Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Prêt anonyme. Le Petit Palais parisien propose huit tableaux préraphaélites inédits

Cet art anglais reste très mal représenté en France. Vu le marché, la situation n'est pas près de changer. A découvrir avant de pouvoir retourner à Londres.

"La preuve d'amour" de Lawrence Alma-Tadema.

Crédits: Petit Palais, Paris 2021.

On peut voir ça comme une exposition. Le Petit Palais de Paris, qui consacre jusqu’au 29 août une partie de son sous-sol à une présentation assez ardue sur Ambroise Vollard éditeur, «Edition limitée», propose aussi un prêt spectaculaire. Le musée municipal, que dirige Christophe Leribault, a obtenu pour cinq ans huit toiles préraphaélites d’une collection comme il se doit anonyme et bien entendu étrangère. On ne peut pas dire que les Français de soient jamais rués sur la peinture produite dans l’Angleterre victorienne à partir de la fondation de la Confrérie en 1848. Autant dire qu’elle demeure misérablement représentée à Orsay. Cela dit, il existe un superbe portrait signé Burne-Jones à Nantes.

Dans une grande salle également située au rez-de-chaussée inférieur, le visiteur peut donc voir sur fond violet les huit œuvres, jamais montrée en France et rarement vues ailleurs. Il y a là des pièces allant des années 1860 au début du XXe siècle. Le mouvement s’est en effet poursuivi sur plusieurs générations, changeant au passage de caractéristiques. A l’art pseudo médiéval des débuts a succédé une peinture toujours historicisante, certes, mais nettement plus fluide. Le Dante Gabriele Rossetti, «Chant de Noël» de 1867, se réfère ainsi davantage à l’art de la Renaissance qu’à celui des prédécesseurs de Raphaël. La tendance s’était encore accentuée quand le visiteur en arrive à la «Lamia» échevelée de John William Waterhouse, exécutée autour de 1909. Il faut un peu se pincer pour admettre que cette voluptueuse dame est contemporaine des toiles les plus cubistes de Picasso. Waterhouse devait du reste poursuivre dans cette voie jusqu’à sa mort en 1917.

La "Lamia" de Waterhouse. Photo Petit Palais, Paris 2021.

Dominé par Waterhouse, Lawrence Alma-Tadema, Frederic Leighton et Edward Burne-Jones (dont le public peut ainsi découvrir la seconde version, laissée inachevée, de «Le roi Cophétua et la mendiante» de la Tate Britain), le prêt ne comporte que des œuvres majeures et en bon état. Ou du moins rutilantes. C’est à voir en attendant que les musées londoniens redeviennent accessibles de manière simple. Il y a peu de risques en revanche pour que les institutions parisiennes se dotent un jour de telles peintures. Dans les années 1950, totalement démodées, elles se vendaient bien sûr pour une bouchée de pain. Les plus belles ont alors été acquises par le gouverneur porto-ricain Luis Ferré pour son musée privé de Ponce. Mais depuis, la cote est bien remontée. Les amateurs se les disputent aujourd'hui à coup de millions, leur collectionneur le plus célèbre étant Sir Andrew Lloyd Webber.

Pratique

Petit Palais, avenue Winston-Churchill, Paris. Tél. 00331 53 43 40 00, site www.petitpalais.paris.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

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