Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Quels musées suisses ont-ils annoncé leur possible réouverture le mardi 12 mai?

Certains ont réagi immédiatement. D'autre se disent surpris par l'avance de la date. D'autres font la sourde oreille. Comme à Genève, où les sites restent encore muets.

A partir du 2 juin, le MCB-a de Lausanne devrait présenter, première exposition d'après le confinement, le graveur Yersin.

Crédits: Succesion Albert-Edgar Yersin, MCB-A, LAusanne 2020.

Dans le milieu des journalistes, on parle souvent de «réactivité». Il s’agit de répondre le plus vite possible à une nouvelle situation, quitte à dire en général n’importe quoi. Chacun doit avoir son idée, ou plutôt chacun se sent l’obligation de prouver son existence active. Regardez-moi! J’existe.

C’est ce qui vient de se passer après la nouvelle déclaration du Conseil fédéral du 29 avril. Les musées s’attendaient au mieux à une réouverture progressive après le 9 juin. Les «Sept Sages» ont balancé la date du 11 mai, soit quatre semaines plus tôt. Sans limite de taille apparemment, comme il en est question en France, où l’on s’apprête à distinguer les «petits» des «grands» musées. Bien sûr, il y aura des problèmes d’adaptation à discuter avec des administrations souvent lentes et tatillonnes. Mais si nul ne sait la longueur du tunnel, il offre néanmoins une lueur au bout.

Gianadda et le Kunsthaus en premier

Qui a réagi le plus vite après l’annonce de mercredi dernier? La Fondation Gianadda de Martigny. Elle est prête à rouvrir dès le 11 mai l’exposition des «Chefs-d’œuvre suisses» appartenant à Christoph Blocher, prolongée du coup jusqu’au 22 novembre. L’existence d’un seul prêteur a simplifié les choses à l’équipe de Léonard Gianadda. Celle-ci doit a contrario repousser d’un an la rétrospective Gustave Caillebotte, organisée depuis Paris par Daniel Marchesseau. Elle suppose de multiples emprunts un peu partout.

La Fondation Beyeler maintient sur son site son "Goya" avec la présence de la "Maja" habillée du Prado. Photo Fondation Beyeler, Bâle 2020.

L’autre riposte rapide a été celle du Kunsthaus de Zurich. Il s’est fendu comme la Fondation Gianadda d’un communiqué de presse à l’Agence Télégraphique Suisse (ATS). Le Musée zurichois, dont l’ouverture de l’annexe se verra sans doute repoussée de quelques mois, se dit prêt à accueillir du public dès le 15 mai. Celui-ci pourra visiter les collections et les manifestations temporaires. L’institution écrit en très gras sur son site que toutes les présentations prévues en 2020 auront bien lieu, avec de nouvelles dates. Le Ciel entende le musée dirigé par Christoph Becker!

La Fondation Beyeler se dit prête

Et ailleurs? J’ai été faire un petit tour sur le Net, où il faut procéder lieu après lieu. Autant dire que je n’ai pas été regarder sur le site des quelques 1200 musées du pays. Je me suis en fait limité aux principaux, qui apparaissent les plus problématiques. J’y reviendrai plus tard. Berne a bien sûr réagi. L’Historisches Museum, le Kunstmuseum ou le Zentrum Paul Klee (ZPK) comptent repartir le 12 mai. Rien n’est dit d’une prolongation de l’exposition du Ghanéen El-Anatsui au «Kunst», que je n’ai pas vue et qui doit normalement s’achever le 21 juin. Le ZPK maintiendra en revanche l’hommage à Lee Krasner (faisant pourtant partie d’une tournée internationale) jusqu’au 16 août.

A Bâle, les sites en restent à l’annonce de la clôture, sauf un. Il s’agit à la fois logiquement et curieusement de la Fondation Beyeler. Un endroit souvent engorgé. L’accrochage Edward Hopper et «Voir le silence», dont je vous ai parlé, poursuivront leur course jusqu’au 27 juillet. Les portes devraient rouvrir le 12 mai, avec des billets pré-vendus dès le 5 mai. Le site maintient encore le Goya qui aurait dû commencer début mai. Les deux expositions en place remplissent pourtant tout le bâtiment. Il faudra coordonner et ajuster. Le Kunsthaus d’Aarau maintient sans surprise son panorama de la Collection Werner Coninx de sa réouverture, agendée le 12 mai, au 9 août. J’ai noté au passage le texte du Kunstmuseum de Soleure, qui demeure une petite chose en dépit de la présence de quelques chefs-d’œuvre (1). Il se dit «pris au dépourvu» par la volte-face du Conseil fédéral. Mais au moins sa direction se manifeste-t-elle.

Lausanne sans l'Hermitage

Dans le canton de Vaud, je vous ai déjà raconté que l’Hermitage avait jeté l’éponge à Lausanne. Elle rouvrira avec une nouvelle offre le 4 septembre. Il s’agit de l’exposition présentée par le Musée des beaux-arts de Rouen l’an dernier sur les rapports entre le cinéma et les beaux-arts. L’Elysée, dans la même ville, suggère qu’il va rouvrir le 12 mai. La rentrée du Musée cantonal des beaux-arts (MCB-a) se fera à côté de la gare en deux temps. Le 12 mai, si tout va bien, ce seront les nouvelles salles permanentes, avec en prime la carte blanche donnée à la contemporaine Taus Makhacheva. Le 2 juin devrait être le jour où les visiteurs retrouveront «A fleur de peau» sur la Vienne 1900. Il y aura aussi, nouveauté, les gravures d’Albert-Edgar Yersin. Un retour en grâce pour ce dernier.

Pour le plaisir, la "Madone aux fraisiers" de Soleure. Et si on allait AUSSI dans les musées pour leurs collections permanentes? Photo Kunstmuseum, Soleure 2020.

Et Genève, me direz-vous? Eh bien rien! Pas la plus petite déclaration. Un encéphalogramme plat. Notre ville n’a même pas encaissé le coup (du moins à l’heure où j’écris). Passe pour les privés. Ils font ce qu’ils veulent. Mais la Ville aurait au moins pu avoir un mot. Un ticket de caisse enregistreuse. Mais peut-être se sent-elle trop près de la France, dont elle est par certains côtés (notamment culturels) devenue une sorte de protectorat.

Les pleins et les vides

Pourquoi vous ai-je dit tout à l’heure que les grands musées étaient les plus problématiques? Mais à cause de leur fréquentation, pardi! Dans 1000 des 1200 musées suisses au moins, il n’y a que peu, voire infiniment peu de visiteurs. Il n’existe en fait chez eux aucun problème par rapport à la pandémie. Le public y risque moins que dans le tram, le train, voire la rue à l’air libre. Encore faudrait-il l’admettre et l’avouer. Une démarche difficile quand on est dopé aux subventions… De quoi les bénéficiaires des circonstances actuelles auraient-il l’air?

(1) On peut voir au Kunstmuseum de Soleure «Les poissons d’or» de Gustav Klimt, le «Guillaume Tell» iconique de Ferdinand Hodler, «La Madone de Soleure» de Hans Holbein ou «La Vierge aux fraisiers», l’un des plus beaux primitifs allemands qui soient.

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