Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Que voir dans les galeries? Stéphane Kropf, Thomas Huber et Morgane Tschiember

Il y a de nouveaux accrochages aux Bains genevois. Les trois que je vous propose aujourd'hui se rattachent à leur manière à la tradition, picturale, artisanale ou archéologique.

L'une des toiles de la série "Nemi" de Thomas Huber.

Crédits: Thomas Huber, Galerie Skopia, Genève 2019.

Jeudi soir c'était les Bains. Il y avait de la pluie, mais personne ne chantait pour autant dessous. J'irai même jusqu'à dire que les galeristes déchantaient. Peu de monde. Il y a sans doute aujourd'hui trop de vernissages communs. Tout ne se révélait pourtant pas négligeable. Voici mon petit choix.

Thomas Huber chez Skopia

Il se trouve ici presque chez lui. C'est de plus en face du Mamco, qui lui avait offert ses quarante salles en 2012. A 63 ans, le Zurichois revient chez Pierre Henri Jaccaud, où il propose deux séries d’œuvres. D'un côté, il y a les petits formats, avec d'étonnants effets d'aplats, de reliefs et de reflets dans l'eau. De l'autre, des toiles plus vastes, pour un cycle intitulé «Nemi». On sait que les galères de Caligula, coulées dès l'Antiquité mais déjà connues au Moyen-Age, ont été tirées des flots sous Mussolini. Le musée qui les abritait a été incendié en 1944. Les embarcations ne demeurent du coup plus que des souvenirs. Huber en a souvent fait des sortes de poissons. Ils sont recouverts non pas d'écailles, mais de nervures, comme des feuilles, ou de veines, à l'instar de mains humaines. C'est spectaculaire et coloré. Réaliste et fantastique. Lisse et mat. Il y a là de quoi faire rêver. On en a bien besoin (jusqu'au 4 mai, www.skopia.ch)

Morgane Tschiember chez Laurence Bernard

Laurence a sorti le grand jeu dans l'espace qu'elle a hérité de Pierre Huber. Il y a un rideau, des murs repeints en jaune soleil et une voix un peu monocorde récitant du Marguerite Yourcenar, ce qui fait toujours très chic. Plus des œuvres tout de même! Leur «Cocktail» est dû à Morgane Tschiember. A 43 ans, la Bretonne a déjà un joli palmarès derrière elle. Elle le doit en partie à son affrontement direct avec les matières. Morgane ne fait pas partie des conceptuelles délégant tout à une armée de petites mains. Il y a ici des gouttes de verre et de miel aux tons d'ambre. Des récipients soufflés en mélangeant de manière improbable le verre et la poussière, avec un résultat semble-t-il instable. Des céramiques ligotées par des cordages, comme pour du «bondage» à la japonaise. Des surfaces marbrées servant aussi bien de monochromes muraux que de plateaux de table. Tout cela est fait main. C'est beau, le travail manuel, non? (jusqu'au 4 mai, www.galerielaurencebernard.ch)

Stéphane Kropf chez Joy de Rouvre

Un Kropf peut en cacher un autre. Comme Laurent et Stéphane sont de la même génération (normal, ils sont frères!) et qu'ils viennent de Lausanne, il y a pourtant de quoi s'y perdre. C'est Stéphane, 40 ans en 2019, qui se retrouve chez Joy pour une exposition intitulée «All Over, A Lover». N'imaginez pas qu'il y ait là des galipettes! Les pièces exposées se rattachent à un tableau de Giovanni Bellini représentant la stigmatisation de saint François d'Assise, qui n'était pas un joyeux drille au XIIIe siècle. Le visiteur en reconnaît l'âne ou le héron, travaillés en une unique spirale comme dans la célèbre gravure de Claude Mellan représentant «La Sainte Face». Le pupitre pour écrire debout sort aussi du chef-d’œuvre de la Renaissance, où il créait de savants effets de perspective. Ajoutez encore deux toiles vaguement baroques collées au plafond, et nous voici très loin de l'ECAL où Stéphane enseigne pour gagner son pain (jusqu'au 27 avril, www.galeriejoyderouvre.ch)

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