Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Que voir en ce moment dans les musées suisses? Mes cinq expositions favorites

Les propositions sont surabondantes, en dépit des circonstances. Voici mes préférées, en attendant tout ce qui doit encore venir d'ici la fin du mois d'octobre. A suivre...

L'entrée d'"Exotic?" au Palais de Rumine.

Crédits: 24 Heures.

Que voir en Suisse, l’étranger devenant ces derniers temps de plus en plus abstrait? Qu’éviter de visiter, même si les expositions locales se révèlent moins lointaines que prévu? Autant d’avis que de personnes, et je ne suis pas sûr que le mien fasse davantage autorité qu’un autre. Je vais donc vous donner aujourd’hui et demain un certain nombre d’idées sur des manifestations ouvertes depuis la fin de l’été. Vous en ferez ce que vous voulez. De toute manière se pose toujours la délicate question de savoir quand livrer ce genre de chroniques. Cette année comme les autres, notre pays propose une infinité de possibilités. A part dans certaines institutions privées (Beyeler, le Mamco ou Gianadda), il y a finalement eu peu d’annulations ou de reports durables. Ainsi qu'il s’en félicite dans la brochure de la saison 2020-2021 du Kunsthaus le directeur Christoph Becker, «le musée zurichois a pour l’instant rempli son programme.»

Kiki Smith à Lausanne. Photo 24 Heures.

La sélection actuelle se voit donc proposée alors qu’il me reste de gros manques et que des festivités s’annoncent partout. Je n’ai pas vu Rock Me Baby au Centre d’art contemporain d’Yverdon (jusqu’au 24 avril 2021), qui a ouvert les 10 octobre et dont on dit grand bien. Le Giovanni Giacometti aquarelles du MCB-a de Lausanne est prévu pour le 16 octobre, tout comme le Camille Graeser du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds. Le Marguerite Burnat-Provins du Jenisch de Vevey commencera le 30. L’Orient de Rembrandt débutera le lendemain 31 octobre au Kunstmuseum de Bâle. Le Musée des beaux-arts du Locle aura entre-temps ouvert son Stanley Kubrick photographe le 24. Je vous la fais courte. Je vais donc m’arrêter là. Je vous ai cité ces accrochages juste pour dire que tout n’était pas terminé dans la programmationen 2020. Sur ce, je vous donne mes cinq expositions préférées du moment et les cinq me semblant dignes d’une visite. La suite pour demain avec des rejets personnels et un certain nombre de rappels.

Le "top five"

Exotic? Inoccupées depuis le départ du MCB-a de Lausanne, les immenses salles du Palais de Rumine se voient aujourd'hui remplies par une manifestation savante, instructive et porteuse de rêve. Une équipe placée sous la direction de Néomie Etienne a regroupé des objets d’autres continents arrivés de manière sûre dans des collections publiques suisses avant 1815. Les curiosités naturelles se retrouvent avec des œuvres artistiques et des produits artisanaux. De quoi réfléchir sur le rapport avec les autres, avec ou sans colonialisme (jusqu’au 28 février, www.palaisderumine.ch)
Julian Charrière. A 33 ans, le natif de Morges a déjà fait son chemin, qui a passé par une Biennale de Venise. C’est un artiste de l’extrême, fasciné par les laves volcaniques, les glaces jusqu’ici éternelles ou les pierres erratiques. Un savant mélange d’esthétisme somptueux et d’écologie militante. Après Lugano, avec qui «Towards No Earthly Pole» est coproduit, le Kunsthaus d’Aarau lui dédie une grande exposition se terminant par un étonnant film tourné avec des drones. Jusqu’où va le documentaire et où débute la fiction? (jusqu’au 3 janvier, www.aargauerkunsthaus.ch)
Porcelaines!
Le premier étage des collections dites «permanentes» du château de Nyon vient d’opérer une mue réussie. Il s’agissait pour le directeur Vincent Lieber de présenter de manière nouvelle la production locale des années 1781-1813. Le directeur a choisi une immersion dans l’époque avec des meubles, des objets et des portraits d’«ancêtres». Inventive, la scénographie redimensionne les salles pour leur conférer une intimité nouvelle. Moins nombreuses qu’avant, les céramiques gagnent en force, en éclat et en présence (exposition durable, www.chateaudenyon.ch)

Julian Charrière sur un iceberg islandais. Photo Julian Charrière, Pro Litteris.

Kiki Smith. Très à la mode depuis quelques années, l’Américaine débarque au MCB-a de Lausanne après avoir brillé à La Monnaie de Paris. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une rétrospective, même si la dame fête ses 65 ans en 2020. Un certain nombre de pièces, allant de l’installation sculptée au tissage façon tapisserie, se retrouvent grâce à la commissaire Laurence Schmidlin sur deux plateaux réaménagés du nouveau musée. Le tout s’intitule «Hearing You With My Eyes». Il est bien sûr question du corps et des fluides qu’il dégage (jusqu’au 10 janvier, www.mcba.ch)
L’eau-forte est à la mode. Connue depuis la Renaissance, l’eau-forte connaît un regain à partir de 1840. Cette technique très personnelle, parfois combinée avec de la pointe sèche ou du vernis mou, permet aux artistes de se distinguer des simples graveurs de reproduction. Le Cabinet des arts graphiques du MAH genevois en possédait dans des cartons peu explorés de superbes spécimens, souvent signés de noms quasi inconnus. L’ensemble retenu brille aux cimaises de la promenade du Pin, dont ce serait le chant du cygne (jusqu’au 13 décembre, www.institutions.ville-geneve.ch)

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