Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Que voir dans les musées suisses en ce moment? Mon petit choix cordial et cérébral

Il y a énormément de choses. Je ne vous proposerai donc que dix expositions importantes, dont certaines ne dureront plus longtemps. Petit parcours de Genève à Zurich.

L'une des innombrables Tour Eiffel réalisées par Robert Delaunay. A voir au Kunsthaus de Zurich.

Crédits: Kunsthaus, Zurich 2018

Novembre est un mois de culture en surchauffe. Peut-être pour contrer la descente du thermomètre. Les propositions des musées suisses semblent donc innombrables en ce moment. Il est clair que je n'ai pas tout vu. Il me manque notamment certaines ouvertures récentes. Je me résumerai cette fois à cinq coups de cœur (j'ai aussi le droit d'avoir un cœur, après tout) et à cinq choix raisonnés. Je ne vais tout même pas faire l'honneur aux choses que j'ai détestées de parler d'elles. Une mauvaise publicité constitue après tout aussi une publicité.

Les cinq coups de cœur

Füssli. Le Zurichois a annoncé le romantisme noir et anticipé le surréalisme en peignant «Le cauchemar» en 1782. Le Kunstmuseum de Bâle a décide d'axer son accrochage Füssli autour du théâtre et du drame. Une bonne idée pour un créateur à l'inspiration très littéraire. Shakespeare et Milton se taillent la part du lion au Neubau. Conçue sur fonds sable et violet, la présentation est magnifique. Et quel grand imaginatif! (jusqu'au 10 février 2019, www.kunstmuseumbasel.ch)
Liu Bolin.
Les autorités chinoises ont rasé son atelier en 2005. Il s'agissait de faire tout beau et tout propre à Pékin pour les JO. Depuis lors, Liu est invisible. Il se dissimule dans ses photos tirées en grands exemplaires. Ce caméléon prend les couleurs de son environnement naturel, avec l'aide de toute équipe. Pour vivre heureux dans son pays, mieux vaut rester caché. A l'Elysée cela devient vite un peu répétitif, bien sûr, mais quelle virtuosité! (jusqu'au 27 janvier, www.elysee.ch)
Delaunay et la Ville Lumière. Robert sans Sonia. Le Kunsthaus de Zurich a choisi son camp. Propriétaire de deux toiles essentielles dans la carrière de monsieur, il montre son évolution des début du XXe siècle à sa mort en 1941. Son involution aussi. L'homme revient périodiquement à la figuration. L'exposition est très soignée. Elle a bénéficié de prêts essentiels venus d'Europe et des Etats-Unis. Attention! C'est le dernier weekend (jusqu'au 18 novembre, www.kunsthaus.ch)
Pattern, Decoration & Crime.
Le décoratif n'a pas bonne réputation dans l'art contemporain depuis les malédictions proférées par ce pisse-froid d'Adolf Loos en 1908. Dans les années 1970 et 1980, des artistes américains sans théories communes ont cependant voulu revenir à l'artisanal. Ils ont regardé les quilts, les papiers peints ou les tissus imprimés. Le Mamco refait l'histoire de ce mouvement oublié, qui trouve aujourd'hui ses prolongements (jusqu'au 3 février, www.mamco.ch)
Pôles, Feu la glace. On a l'impression que le Globe est pris entre deux pôles comme par des serre-livres identiques. Rien de tel, comme le prouve le Muséum de Neuchâtel! Il y a des ours au nord et des manchots au sud. Il fait moins froid en Arctique, tout étant bien sûr relatif. C'est néanmoins cette calotte-ci qui fond, l'autre tendant à légèrement augmenter. On apprend beaucoup de choses dans une mise en scène spectaculaire. Les nouvelles ne sont pas bonnes (www.museum-neuchatel.ch)

Les cinq choix raisonnés

Gustave Revilliod. Il aurait eu 200 ans en 2017. A sa mort en 1890, le Genevois a légué sa fortune, son immense domaine et son musée garni de 30 000 objets à la Ville. Cette dernière, qui n'a respecté aucune clause de son testament, lui devait bien un hommage dans ce qui est devenu un temple du verre et de la céramique, l'Ariana. Il y beaucoup à voir sur trois étages et davantage encore à lire. Le livre d'accompagnement est un monument (jusqu'au 2 juin 2019, www.ariana-geneve.ch)
Balthus.
Il n'y avait jamais eu de rétrospective Balthus en Suisse romande, alors que le peintre a vécu à Berne. La Fondation Beyeler propose une sélection sans tabous, puisque certaines toiles «scandaleuses» ont été empruntés au loin. Voilà qui fait du bien en notre époque de pruderie généralisée. Les cimaises proposent des chefs-d’œuvre dont «Le passage du Commerce Saint-André» ou «Les beaux jours». Il y a aussi le reste (jusqu'au 1er janvier 2019, www.fondationbeyeler.ch)
Dessin politique, dessin poétique
. Commissaire invité, Frédéric Pajak a constaté que les observateurs les plus impitoyables des désordres sociaux se réfugient volontiers dans le paysage peint ou gravé. Il a donc réuni 271 pièces où les deux thématiques se répondent et s'enrichissent. Le parcours va de Bruegel à Zoran Music en passant par Goya, Vallotton, Steinlen ou Sempé. Une exposition profuse et bourgeonnante accompagnée d'un gros catalogue (jusqu'au 24 février, www.museejenisch.ch)
Hodler/Parallélisme.
La traumatisante exposition du Musée Rath genevois était coproduite avec le Kunstmuseum de Berne. Ce dernier la reprend aujourd'hui avec une forme repensée. Les choses retrouvent du coup leur sens dans les espaces de l'ancien bâtiment distribués autour de l'immense «Guillaume Tell» (jusqu'au 13 janvier 2019, www.kunstmuseumbern.ch) J'en profite pour recommander le remarquable Ferdinand Hodler, Documents inédits de la Fondation Martin-Bodmer de Cologny (jusqu'au 28 avril 2019, www.fondationbodmer.ch)
Afrique, Les religions de l'extase. Le gros effort 2018 du MEG genevois. Un vrai tour d'Afrique à travers les diverses religions monothéistes ou animistes. Plus la magie. Plus la possession. Plus les rituels. Autant dire qu'il y a beaucoup à voir, à lire et à regarder sur écran. Le visiteur a parfois l'impression qu'il y a là trop de choses pour une seule exposition, en dépit d'un décor qui cale bien le sujet. Il en ressort la tête parfois plus pleine qu'extatique (jusqu'au 6 janvier, www.ville-ge.ch/meg)

Et puis zut! J'ai oublié Nyon. Le Château propose pourtant, jusqu'au 22 avril 2019 (www.chateaudenyon.ch), quelque chose d'original et de remarquable. C'est Un rêve d'architecte, La brique en verre Falconnier. Un hommage au Vaudois Gustave Falconnier, mort en 1913, L'homme proposait des murs transparents réalisés d'une manière encore artisanale. D'où le rêve, redevenu ici réalité.


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