Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Que voir en Suisse en cette fin d'année? Mes douze propositions personnelles d'expositions

C'est pour une fois la Suisse romande qui brille. Il y a aussi de belles choses à découvrir dans de petites villes, de Vevey à Délémont.

L'affiche réalisée par Schuiten pour la Maison d'Ailleurs d'Yverdon.

Crédits: Frédéric Schuiten, Maison d'ailleurs, Yverdon-les-Bains 2019.

Il y a des moments où il faut faire le point. Un point par définition fixe. Si j’attendais pour vous donner mon inventaire des «meilleures expositions» actuelles dans les musées suisses qu’elle soient toutes ouvertes, je n’en finirais jamais de prendre (ou de perdre) patience. Il y en a de nouvelles toute l’année, sauf peut-être entre le 15décembre et le 10 janvier du millésime suivant. Il s’agit d’une sorte de noria, avec des ânes qui tournent. Reste encore à savoir qui tient le rôle de ces sympathiques quadrupèdes. Les visiteurs, les organisateurs ou tout simplement les critiques?

En attendant de pouvoir répondre à cette douloureuse question (même si j’aimerais bien un jour pouvoir écrire «Les mémoires d’un âne», comme la comtesse de Ségur), je vous livre ma liste pour fin 2019. Comme d’habitude je n’ai bien sûr pas tout vu à travers le pays. Je souffre ainsi de certains manques. Je puis cependant vous proposer ci mon «top-ten», comme on dit en bon français (1). J’en resterai au meilleur, Noël étant en principe une fête d’amour.Pour le pire, je vous renvoie à des chroniques récentes, la dernière en date étant celle sur «Bauhaus Imaginista» du Zentrum Paul Klee de Berne. Sur ce, accrochez vos ceintures. C’est parti!

Bâle

Evangéliaire du XIe siècle. Il a perdu ses pierreries. Photo Kunstmuseum, Bâle 2019.

Gold und Ruhm. La cathédrale de la ville a fêté ses 1000 ans en octobre. Il s’agit d’un bâtiment aujourd’hui remplacé par l’actuel édifice gothique en pierre rouge. Le Kunstmuseum a profité de l’anniversaire pour rassemble l’essentiel de l’orfèvrerie germanique ciselée entre 1000 et 1050, au temps des empereurs ottoniens. C’est vraiment somptueux (jusqu’au 19 janvier, www.kunstmuseumbasel.ch

Délémont

Gustave Courbet. «Lepeintre et son territoire». En 2017, le canton du Jura héritait d’un grand paysage à authentifier. C’est chose faite. Voici l’exposition du Musée jurassien. Elle plonge le visiteur dans le terreau local, qui a fait éclore des toiles emblématiques d’un peintre né en 1819. Il y a là une vingtaine d’œuvres. On peut aussi réussir une petite exposition (jusqu’au 1er mars,site www.mjah.ch)

Fribourg

Le siècle oublié.Fondée au milieu du XIIe siècle par les Zähringen, Fribourg a connu son époque de consolidation au XIVe. Cette période intermédiaire a jusqu’ici peu intéressé les historiens. Elle a pourtant laissé d’importants témoignages sociaux et artistiques.Ceux-ci se sont vus regroupés au Musée d’art et d’histoire dans une scénographie spectaculaire (jusqu’au 23 février, site www.fr.ch/mahf)

Genève

Martin Barré. Le Mamco nous propose une rétrospective historique de plus. Le peintre français est décédé en 1993 à 69 ans. Autant dire que sa période créatrice, qui a commencé par une abstraction à la française assez classique, s’est avant tout déroulée dans les années 60 à80. C’est un art strict. Sévère. Austère même. On reste très loin de la meringue chantilly (Jusqu’au 2 février, site www.mamco.ch)

La fabrique des contes. Il se cache bien des choses derrière les histoires destinées aux enfants sages. Pour sa dernière exposition de type classique, le MEG analyse huit récits, très bien mis en scène. L'exposition met en valeur sa section Europe. Il y a un peu beaucoup d'objets ethnographiques, mais le coup d'oeil se révèle séduisant. A voir en famille. Il était une fois... (Jusqu'au 5 janvier, www.ville-geneve/meg.ch)

La Chaux-de-Fonds

Konrad Klaphek, Venus ex Machina. En 1955, à 20 ans, l’Allemand décide de reproduire sur une toile une machine le plus exactement possible. Il fait ainsi un pied de nez à l’abstraction ambiante. L’homme a continué dans cette voie, avec un passage à la figuration humaine dans les années 1990. Le Musée des beaux-arts nous montre un artiste rare (jusqu’au 2 février,www.chaux-de-fonds/musees/mab.ch)

Lausanne

Thomas Hirschhorn fait partie des exposés. Un artiste dont le moins qu'on puisse dire est qu'il ne fait pas l'unanimité. Photo Thomas Hirschhorn, NCBA, Lausanne 2019.

Atlas, Cartographie du don. Le nouveau Musée cantonal des beaux-arts a ouvert ses portes le 5 octobre. A cette occasion, il présente par rubriques ses fonds anciens et des acquisitions récentes. Très diplomatique, l’exposition sait traiter dans le sens du poil les amis de l’institution. A part cela une réussite, même si certains mélanges ne convainquent pas tout le monde (jusqu’au 12 janvier,www.mcba.ch)

Le Locle

Jérôme Zonder. A 45 ans, le Français fait partie de la nouvelle génération qui a choisi le dessin comme médium quasi unique. Figuration stricte, aux sujets dérangeants empruntés un peu partout. Pour le MBAL, l’homme a créé tout un environnement, où le texte fébrilement peint sur toutes les parois (sols et plafonds compris) occupe un rôle essentiel (jusqu’au 26 janvier, site www.mbal.ch)

Martigny

Les vendanges en Valais vues par Max Kettel. Photo Succession Max Kettel.

Max Kettel. Le Genevois restait jusqu'ici connu des seuls initiés. La Médiathèque Valais consacre une énorme rétrospective au photographe, professionnellement actif de 1926 à sa mort en 1960. Il y a là 250 images, plus une centaine de magazines illustrés. Cela fait assez pour découvrir qu'il a existé sur la Suisse un "regard Kettel", fait de clarté et d'empathie pour les sujets traités (jusqu'au 14 mars, www.mediatheque.ch)

Vevey

Rien que pour vos yeux II. Après le dessin, la gravure dans tous ses états. En quelques 350 pièces exécutées entre la fin du XVe siècle et le début du XXIe, le Musée Jenisch balade son visiteur du burin à la manière noire et de la xylographie à la litho. Le but était aussi d’offrir des chefs-d’œuvre dans une scénographie agréable. Eh bien, il y en a! (jusqu’au 5 janvier, site www.musee-jenisch.ch)

Yverdon-les-Bains

Mondes (im)parfaits. En 1516, l’Anglais Thomas More publiait son utopie. La première.Celle qui a donné son nom à tout un genre. Pour la Maison d’Ailleurs, cet univers idéal vu de l’extérieur se révèle en général intolérable vécu à l’intérieur. D’où une éblouissante exposition rythmée par les dessins et textes des bédéistes franco-belges Schuiten et Peeters (jusqu’au 25 octobre2020, site www.ailleurs.ch)

Zurich

"Les politiciens de village" de Wilhelm Leibl. Photo Kunst Museum, Winterthour 2019.

Wilhelm Leibl. Né en 1844 à Cologne, le peintre fait partie des réalistes, à la manière du Français Gustave Courbet. Il a ainsi donné un visage à la paysannerie bavaroise, montrée sans sentimentalité. Ses tableaux se sont rarement vus regroupés. Le Kunsthaus en montre l’essentiel, en créant des groupes d’esquisses autour des œuvres définitives. A découvrir (jusqu’au 19 janvier, www.kunsthaus.ch)

(1) Certaines manifestations traitées plus haut n’ont pas encore fait l’objet d’une chronique. Ce sera pour bientôt.

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