Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Quelles expositions voir en Suisse? Voici ce qui reste des événements de cet été

On oublie trop les manifestations en cours, passé le vernissage. Elles durent pourtant trois ou quatre mois au moins. Voici ce que j'ai retenu de l'après-déconfinement

Un bon exemple du symbolisme d'Arnold Böcklin.

Crédits: Kunstmuseum, Bâle 2020.

Certaines gens peinent à réaliser ce concept pourtant simple. Les expositions durent au-delà du vernissage. Elles se prolongent parfois même davantage que de raison. L’Olivier Mosset du Mamco genevois, dont je vous ai dit plusieurs fois du bien, se terminera ainsi le 6 décembre, alors que cette vaste rétrospective a commencé en février. Les meilleures choses doivent avoir une fin. Autrement, la durée normale est de trois ou quatre mois. Si les finances d’une institution ne semblent pas extensibles, le public ne l’est pas non plus. Heureusement, d’un certain côté! Si le «musée pour tous» constitue un rêve social, l’idée généreuse ne doit pas se transformer en obligation générale.

Que reste-t-il en place de tout ce dont je vous ai parlé depuis le déconfinement? Pas mal de choses, finalement. J’en ai donc choisi cinq. Une décision parfaitement arbitraire. Je considérerai donc qu’il s’agit là de simples rappels.

Destination collection. La bonne surprise de l’année! Les trente-deux musées publics et privés du Valais se sont associés pour réfléchir à la manière dont leurs fonds devraient idéalement s’accroître. Il y a bien sûr l’éthique, mot très à la mode, mais aussi la pertinence, l’utilisation de l'argent à disposition, l’extension au contemporain ou les problèmes de place. Que faire quand c’est déjà plein? L’exposition se décline dans les anciennes cellules du pénitencier de Sion. Réussie, la mise en scène appuie discrètement le propos (jusqu’au 10 janvier, www.museesduvalais.ch)

El-Anatsui. On le connaissait par des biennales de Venise, où il représentait l’an dernier son pays d’origine, le Ghana. Installé au Nigeria, l’homme crée aujourd’hui avec son équipe d’immenses draperies faites de capsules colorées de bouteilles, utilisées comme des tesselles de mosaïques. Le Kunstmuseum de Berne présente dans ses salles historiques ces pièces immenses en compagnie des sculptures antérieures de l’artiste. La vision se révèle spectaculaire. Il faut en plus se dire que les œuvres les plus vastes n’ont pas pu entrer! (jusqu’au 1er novembre, www.kunstmuseumbern.ch)

 A la rencontre de Böcklin. Mort en 1901, le Bâlois connut de son vivant une gloire immense avec ses compositions symbolistes faisant fi de tout bon goût aseptisé. Le Kunstmuseum de sa ville possède de lui quelque 80 toiles. Pour une présentation semi-permanente, la commissaire Eva Reifert a conçu des «constellations», en formant des couples. Une toile du maître va avec une autre d’un de ses contemporains ou successeurs sur le même thème. Un fil peut ainsi relier le plus grand artiste suisse de son temps avec Ferdinand Hodler à Cy Twombly (www.kunstmuseumbasel.ch)

En noir et blanc ou en couleurs? Afin de combler un trou de programmation, l’Ariana genevois a improvisé une petite exposition de céramiques contemporaines. Si Anne-Claire Schumacher dirigeait bien l’opération, le musée a fait voter sur internet ses visiteurs. Ils pouvaient choisir huit pièces présentées. Présenté au premier étage, le résultat se révèle réussi. Comme quoi il n’y a pas toujours à chercher de midi à quatorze heures un thème bien torturé. Une institution se doit aussi de tout simplement montrer (jusqu’au 1er novembre, www.institutions.ville-geneve.ch)

Mondes (im)parfaits. Depuis la Renaissance, les écrivains et les hommes (et donc aussi les femmes) désirent matérialiser des utopies. Il existerait ainsi, vu de l’extérieur, des formes idéales d’organisations sociales et politiques. Mais attention! Vue le l’intérieur, l’utopie prometteuse devient vite une dystopie, avec tout ce qu’elle peut avoir de carcéral. Une nouvelle réussite de Marc Atallah à la Maison d’Ailleurs d’Yverdon, basée sur les histoires et les dessins du tandem de bédéistes François Schuiten et Benoît Peeters (jusqu’au 25 octobre, www.ailleurs.ch)

Le monde de Schuiten et Peeters à Yverdon. Photo Maison d'Ailleurs, Yverdon 2020.

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