Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Quelle foire! La BRAFA de Bruxelles se déroule à la fois en ligne et (suivant où) en vrai

C'est compliqué. Le salon ne peut avoir lieu sur place. Tout se passe sur un site, mais il y a aussi, dans de nombreuses villes, des participants montrant leurs objets.

La page d'ouverture du site.

Crédits: BRAFA, Bruxelles 2021.

J’ai les yeux un peu rouges, comme les lapins russes. J’éprouve un insistant mal de tête. Léger tout de même, je vous rassure. Mes pieds, eux, se portent bien. Je sors de la BRAFA, ou plutôt de son site. Je présume que vous vous en doutez. La manifestation belge n’a pas lieu «pour de vrai» à Thurn & Taxis de Bruxelles. Ce sera pour 2022 si tout va bien. Autrement en 2023. Ou en 2024. Il faut donc faire «comme si». Le salon s’est certes déroulé à l’ordinaire en 2020, au moment où chacun pensait que le confinement s’arrêterait à quelques communes éparses du Veneto. Mais une piqûre de rappel se révèle nécessaire. La version 2021 se passe donc en ce moment en ligne, avec si possible des compléments 3D sur place.

Annulation en octobre

Evidemment, tout se révèle compliqué. Entre le moment où les annonces ont été faites non pas à Marie, ainsi que dans la pièce de Claudel, mais aux journalistes travaillant pour des mensuels, la réalité a changé plusieurs fois. Avec la Coronavirus, une nouvelle reste vraie pour une journée au mieux. Si tout le monde félicite les organisateurs d'avoir eu la prudence de tirer le rideau sur l’édition 2021 dès octobre dernier, ce que lisent en ce moment les abonnés des revues de février (parues vers le 20 janvier) date donc un peu. Voire beaucoup. La foire virtuelle qui commence ce 27 janvier pour se clore le 31 du mois, ne possède donc pas forcément de complément physique dans une galerie de Bruxelles ou d’ailleurs.

C’est normal. Nous restons dans le bleu, mais pas celui du ciel. «La situation sera encore fragile en Belgique fin janvier», déclaraient prudemment il y a quelques semaines les organisateurs à «Beaux-Arts Magazine». Elle semble en ce moment plutôt désespérée, même si l'univers de la culture se déclare aujourd’hui à juste titre victime de gouvernements fort peu culturels. Parmi les 126 expositions physiques réparties dans 37 villes de 13 pays ne figurent ainsi aujourd’hui ni celles d’Amsterdam, ni celles de Genève (1), ni à mon avis celles de Londres. Barcelone, cela devrait être bon. Paris saura ce mercredi soir à quelle sauce la capitale se verra mangée ces prochains temps. Mais on sait ce qui en va des ragoûts élyséens…

Petits clips

Le gros, le très gros de l’action se passe par conséquent en ligne à partir du site www.brafa.art Il lui a fallu loger les 126 galeries. Chacune occupe son petit emplacement. Au départ, les participants avaient droit à trois œuvres. Puis à neuf au moment de la foire elle-même. Si vous savez bien compter, vous arriverez comme moi à environ 950 en tout. Une misère par rapport à ce qu’une foire présente en temps ordinaire. Pas même le dixième, sans doute. Il était par ailleurs permis aux marhands de tourner un clip. Pas trop long, si possible. Il se voyait alors rangé dans la Video Library. J’en ai regardé une sélection. Ces petits film durent entre une et deux minutes. Eh bien croyez-moi si vous le voulez. Certains m’ont semblé bien longs. Il faut dire que ces bandes-annonces se ressemblent comme des sœurs, même si la BRAFA va de l’archéologie égyptienne à l’art contemporain. Un monsieur et une dame tout sourire présente son établissement, puis passe à une œuvre bien choisie avec un discours (généralement en anglais) plutôt conventionnel (2).

Le crâne de Christian Gonzenbach chez Schifferli. Photo Christian Gonzenbach, tirée de Youtube.

Le plus simple est donc de passer directement aux galeries elles-mêmes, classées par ordre alphabétique. En cliquant sur la raison sociale, l’internaute découvre un certain nombre d’œuvres. En tapant sur l’icône les représentant, il en apprend davantage sur leurs caractéristiques. Avec un peu de chance, mais il lui en faut en réalité beaucoup, il connaîtra même certains prix. De la Béraudière, jadis installé à Genève, John Finch de Londres, Marie-Laure Rondeau de chez Grand-Rue dans notre ville ont ainsi donné tous leurs chiffres. Mais ces gens restent bien minoritaires. Il s'agit presque d'iconoclastes. Le marché de l’art reste un monde discret, ce qui lui crée parfois du tort. Au temps de la traçabilité et de la transparence financière, mieux vaut jouer cartes sur table.

Nombreuses manipulations

Tout cela exige du curieux de nombreuse manipulations. Et pas mal d’attention. Autrement, vous allez vous retrouver comme moi, éjecté du site. Ou alors vous perdez pied. Le but s’éloigne. Il y a eu, cet après-midi, des moments où je me croyais revenu aux années 1950, quand je faisais un «jeu de l’échelle» avec ma maman et ma grand-maman. Arrivé à une case fatale, en haut à droite sur le carton imprimé, le malchanceux retombait à la case départ. C'est pire pour la BRAFA! Il y a eu des coups où je ne savais plus quelle œuvre j’avais vu chez qui. Cela dit, si le Salon m’a paru très honorable, il m’a semblé manquer d’œuvres phares. Les conditions actuelles ne s’y prêtent pas. Dommage. On a toujours besoin de phares dans le brouillard!

(1) Bon, D’accord. Il y a toujours des rendez-vous personnels possibles.
(2) Schifferli de Genève ose tout de même mettre au centre un crâne fait de débris d’œufs d’autruche de Christian Gonzenbach.

Pratique

Jusqu'au 31 janvier. Site www.brafa.art

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