Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Ralf Marsault revient avec un nouveaux livre sur le Berlin marginal, "Faintly Falling"

Co-auteur en 1990 avec Heino Müller d'un ouvrage de photos devenu mythique, "Fin de siècle", le Français montre cette fois-si les habitants des cités de caravanes.

La photo de couverture de "Faintly Falling"

Crédits: Ralf Marsault

Tiens un revenant! Pour beaucoup, le nom de Ralf Marsault reste en effet lié à un livre de photographies devenu mythique: «Fin de siècle». Un volume dont les images en noir et blanc étaient coréalisées avec Heino Müller, mort en 1995. Très vite épuisé, l’ouvrage est devenu un «collector» dès la fin du millénaire dernier, alors qu’il a paru chez les Pirates Associés en 1990. J’avais alors acheté mon exemplaire, que je possède du reste toujours, dans l'élégante librairie Galignani, rue de Rivoli à Paris. Il y avait là une pile sur présentoir. Il ne semblait pourtant pas possible de trouver de lieu en apparence plus inadéquat pour ce genre de publication. Pensez! Rien que des images, très posées, de «punks» et de «skins» avant tout berlinois. Le Français Marsault a très longtemps vécu dans cette ville, qui allait regagner la grande Allemagne en cette année 1990 après la chute du Mur.

L'image de couverture de "Fin de siècle" en 1990. Ces jeunes gens sont donc aujourd'hui quinquagénaires... Photo Ralf Marsault et Heino Müller.

Ralf Marsault a pourtant continué de travailler, avec une démarche de plus en plus anthropologique. Une ambition universitaire. Il n’en continue pas moins à défricher ses archives. En témoigne un nouvel ouvrage, qui sert en fait de catalogue à une exposition, aujourd’hui présentée au TXHB Museum de Berlin quand de dernier n’est pas fermé pour cause de pandémie. D’où son prix, très accessible. Moins de 30 euros. Le travail ici montré se situe encore dans la mégapole. Il concerne aussi des marginaux. Nous sommes non plus à Kreuzberg ou à Engelbecken, mais dans la zone de Kreuzdorf Wagenburg. Une région de terrains vagues, où des gens peuvent installer leur habitation mobile. De vraies cités, en forme de campements. La capitale réunifiée est longtemps restée semblable à un habit mité. Il subsiste des trous vides d’habitations, que la spéculation immobilière ne touche pas encore. «Faintly Falling» illustre ainsi dix ans de résistance à la gentrification galopante, même dans une agglomération aussi énorme que Berlin.

Un courant devenu "mainstream"

Evidemment, cette fois, il n’y a plus le choc d’il y a trente ans. Les tatouages, les vestes de cuir, les «percings» sont entre-temps devenus «mainstream». En trois décennies, ils ont quitté le no man’s land pour les podiums du prêt à porter. On voit aujourd’hui en boutiques des «jeans» troués à mille francs la paire. Des «perfectos» revus par Balenciaga. Des «bombers» sur presque tout le monde. La mode, on le sait, ne descend plus dans la rue. Elle en remonte. Internet a par ailleurs tout changé. Il y a grâce à ses millions d’images de quoi alimenter en la matière des curiosités même insatiables. Sur les «punks» et les «skins» germaniques, il doit bien exister des dizaines de sites spécialisés. En libre accès. Plus tous ceux qui, pour des raisons politiques, de sexe ou de violence, se sont vus cryptés. L’approvisionnement se révèle sans doute là quotidien, l’origine et la date des images ne se voyant cependant jamais précisées. Hier? Il y a dix ans? Allez savoir à force de repompages!

Ralf Marsault. Photo DR.

Je terminerai en disant que j’ai failli faire l’objet d’un reportage de Ralf Marsault. Il y a eu plusieurs séances organisées à Paris. J’avais du mal à comprendre ses questions. Je les trouvais compliquées. Il faut dire qu’il me voyait comme le marginal que je ne suis de loin pas. Tragique malentendu. J'ai même connu un début de tournage. Nous étions dans la grande serre du Jardin des Plantes. Je devais me tenir debout. A un (in)certain moment, j’ai glissé sur une pierre moussue et je me suis retrouvé dans l’un des bassins. Trempé jusqu’aux os. Retour piteux en métro, histoire de se changer. Depuis ce malencontreux jour, je n’ai plus jamais entendu parler de Ralf Marsault. Peu de chances pour que je fasse par conséquent partie une fois d’un autre recueil. Fin de la parenthèse.

Pratique

«Faintly Falling», de Ralf Marsault, aux Edtions Distanz, Berlin. Texte en allemand, en anglais et en français. Entretien avec l’artiste d’Heléna Bastais, préface d’Elisabeth Lebovici, 144 pages.

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