Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Que voir aujourd'hui à Paris? Mais de Bouddha aux naïfs en passant par Mondrian figuratif!

Guimet raconte avec ses collections la vie de Bouddha. Le Musée Marmottan montre les toiles figuratives de Mondrian. Le Maillol remet les naïfs à l'honneur. C'est réussi.

Une oeuvre de René Rimbert à Maillol. Cette toile de 1929 se rapproche pour moi de la "Neue Sachlichkeit" allemande.

Crédits: Musée Maillol, Paris 2019.

Il y a des moments où il faut savoir abréger. Autrement, le temps passe, finissant assez vite par nous dépasser. C'est ce qui arrive aujourd'hui avec les expositions, 2019 se révélant partout une année particulièrement chargée. Voici donc quelques manifestations parisiennes vues il y a des semaines, et parfois des mois, qui finiront par arriver à leur conclusion. D'où la brièveté de mes commentaires. Je vous fais une fournée, comme chez le boulanger, sans qu'il s'agisse pour autant d'accrochages mineurs.

«Bouddha, La légende dorée» au Musée Guimet. Voué aux arts asiatiques, Guimet est doté de solides collections, qui s'accroissent encore. L'exposition d'été (elle a débuté en juin!) se base ainsi sur le fonds, parfois ancien. Il y a un seul emprunt spectaculaire, fait au château de Fontainebleau, qui conserve le cabinet chinois de l'impératrice Eugénie. Autrement tout sort des réserves. Deux idées de base pour le commissaire Thierry Zéphir (j'adore le nom). La première est de raconter la ou plutôt les vie(s) de Bouddha. Les mots «légende dorée» l'occidentalisent un peu puisque c'est le titre du livre médiéval de Jacques de Voragine sur les saints catholiques. La seconde est de brasser les pays et les siècles, en allant jusqu'à aujourd'hui avec le Japonais Takahiro Kondo, né en 1958. L'ensemble se révèle somptueux. Deux cheminements me semblent possible pour le public. Ou bien vous faites partie des «insiders» et vous vous concentrez sur les Trois Joyaux, le Grand Véhicule et la Voie du Milieu. Ou bien vous êtes aussi ignare que moi et vous vous contentez des œuvres. Il y en a de magnifiques, tant sur le plan des sculptures que des peintures (jusqu'au 4 novembre, site www.guimet.fr)

Le Bouddha du Gandhara (vers 300) qui fait l'affiche. Photo RMN

«Mondrian figuratif» au Musée Marmottan. C'est l'homme des carrés, parfois posés sur la pointe. Rien de plus abstrait et de plus rigide que la peinture de Piet Mondrian (1872-1944) aux yeux du public. Pourtant, avant d'en arriver là, le Néerlandais a tâtonné des années 1890 aux environs de 1910. Il a alors donné des portraits, des toiles symbolistes relevant de la théosophie et surtout des paysages. A ses débuts, l'homme s'est vu soutenu par un mécène, Salomon Slijper (1884-1971). Ce dernier lui a acheté énormément de toiles. Il lui est même arrivé, pour dépanner, d'acquérir l'atelier entier. L'homme a ainsi fini par posséder des centaines d’œuvres, qu'il a léguées au Kunstmuseum den Haag (à La Haye, donc). C'est de là qu'arrive sous forme de paquet ficelé l'exposition. Elle révèle aux Parisiens nombre de toiles inconnues de lui. Elles vont d'un classique «Lièvre mort» de 1891 aux premiers exemples non figuratifs. Salomon a acquis ces derniers avec réticences. Il préférait le Mondriaan (Mondrian a alors retiré un «a» de son nom) d'avant. D'où des froids. Puis la rupture. Désormais à Paris, le peintre était parti dans une autre direction. Installée dans l'espace affreux du rez-de-chaussée de Marmottan, l'exposition se révèle non seulement bien faite. Elle a su jouer des contraintes imposées par le lieu (jusqu'au 26 janvier 2020, site www.marmottan.fr)

Un paysage de Mondrian, vers 1910. Photo Musée Marmottan, Paris 2019.

«Du Douanier Rousseau à Séraphine, Les grands maîtres naïfs» au Musée Maillol. Tout va mieux depuis que Culturespaces a repris la gestion du Musée Maillol que j'ai connu s'égaillant, pour ne pas dire s’égarant de tous les côtés. Les expositions me semblent mieux charpentées. Le décor a été repensé, éliminant notamment le mur de pierres apparentes. Il convenait mieux aux restaurants à fondues qu'aux présentations de peinture. En ce moment, l'institution privée prend des risques avec les naïfs, si à la mode dans les années 1970. Des artistes yougoslaves en produisaient alors à la chaîne. Pourquoi ce choix? Parce qu'il est lié à la personne de Dina Vierny, la créatrice du musée. Elle avait découvert dès 1939 André Bauchant, qui exposait alors chez Jeanne Bucher. Puis elle a collectionné Camille Bombois ou René Rimbert, tout en vendant leurs œuvres dans sa propre galerie. Les commissaires Jeanne-Bathilde Lacourt et Alex Susanna ont décidé de prendre le meilleur de la production, en se concentrant sur la première moitié du XXe siècle. Une bonne idée. Il y a donc là des Douanier Rousseau (un peu mineurs tout de même), des Séraphine de Senlis mais aussi des gens moins connus. Je citerai Jean Eve, Dominique Peyronnet ou Louis Vivin. Leur degré de naïveté me paraît variable. Leurs travaux se rapprochent parfois le la «Neue Sachlichkeit» germanique (jusqu'au 19 janvier 2010, site www.museemaillol.com)

Un paysage du Douanier Rousseau. Photo Musée Maillol, Paris 2019.




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