Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Que faut-il voir à Artgenève? Mario Merz, Charles Rollier ou David Shrigley!

La foire réserve comme ça des présentations muséales. Il y a aussi le mouvement Supports/Surfaces qui se voit présenté par la Fondation Gandur pour l'art.

Le Café des Bains revus par Philippe Cramer. Nightfall...

Crédits: Philippe Cramer. Photo Julien Gremaud.

Je suppose que vous l’avez remarqué. Une manifestation culturelle se doit de toujours grandir. Certaines semblent du coup atteintes d’éléphantiasis. Pensez aux festivals de cinéma, même genevois, qui se sentent obligées de projeter aujourd’hui des centaines de films. Rappelez-vous pour le théâtre Avignon, où les pièces jouées étaient plus de 1500 l’année dernière. Artgenève se retrouve un peu logé à la même enseigne. En plus modeste, tout de même. Il y a de la musique au Victoria Hall. Des sculptures en plein air sur les quais, à voir en se gelant les fesses avant qu’il fasse nuit. Des «talks». Un programme VIP…

Sans sortir d’un Palexpo bien chauffé, je dois vous signaler quelques événements. Le premier est une absence. Après deux ans passés en compagnie d’Artgenève, le PAD (ou Pavillon des arts et du design) s’est fait la malle. Trop peu rentable. Une partie des espaces occupés par ses marchands accueille aujourd’hui le festival Loop de Barcelone. On peut louper, à moins d’avoir beaucoup de temps. C’est de la vidéo, une denrée à durée fixe. Il y a aussi là l’exposition Mario Merz, curatée par Samuel Gross. Deux pièces seulement, dont un igloo bien sûr, mais surtout un machin colossal. Sur des soubassements métalliques dignes d’une attraction de fête foraine se trouvent des plateaux de pierre, chargés de fruits et légumes. Magnifiques, du reste. Difficile de trouver un plus bel étal de primeurs. Présenté dans le noir, l’ensemble se révèle aussi impressionnant que l’exposition Max Bill en ces lieux il y a quelques années.

Un Ecossais peu conformiste

La Fondation Gandur pour l'art est revenue. Présentée en gloire l’année dernière, elle se retrouve à l’étroit en 2020, coincée entre deux autres stands. Impossible pour elle de se déployer. Le commissaire s’est du coup focalisé sur la production du groupe Supports/Surfaces, actif à la fin des années 60 et dissous peu après, même si un homme comme Claude Viallat lui reste fidèle de nos jours. Il s’agit donc d’une petite exposition bien faite sur un mouvement peu connu hors du Sud de la France, la capitale le rejetant un peu comme provincial. Il y a là Dezeuze, Bioulès… Bref des noms à (re)découvrir.

La place ne manque en revanche pas pour le «solo show» de David Shrigley, fourni par un seul (et donc unique) collectionneur genevois. Anonyme, mais tout de même reconnaissable. Vous ne savez peut-être pas qui est Shrigley, dont la pratique tient du «cartoon». Né en 1968, cet Ecossais s’est rendu populaire par son trait mordant et enfantin à la fois. Nommé il y a peu officier de l’Ordre de l’Empire britannique, un club qui ne dédaigne pas les provocateurs, l’artiste se ainsi représenté de manière très complète. Il utilise maintenant plusieurs médias. Ne manquez pas les araignées sur le sol du cube central! Cela dit, vous avez le droit de ne pas aimer.

Restaurant pop up

Surprise! Au milieu de la foire, un stand se voit également dédié à Charles Rollier,qui fut l’un des peintres de chevet des conservateurs du Musée d’art et d’histoire genevois dans les années 1960 et 1970. Charles Goerg, Claude Ritschard, Rainer Michael Mason. L’Association Charles Rollier s’est vue invitée à présenter une sélection de toiles abstraites de ce Genevois d’origine milanaise, formé en Italie puis à Paris. L’ensemble apparaît représentatif de sa maturité. C’est l’occasion pour une nouvelle génération de découvrir une grosse pointure locale, décédée en 1968.

Pour ce qui est de l’extérieur à Palexpo, je citerai juste pour finir le décor éphémère conçu par Philippe Cramer pour une annexe provisoire du Café des Bains. Baptisé Nightfall, ce restaurant «pop up» est ouvert dès 18 heures jusqu’au 2 février. Ce n’est pas tant que j’apprécie le Café des Bains, qui m’a toujours semblé un endroit snobinard, avec son voiturier. Mais c’est très réussi avec son design simple, efficace, et tout de même élégant. Et si on balançait le Café lui-même pour garder ça?

Pratique

«Artgenève», Palexpo, 30, route François-Peyrot, Grand-Saconnex/Genève, jusqu’au2 février. Tél. 022 761 11 11, site www.artgeneve.ch Ouvert les 30, 31 janvier et 1er février de 12h à 20h, le 2 février de 12h à 19h.


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