Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Quelles expositions voir en Suisse courant août? Ma sélection, de Genève à Zurich

Il y a beaucoup de nouveautés depuis le déconfinement. Voici quelques propositions dans tous les genres. Plusieurs de ces manifestations se terminent déjà ce mois.

"Schall und Rauch" au Kunsthaus de Zurich. Une création de Xanti Schawinsky.

Crédits: Succession Xanti Schawinski, Kunsthaus, Zurich 2020.

Mon Dieu! Nous sommes déjà en août. Voici le temps des recommandations. Je ne vous conseillerai pas de mettre le masque ou de garder vos distances. Vous subissez bien assez de «théologie de la terreur» toute la sainte journée. Il s’agit de vous recommander des expositions vues en Suisse (où le climat n’est pas plus sain qu’ailleurs) depuis le déconfinement. Il va de soi que d’anciennes présentations restent d’actualité. Je pense notamment à Folies de porcelaine à l’Ariana de Genève (jusqu’au 6 septembre), à l’A fleur de peau du MCB-a de Lausanne (jusqu’au 23 août) ou à Mondes (im)parfaits de la Maison d’Ailleurs d’Yverdon-les-Bains (jusqu’au 15 octobre). Il y a également des choses au Locle (Chapatte) ou à La Chaux-de-Fonds (Kiki Kogelnik). Ces présentations, qui ne sont pas toutes neuves, se sont vues réactivées à partir du 11 mai. Vous pouvez toujours envisager une seconde visite. Comme aurait dit ma grand’mère, qui intervient souvent sous ma plume électronique, «c’est dans les vieux chaudrons qu’on fait les meilleures soupes.»

Comme d’habitude, je vais procéder en séries. Il y a aura d’abord ce que je préfère, avec en tête mon exposition chouchou, et ce pour des motifs parfois subjectifs. Puis viendront les accrochages qui me semblent dignes, même s’ils ne m’ont pas produit le même effet. Viendra enfin le clan des rejetés. Là aussi, je revendique mon manque de neutralité, même si nous sommes en Suisse. Il faut savoir faire des choix dans la vie. Choisir, c’est accepter d’éliminer. Sur ce, c’est une nouvelle fois parti!

Ma préférée

Destination collection. Comment les objets arrivent-ils dans les musées. Qui choisit? Selon quel critères? Jusqu’où faut-il prolonger un ensemble déjà pléthorique? Comment inclure aujourd’hui? Ces questions, et bien d’autres, se retrouvent au cœur de l’exposition mitonnée par les 38 musées valaisans (oui, 38!). Il y a des éléments de réponse, au Pénitencier de Sion, où chaque interrogation bénéficie de sa cellule. C’est bien pensé et bien dit (jusqu’au 10 janvier, www.musees-valais.ch)

Les cinq importantes (selon moi)

Nonnen. «Des femmes fortes au Moyen Age». Nous ne voyons plus le monachisme ancien comme une renonciation. Pour les auteurs de l’exposition du Landesmuseum de Zurich, il s’agit au contraire d’un épanouissement. La chose peut se discuter face à certaines scènes SM représentées dans cette exposition se concentrant sur le Moyen Age. C’est intelligemment raconté et présenté. Il y a quelques objets superbes, parfois empruntés au loin (jusqu’au 16 août, www.landesmuseum.ch)

L'une des créations de Monique Jacot au Musée Jenisch. Photo Monique Jacot, Musée Jenisch, Vevey 2020.

El-Anatsui. Le Ghanéen a été mis en vedette par plusieurs Biennales de Venise jusqu’en 2019. Après avoir pratiqué de manière classique la sculpture sur bois et la gravure, l’homme s’est mis à créer avec toute une équipe d’immenses rideaux colorés. Ils sont faits de milliers de collerettes de bouteille assemblées par couleurs comme pour une mosaïque. Faut-il vraiment voir dans cette présentation du Kunstmuseum bernois du post-colonialisme? (jusqu’au 1ernovembre, www.kunstmuseumbern.ch)

Celtes. Le Laténium de Neuchâtel propose une exposition documentée sur certains de nos ancêtres nordiques. Il s’agit d’une coproduction avec Munich. Cette ville a fourni la plupart des objets, qui s’étalent sur près d’un millénaire. La Suisse a complété ce fonds pour donner une présentation laissant de côté la Grande-Bretagne comme l’Espagne, trop lointaines. La présentation, sobre, met en valeur les céramiques gravées comme les bijoux en or (jusqu’au 10 janvier 2021, www.latenium.ch)

Carl Spitzweg. Le Bavarois (1808-1885) a fixé en son temps une Allemagne romantique qui allait disparaître avec l’urbanisation et l’industrialisation. C’est celle des 400 principautés avant la reconstitution de l’Empire en 1870. Le Kunst Museum de Winterthour a réuni sur fond vert chartreuse nombre de ses tableautins représentant souvent des personnages uniques, vus de profil. Une jolie exposition, au charme comme il se doit nostalgique (jusqu’au 6 septembre, www.kwm.ch)

A la rencontre de Böcklin. Mort en 1901 à Florence, Böcklin reste la grande figure symboliste germanique. Son influence s’est par la suite fait sentir sur Max Ernst comme sur Giorgio de Chirico. Le Kunstmuseum de Bâle, qui possède près de cent de ses tableaux, a formé des couples. Böcklin est apparié avec un autre artiste, ancien ou moderne. Le parcours se termine avec Cy Twombly. Un excellent accrochage semi-permanent qui devrait durer un an. (www.kuntsmuseumbasel.ch)

Les cinq intéressantes

Sculpture Garden. Les parcs de La Grange et des Eaux-Vives abritent cet été à Genève une seconde biennale de sculpture contemporaine, confiée à Balthazar Lovay. Les événements ont freiné son montage. Ce dernier se poursuit, ce qui en fait un continuel «work in progress». Le commissaire n’a pas voulu un florilège de noms. Il a préféré la création ou la reprise d’œuvres. Je vous dois toujours l’article sur l’événement. Il finira par venir! (jusqu’au 13 septembre, www.sculpuregarden.ch)

Fotografinnen an der Front. Depuis Gerda Taro, tuée en 1937 sur le front républicain en Espagne, les femmes sont aussi des photographes de guerre. Y a-t-il un regard particulier dû au genre? A mon avis non, et le Fotomuseum de Winterthour a évité l’écueil d’une lecture féministe qui m’aurait semblé réductrice. Les huit noms retenus se succèdent simplement, de la mythique Lee Miller aux actuelles Christine Spengler ou Carolyn Cole (jusqu’au 30 août, www.fotomuseum.ch)

Une vue de l'exposition Godard au château de Nyon. Photo 24 Heures.

En habits de lumière. La Fondation Bodmer de Cologny devait présenter cet été des manuscrits médiévaux conservés en Suisse. Elle montre à la place certaines des plus belles reliures revêtant des livres en sa possession. Le parcours va de la fin du XVe siècle à aujourd’hui. Il y a aussi bien les créations commandées par les plus grands bibliophiles du passé, de Jean Grolier à la Pompadour, que les cartonnages mettant en valeur Jules Verne (jusqu’au 23 août, www.fondationbodmer.ch)

Monique Jacot. La Neuchâteloise a aujourd’hui 86 ans. Depuis les années 1970, elle mène de front une carrière de photojournaliste, engagée dans les combats féministes, et une production personnelle très esthétisante. Le Musée Jenisch de Vevey, qui possède nombre de ses réalisations, montre ses «transferts» et ses «héliogrammes» réalisés avec des technique à la frontière entre la photo et la gravure. J’ai déjà vu. J’y reviendrai (du 6 août au 6décembre, www.museejenisch.ch)

Sentiments, signes, passions. «Visions du réel» rend hommage à Jean-Luc Godard pour ses 90 ans en partant de son «livre d’images» de 2018. En résulte une installation en cinq chapitres et un épilogue dans les salles du château de Nyon. Il y a beaucoup de moniteurs crachant des images tirées d’actualités ou de longs-métrages de fiction. L’occasion de réaliser que l’imaginaire de Jean-Luc reste attaché à sa jeunesse des années 1950 (jusqu’au 13 septembre,www.chateaudenyon.ch)

Je n’ai pas beaucoup aimé

réGénération4. Tous les cinq ans, l’Elysée fait éclore à Lausanne une nouvelle génération de photographes. Ils étaient jusqu’ici 60. La cuvée2020 n’en comprend que 35. C’est déjà beaucoup. J’ai éprouvé peu de coups de cœur dans cette manifestation qui me semble davantage illustrer une inquiétante stagnation du 8e art qu’un nouvel épanouissement. C’est la dernière exposition en ces lieux avant le déménagement à Plateforme10 fin 2021. (jusqu’au 27 septembre, www.elysee.ch)

Schall und Rauch. Le Kunsthaus de Zurich revisite les années 1920, avec ce qu’elles ont supposé de changements sociaux. Les choix de Cathérine Hug partent dans toutes les directions, même si seule l’Allemagne se voit réellement abordée. La commissaire a en plus voulu proposer des éclairages contemporains. Autant dire que le résultat est un birchermüsli informe, en dépit de quelques toiles et dessins admirables de Dix ou de Schaad (jusqu’au 1er octobre,www.kunsthaus.ch)

Et plus si affinités… Le château de Prangins se dévergonde. Il entend nous évoquer l’érotisme et la sexualité en pays romand au XVIIIe siècle. Il y a là, sur deux niveaux, quantité d’objets et de documents présentés n’importe comment dans un décor de plissés roses tout simplement affreux. Le catalogue se révèle en revanche assez réussi. L’ennui, c’est que l’exposition lui sert au mieux d’illustration. C’était pourtant un joli sujet (jusqu’au 11 octobre, www.chateaudeprangins.ch)

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