beaux ces immeubles brutalistes des années 1970. Moi je les trouve immondes. Mais photogéniques. A chacun son goût, qui est par ailleurs générationnel.

Une petite salle propose d'autres images, un peu en marge. Il s'agit d’instantanés pris à Schweizerhalle, près de Bâle. Un énorme tuyau crache des hauteurs du sel, qui finit par faire un énorme tas blanc. Il s'agit ici d'évoquer «l'importance qu'Yverdon-les-Bains eut autrefois dans le négoce du sel.» Ce dernier restait rare, et donc cher, en Suisse jusqu'à l'exploitation du gisement de Bex au XVIIe siècle. Ce condiment reste par ailleurs lié dans le langage aux taxes et aux impôts. La gabelle a donné naissance aux gabelous, autrement dit aux douaniers. Quand aux amendes, elles sont demeurées salées jusqu'à nos jours. Quant aux affaires, notamment politiques, elles ne manquent généralement pas de sel.

Pratique

«Echo-Renate Buser», Centre d'art contemporain, place Pestalozzi, Yverdon-les-Bains, jusqu’au 3 février. Tél, 02 423 63 80, site www.centre-art-yverdon.ch Ouvert du mercredi au dimanche de 12h à 18h.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."