Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Réactions en chaîne après la réouverture des musées décidée par le maire de Perpignan

Sur le principe, le monde de la culture est d'accord. Mais Louis Aliot est un élu d'extrême droite. Cela dit, son initiative fait au moins parler largement d'elle.

L'entrée du musée Hyacinthe-Rigaud.

Crédits: Musée Hyacinthe-Rigaud.

On en débat et on veut s’en débarrasser. Par arrêté municipal, Louis Aliot, maire de Perpignan a rouvert le lundi 8 février les quatre musées de Perpignan. «Ce n’est pas plus dangereux d’aller visiter l’un d’eux que d’aller dans un supermarché faire ses courses.» Là dessus, tout le monde semble d’accord, même si la ministre de la Culture Roselyne Bachelot doit composer avec les directives sanitaires présidentielles. Du coup (j’ai consulté le journal de Perpignan), des visiteurs parfois âgés ont franchi des portes closes depuis cent quatre jours. Il faut dire qu’en réponse à ses prêts pour une exposition au château de Versailles (que nul ou presque n’a pu voir) sur le peintre de Louis XIV Hyacinthe Rigaud, le Musée Hyacinthe Rigaud vient de recevoir une galerie de portraits de reines. Une rétrospective dont le parcours temporel risque lui aussi de se révéler chahuté.

Les visiteurs au musée le premier jour de la réouverture sauvage. Photo AFP.

Si l’affaire passionne la France, c’est parce qu’un élu de fraîche date (Aliot a recueilli 53 pour-cent des voix en 2020) joue les Robin-des-Bois culturels. Mais pas seulement. L’homme n’a en effet rien de neutre. Né à Toulouse en 1969, il est entré au Front National à 21 ans. De 2009 à 2019 (ce n’est pas vieux!) il a servi de compagnon à Marine Le Pen. Roselyne Bachelot a du coup qualifié son action d’«initiative purement politicienne», assurant qu’elle ne faisait «pas la cause de la culture». Les journaux se révèlent à ce propos aussi partagés que leurs lecteurs, qui ont posté en masse des commentaires. L’enjeu apparaît idéologique. Officiellement, la culture se situe plutôt à gauche. Ici, elle se fait instrumentaliser par la droite dure. Certains ont donc beau jeu de dire que Louis Aliot avait agit de même en octobre dernier pour les commerces non essentiels de Perpignan, puis en décembre au moment du Marché de Noël.

Une pression qui monte

Inutile de préciser que l’arrêté municipal se verra cassé. Le préfet Etienne Stoskopf s’y emploie. Tout rentrera dans l’ordre, ou du moins dans la norme nationale. La presse, même spécialisée, y pousse du reste. J’ai ainsi lu avec amusement (je ne vous dirai pas où) un site de journal favorable à l’ouverture des musées, en raison de la quasi absence de danger épidémiologique,  s’indigner que Louis Aliot n’ait pas «pris conscience des risques sanitaires.» L’aurait-il fait si le maire avait été «macronien»? Roselyne Bachelot, au micro de BFM-TV a cependant assuré que les musées seraient prioritaires lors des réouvertures. Elle s’y applique, sans autre précisions.

Au premier plan, Louis Aliot. Photo DR.

Il faut dire que les pressions sur le gouvernement deviennent rudes, alors qu’elles restent molles en Suisse. Il y a eu la lettre de personnalités, dont la gênante Carla Bruni-Sarkozy. Celle lancée par Emma Lavigne, la directrice à Paris du Palais de Tokyo. La question revient par ailleurs de plus en plus souvent dans une presse qui s’est pourtant couchée devant le gouvernement depuis un an.

Prise d'otages

Je retiens cependant, parmi les dissidents de la première heure, l’avis que le quotidien en ligne «La Tribune de l’art» actualise chaque jour. «Alerte enlèvement. Aujourd’hui mercredi 10 février, 104e jour de fermeture imposée des musées et monuments historiques. Les responsables de cette situation absurde, Emmanuel Macron et Jean Castex, leur caution, Roselyne Bachelot, sont toujours en activité...» Une annonce semblable à celle qu’Antenne 2 avait fait en 1986 pour une prise d’otage au Liban de deux de ses journalistes. Bref, la tension monte. Alors inutile, Louis Aliot?

P.S. A ce propos, le nouveau maire n’est pas responsables des démolitions abusives de maisons historiques dans le vieux Perpignan. Celles-ci remontent à 2018.

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