Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Reine du Technicolor", Rhonda Fleming est morte à 97 ans. Une carrière kitsch!

Vers 1950, cette rousse explosive jouait dans des films d'aventures exotiques, des reconstitutions historiques fantaisistes et des western de série B. Le cinéma du rêve!

Rhonda dans ses belles années.

Crédits: DR.

Encore un décès! En bientôt cinq décennies de carrière journalistique, j’aurai vu disparaître les reines du muet et les vedettes des films en noir et blanc des années 1930. Nous en arrivons aujourd’hui aux stars luxuriantes du Technicolor des années 1950. Rhonda Fleming a ainsi disparu il y a quelques jours. Elle avait 97 ans. Spécialisée ou non, la presse lui a fait une petite place dans ce qui devient le cimetière des éléphants. Il faut dire que, sauf pour les aficionados, l’actrice semblait complètement oubliée. Elle avait passé du grand au petit écran vers 1960. Comme le théâtre, la TV vous accorde un supplément de gloire. Puis ce fut la sortie…

Avec Arlene Dahl (au premier plan) dans "Slightly Scarlet" d'Allan Dwan. Photogramme tiré du film.

L’Américaine ne s’appelait en fait ni Rhonda, ni Fleming. Elle était née Marilyn Louis. Sa mère venait d’une famille de comédiens. Remarquée adolescente par un «talent scout», elle se vit prise sous contrat par David O’Selznik, le producteur d’«Autant en emporte le vent». Ce monsieur devait agir avec elle comme avec Ingrid Bergman. Il la faisait parfois tourner, mais il trouvait plus lucratif de la «louer» à différents studios. Rhonda devait mettre des années à recouvrer son indépendance. Elle put ainsi accéder au vedettariat, alors qu’elle se contentait des seconds rôles chez Hitchcock («Spellbound»), chez Robert Siodmak («The Spiral Staircase») ou chez Jacques Tourneur («Out of the Past»). Trois films importants.

Petits budgets

Durant les années 1950, Rhonda joua ainsi dans des films au kitsch délibéré qui firent d’elle «la reine du Technicolor». Il s’agissait en général de bandes d’aventures exotiques ou de westerns de série B. La couleur, qui servait bien une chevelure rousse flamboyante, devait cacher la pauvreté de moyens financiers. Pas d’illustres partenaires non plus, mais John Payne, Fernando Lamas ou Ricardo Montalban. Mais, comme la TV n’était pas encore en couleurs, les spectateurs adoraient ça. Certains cinéphiles aussi. Je me souviens d’avoir entendu dire aux Cinémas du Grütli genevois par leur ex-directeur Rui Nogueira qu’il la jeune préférait jeune à Marilyn. «Marilyn appartenait à tout le monde alors que Rhonda Fleming était à moi.»

Rhonda en Sémiramis. Une escapade italienne. Photo DR.

Il y a bien sûr quelques titres pour surnager. Dans le genre respectable, je citerai «While the City Sleeps» de Fritz Lang, "Gunfight at the OK Corral" de John Sturges ou «Tennessee’s Partner» d’Allan Dwan. Ce dernier eut aussi l’honneur de la diriger en compagnie d’Arlene Dahl, l’autre rousse explosive de Hollywood, dans «Slightly Scarlet», élégamment traduit en français par «Deux rouquines dans la bagarre». C’était là, avec «Leave Her To Heaven» de John M Stahl, l’unique «film noir» jamais tourné en couleurs. Dans le kitsch, j’avoue ne jamais avoir vu les trois réalisations en 3D de Rhonda. Je me souviens en revanche d’elle en Cléopâtre dans «The Serpent of the Nile» de William Castle. Une nullité. Mort à 104 ans en 1998, Carlo Ludovico Bragaglia s’en était mieux tiré à Cinecitttà en transformant Rhonda en Sémiramis. La chose s’intitulait «La courtisane de Babylone»…

Six maris et des arrière-arrière petits enfants

A partir de 1960, Rhonda fit de la scène en one-woman show et un peu de TV. Elle était riche, ayant bien investi dans l’immobilier. L'ancienne vedette avait également eu autour d’elle six maris successifs. D’où des enfants, des petits-enfants, puis des arrière petits-enfants et même des arrière-arrière petits enfants. Ainsi va la vie!

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