Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Que verra-t-on (si tout va bien) en Suisse comme grandes expositions cet automne?

Le programme est riche, mais il reste un peu aléatoire. Voici un petit tour des choses prévues de Bâle à Winterthour en passant par Genève, Lausanne et Martigny.

La "Maja vestida" de Goya sera en vedette à la Fondation Beyeler.

Crédits: DR, Museo del Prado, Madrid 2020.

En Suisse, c’est plus sûr du côté des expositions que pour le reste de l’Europe (dont il sera question dans la chronique de demain). Le Coronavirus traverse certes nos frontières, en dépit de nos vigilants douaniers, mais le pays reste petit. Autant dire que chacun peut rentrer chez soi au cas où notre dictature médicale déciderait de nous confiner à nouveau, histoire d’aggraver encore les crises économique, sociale et psychologique. Il n'y a de plus pas de réservations obligatoires, avec "créneau horaire" au quart d'heure près. Je vous propose donc un petit tour de piste (qui comblera l'absence cette année du Cirque Knie!), avec les dates actuelles prévues. Inutile de préciser que celles-ci pourront changer. Il semble néanmoins clair que la Suisse devrait connaître une saison d’automne normale. Il faut dire qu’elle a été mitonnée il y a longtemps, au moment où les subventionnements restaient simples et les sponsors motivés. Ce sera sans doute plus dur pour la suite….

Bâle

L’Orient de Rembrandt. Installé au XVIIe siècle à Amsterdam, le port alors le plus riche et le plus actif du monde, l’artiste (1606-1669), l’artiste a été en contact direct avec des objets venus d’Inde ou de Chine. L’homme les a même collectionnés. Il a aussi rêvé d’une Bible enturbannée. Le Kunstmuseum va proposer de lui, sur cet aspect peu souvent traité de son œuvre, des tableaux, des dessins et des estampes du 30 octobre au 14 février (www.kunstmuseum.ch)
Goya. Spécialisée dans les classiques modernes, la Fondation Beyeler remonte parfois le temps. Les avant-gardes ont besoin de se découvrir des pères, et même des grands-pères. L’Espagnol (1746-1828) va ainsi se retrouver à Riehen. Il devrait y avoir 70 œuvres (dont la «Maja habillée» du Prado), pour bonne partie venues de Madrid. La manifestation a déjà vu ses dates changées au moins deux fois. C’est maintenant du 10 octobre au 23 janvier (www.fondationbeyeler.ch)

Berne

Départ sans destination. Le Zentrum Paul Klee va se pencher du 18 septembre au 3 janvier sur la création photographie d'Annemarie Schwarzenbach. Elle comprend environ 4000 clichés, parmi lesquels il a fallu choisir. Morte à 34 ans en 1942, la Zurichoise fait aujourd'hui partie des mythes nationaux. Cette révoltée de la grande bourgeoisie industrielle d'extrême-droite se retrouve ainsi placée, sous le signe du voyage, aux côtés de son amie Ella Maillart et de Nicolas Bouvier. C'est la première fois que sa contribution au 8e art se voit mise en avant (www.zpk.org)

Annemarie Schwarzenbach et Ella Maillart. Photo Annemarie Schwarzenbach, Zentrum Paul Klee 2020.

Genève

Le Japon. L’Ariana a déjà présenté ses fonds italien, islamique et suisse-alémanique. C’est aujourd’hui le tour des céramiques nippones. Elles sont nombreuses, mêlant productions de prestige et tout-venant commercial conçu pour le marché occidental après 1868. L’essentiel date en effet ici de l’ère Meiji (1868-1912), qui a marqué pour le Japon un temps d’ouverture après des siècles de repli. Ce sera du 16 octobre au 31 janvier (www.institutions.ville-geneve.ch/fr/ariana/)

L'autoportrait au miroir de Fred Boissonnas. Une image célèbre. Succession Fred Boissonnas, Ville de Genève 2020.

Boissonnas et la Méditerranée. Il y a des années que Genève, où tout va plus lentement qu’ailleurs, parle d’une nouvelle rétrospective au Musée Rath dédiée à Fred Boissonnas (1856-1948). La voici. Le plus grand photographe local de son temps se verra étudié sous l’angle du paysage. Il y aura surtout des vues de Grèce et d’Egypte. L’ensemble reflétera l’acquisition déjà lointaine de ses archives par la Ville. Ce sera du 25 septembre au 31 janvier(www.http://institutions.ville-geneve.ch/fr/mah/)
Dubuffet, un barbare en Europe. Pour sa dernière exposition de type classique, le MEG reprend du 8 septembre au 28 février un accrochage du MUCEM de Marseille. Il faut dire que le parcours est axé sur le voyage en Suisse de Jean Dubuffet (1901-1985) dans l’immédiat après-guerre. L’homme a alors passé par le Musée d’ethnographie genevois. Il était en quête d’art brut. L’exposition regroupera 300 pièces, prêtées notamment par la Fondation Dubuffet de Paris. (www.ville-ge.ch/meg/)

Dubuffet, le barbare arrive début septembre à Genève. Photo Succession Jean Dubuffet, MEG, Genève 2020.

Lausanne

Kiki Smith, Hearing You With My Eyes. Née en 1954 à Nuremberg, l’Américaine fait aujourd’hui partie des plasticiennes à la mode. Lausanne l’attrape du coup au vol. Je vous ai récemment parlé de sa rétrospective à la Monnaie de Paris. La dame a tout pour plaire en 2020. Travaillant sur le corps. Multimédias. Féministe. Son exposition sera la seconde importante du MCB-a, après Vienne 1900. Il y aura des travaux très divers à voir du 9 octobre au 10 janvier (www.mcba.ch)
Arts et cinéma. Après Barcelone, Madrid et Rouen, l’Hermitage va présenter du 4 septembre au 3 janvier une exposition conçue par Dominique Païni,de la Cinémathèque française. Il s’agit de montrer comment le jeune 7e art a influencé la peinture, à moins que ce soit le contraire. Le parcours va des frères Lumière à Godard, en passant par les surréalistes et les constructivistes. Cela fait beaucoup pour une seule fois (www.fondation-hermitage.ch)

Martigny

Dubuffet. Décidément, le Français sera à l’honneur cet automne! Il sera non seulement au MEG genevois, mais parallèlement à la Fondation Gianadda du 3 décembre au 13 juin. Cette dernière collaborera ici avec le Centre Pompidou. Cet «hors les murs» de Beaubourg permettra au public de retrouver toutes les époques de l’artiste depuis son retour à la peintre de 1943. Le parcours ira des peintures "matiéristes" des années 1950 aux découpages-collages de la fin. Gustave Caillebotte succédera en 2021 au "barbare" français. Son expo avait en effet été remise (www.gianadda.ch)

Neuchâtel

Choc, Suchard fait sa pub. Neuchâtel a récupéré il y a quelques années les archives de la maison fondée par Philippe Suchard en 1826. La maison de Serrières a été de rachat en rachat, appartenant même un temps à Philip Morris. L’actuelle présentation comprendra 200 pièces, dont des affiches géantes de 4,5 mètres de haut. Elle ratissera large. Le Toblerone me semble plutôt faire partie de l’histoire, bernoise, de l’entreprise Tobler. Du 5 septembre au 7 mars(www.mahn.ch)

Au pays du Sugus. Photo Suchard, DR.

Pully

Perspectives, Collection Helvetia. Le joli petit musée, posé comme un balcon donnant sur le Léman, va proposer l'une des plus importantes collections d'entreprise du pays. Elle se concentre sur la Suisse. Il y a aura quatre angles. Le paysage de Giovanni Giacometti à Miriam Cahn. Les architectures de Rudolf Maeglin à Thomas Huber. La géométrie de Rudi Reinhartà Claudia Comte. Le portrait de Silvia Bächli à Augustin Rebetez. L'ensemble est prévu du 11 septembre au 6 décembre (www.museedartdepully.ch)

Vevey

Marguerite Burnat-Provins. Née à Arras en 1872, la femme a vécu sa première vie d’épouse à Vevey. Elle se trouvait alors dans la mouvance Art Nouveau. Puis est venue la découverte du Valais, succursale terrestre pour elle du Paradis. A partir de 1914, Marguerite s’est laissée inspirée dans ses dessins par les esprits, ce qui l’a rapprochée de l’Art Brut. Son étonnante trajectoire va se voir retracée au Musée Jenisch du 30 octobre au 24 janvier (www.museejenisch.ch)
Images. Le festival biennal monté par Stefano Stoll revient. En extérieur. Gratuit. Il y aura une cinquantaine d’œuvres dans la ville, plus tout le reste. Parmi les nombreux artistes annoncés figurent Christian Boltanski, les Hubbard-Birchler, Andrea Mastrovito, Julian Charrière et Julius von Bismarck. Plus beaucoup de nouveaux noms. La visite se fera du 5 au 27 septembre. Evitez peut-être les fins de semaines. L’absence de foule aide à la concentration (www.images.ch)

Winterthour

Bewegte Bilder. Le Kunst Museum a reçu une très importante donation d’images mobiles, autrement dit de vidéos, de la part de Heinz E. Toggenburger. Il va en montrer une partie du 12 septembre au 18 novembre. Il y a là des pièces de plusieurs générations, des pionniers John Baldassari, Bruce Naumann ou Joan Jonas aux actuels Matt Mullican ou Bill Viola. Plus des Suisses, bien sûr, de Christoph Rüttimann à Pipilotti Rist en passant par Sylvie Fleury (www.kmw.ch)

Une image colorée prise dans la rue par Natan Dvir. Photo Natan Dvir, Fotomuseum, Winterthour 2020.


Street Life. La photographie non pas de rue, mais dans la rue constitue une des grandes tendances du 8e art depuis les années 1920 au moins. Le Fotomuseum va ainsi nous montrer sept décennies d’images plus ou moins volées. Le parcours ira de Lee Friedlander à Harri Pälviranta en passant par Diane Arbus, William Klein ou Harry Callahan. Il y aura en tout 220 images dues à 37 artistes. L’exposition viendra de Hambourg. Du 12 septembre au 10 janvier (www.fotomuseum.ch)

Yverdon-les-Bains

Je est un monstre. Vous vous souvenez d'"Elephant Man" ou de la "Vénus hottentote"? La Maison d'ailleurs prévoit du 13 novembre au 24 octobre 2021
une exposition sur laquestion du monstre au XIXe siècle. Signe divin depuis l’Antiquité, ce dernier voit naturalisé à la suite de la tératologie des Saint-Hilaire. Paradoxalement, c’est à ce moment-là qu’il est exhibé dans les cirques. L’expo cherchera à réfléchir au monstre en démontrant qu’il est un signe de nos monstruosités, morales ou sociales, dans le cas de la naissance de la société du spectacle (www.ailleurs.ch)

Zurich

Franz Gertsch, Looking Back. Eh oui, le Suisse fête ses 80 ans cette année! Il y a longtemps que l’homme possède son musée à Burgdorf, mais c’est l’ETH qui organisera l’exposition anniversaire. Cette dernière sera centrée sur les débuts peu connus de l’artiste, actif depuis 1948. Il y aura là des gravures, bien sûr, mais aussi des dessins. Le lieu, situé au 101, Rämistrasse reste confidentiel. Il se cache dans la grande école. A découvrir du 1er septembre au 15 novembre (www.gs-ethz.ch)

Le jeune Franz Gertsch à Zurich pour ses 90 ans. Photo Franz Gertsch, ETH, Zurich 2020.


L’art chinois à l’écoute du paysage. Depuis des siècles, la Chine a fait de la description poétisée de la nature un de ses chevaux de bataille. Le Museum Rietberg proposera du 11 septembre au 17 janvier environ 90 œuvres. Il y aura les peintures historiques de la Collection Drenowatz, déposée au musée, mais aussi de nombreux prêts internationaux, notamment pour la période contemporaine. Il faut ainsi s’attendre à des installations et à de la vidéo (www.rietberg.ch)
Wild At Heart. Un titre anglais pour le romantisme suisse! Il n'y a pourtant rien de  "beatnik" dans la création de peintres comme Heinrich Füssli, Alexandre Calame ou le jeune Arnold Böcklin... Composé de quelque 150 toiles, l'accrochage tournera autour du paysage. C'est effectivement le genre helvétique par excellence pour l'expression profonde des sentiments. Il sera intéressant de comparer le résultat avec le "Alles zerfällt" sur le même sujet au Kunstmuseum de Berne. A voir du 13 novembre au 14 février (www.kunsthaus.ch)

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