Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Que voir dans les musées suisses? Mes dix choix raisonnés, de Bâle à Winterthour

Chacun a ses goûts. Voici dix manifestations de belle tenue qui m'ont moins parlé en tant que personne. La plupart d'entre elles durent une bonne partie de l'été.

L'affiche pour Kiki Kogelnik à La Chaux-de-Fonds

Crédits: Succession Kiki Kogelnik, DR.

Chacun a ses goûts, et parfois même ses dégoûts. Autant dire qu’un choix d’expositions pour l’été ne peut rester que personnel. J’admire du reste toujours mes confrères prétendant qu’ils peuvent écrire de manière objective et neutre. Pour moi, le choix de chaque adjectif se révèle déterminant. Il porte la marque de son auteur. Après la sélection de mes expositions suisses préférées pour la Suisse en juin, juillet et août, parue hier, voici mes propositions raisonnées. J’aime moins, mais je ne suis pas seul au monde. Il s’agit de toute manière de présentations pour le moins estimables. Sur ce, comme samedi, c’est parti!

Bâle

Stilles Sehen, Bilder der Ruhe. La Fondation Beyeler présente on le sait Edward Hopper, peintre à la mode s’il en est. Bien plus réussi que la série des paysages de l’Américain m’a semblé ici l’accrochage organisé par le conservateur Raphaël Bouvier à partir des collections. C’est comme une prolongation, en plus luxueux, du «Silences» proposé l’an dernier à Genève par le Musée Rath. Il y a là Monet, Cézanne et Balthus, mais aussi Marlene Dumas, Gerhard Richter ou Richard Serra. Rien que des gens célèbres… (prolongé jusqu’au 27 juillet, site www.fondationbeyeler.ch)

Berne

Lee Krasner, Living Colour. Les amateurs d’art l’avaient longtemps reléguée au rôle d’épouse, même si elle n’a jamais été mère. L’Américaine (1908-1994) a d’abord été Mrs Jackson Pollock, puis Madame veuve Jackson Pollock. La femme n’en a pas moins mené une longue carrière indépendante. Contrairement aux Delaunay, par exemple, les inspirations du couple sont restées très diverses. Le Zentrum Paul Klee accueille depuis février une rétrospective effectuant une tournée mondiale. Certains tableaux sont meilleurs que d’autres (jusqu’au 16 août, site www.zpk.org)

Genève

Scrivere Designando. L’écriture est un dessin. Les calligraphes arabes ou chinois le savent bien. Il existe aussi depuis longtemps des artistes inventant leurs propre alphabets. C’est eux que le Centre d’art contemporain a réunis pour une exposition passionnante certes, mais sans doute un peu copieuse (trois étages). Sur les murs et dans des vitrines se retrouvent des gens incroyablement différents les uns des autres. Ils sont anciens et modernes, bruts et cultivés, célèbres ou non. Comptez plusieurs heures pour une visite de fond (dates non précisées, site www www.contre.ch)

La Chaux-de-Fonds

Kiki Kogelnik. C’est le coup d’audace du directeur David Lemaire au Musée des beaux-arts. Peu de gens connaissent dans les pays francophones cette artiste autrichienne ayant accompli le plus clair de sa carrière aux Etats-Unis. Après une période abstraite violente, Kiki s’est rattachée au pop art, en version féministe. Elle a ainsi donné une peinture à la matière plate, mais à la figuration critique vis à vis d’un monde conditionné par la publicité. Presque tout provient de sa fondation. Kiki est morte en 1997 à Vienne (jusqu’au 20 septembre, site www.chaux-de-fonds.ch/musees/mba)

Lausanne

A fleur de peau. Depuis sa redécouverte dans les années 1970, la Sécession viennoise a connu des sommets dans les ventes aux enchères comme en popularité. Klimt, Schiele et Kokoschka se retrouvent bien sûr au menu de la première exposition temporaire organisée par le nouveau MCB-a. Elle comprend par ailleurs des meubles et des objets. Est-ce à cause de la peau faisant office de fil conducteur? Il y a, sous verre, le nécessaire de rasage de Monsieur Bloch-Bauer, dont l’épouse fut deux fois portraiturée par Klimt (prolongé jusqu’au 23 août, site www.mcba.ch)


Extraordinaire! Le Mudac va fermer, du moins dans sa forme actuelle. Comme l’Elysée, il ira à Platerforme10, à côté de la gare. La dernière exposition dans la Maison Gaudard est collective. Elle montre des objets design dans un décor d’appartement. Les lieux se sont vus transformés par Sébastien Guénot. Le décorateur a créé une cuisine ou une salle de bains entièrement en carton ondulé peint en blanc. L’idée est amusante. Les objets sélectionnés souffrent un peu de cette mise en scène. Le visiteur ne les remarque tout simplement pas (jusqu’au 30 août, site www.mudac.ch)

Le Locle

Gare aux dessins, Chapatte. Le caricaturiste romand a été chassé, comme d’autres, du «New York Times». Faire rire avec son trait de crayon est devenu trop dangereux. Le politiquement correct et les réseaux sociaux ont rendu la censure plus actuelle que jamais. Le Mbal fait le point sur la question sans exposer d’originaux. Un dessin de presse doit se voir reproduit et multiplié. Patrick Chapatte a procédé aux choix parmi ses collègues menacés. Il y a Hermann de la «Tribune de Genève», mais pas l’excellent Vincent du «Courrier» (jusqu’au17 septembre, site www.mbal.ch)

Martigny

Chefs-d’œuvre suisses. La collection de Christoph Blocher, ou du moins une partie. L’ex-conseiller fédéral, si contesté pour ses positions politiques, avait déjà montré ses tableaux des années 1850 à1920 au Kunstmuseum de Winterthour. Voici une nouvelle sélection effectuée dans le fonds de l’homme d’affaires, qui nourrit une visible préférence pour Albert Anker et Ferdinand Hodler. Ces deux têtes de file phagocytent la manifestation de la Fondation Gianadda. Il reste peu de place pour les autres, d’Augusto Giacometti à Max Buri (jusqu’au 22 novembre, suite www.gianadda.ch)

Vevey

Gérard de Palézieux. Mort en en 2012 à 93 ans, le Veveysan a été un bel artiste dans la tradition de son mentor Giorgio Morandi. Il laisse ainsi un ensemble de gravures et de dessins austères et parfois répétitifs. L’homme s’est aussi révélé grand collectionneur d’estampes anciennes. Sur deux étages (ce qui fait beaucoup), le commissaire Florian Rodari a prévu un parcours sensible et intelligent au Musée Jenisch. Un gros coffret de livres accompagne l’exposition, visiblement destinée à un public sérieux (jusqu’au 26 juillet, site www.museejenisch.ch)

Winterthour

Fotografinnen an der Front. Ou huit «Photographes au front», l’allemand permettant clairement de comprendre que tous sont ici de sexe féminin. Le parcours en 140 images fait aller le visiteur de Gerda Taro, mythique observatrice de la Guerre d’Espagne, aux actuelles Christine Spengler, Carolyn Cole ou Susan Meiselas. La manifestation du Fotomuseum pose la question du regard. Y en a-t-il un pouvant se voir qualifié de féminin? Ou s’agit-il d’un métier où seuls importent le courage et le talent? Je pencherais pour la seconde réponse (jusqu’au 30 août, site www.fotomuseum.ch)

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."