Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Prendre le temps". Un livre conçu et dialogué dans l'atelier du couturier Alaïa

En 2013, le Tunisien a fait parler deux par deux des acteurs, des écrivains, des peintres ou des scénaristes. Un seul sujet pour tous. Comment ne pas devenir l'esclave du temps?

Publicité pour Alaïa, qui joue ici de sa petite taille.

Crédits: DR

Il n’a très vite plus voulu faire comme les autres, présentant ses robes quand il était prêt. Mort en 2017, Azzedine Alaïa renouait ainsi avec ses débuts, quand il cousait en appartement, rue de Bellechasse. Ses clientes, amenées par cooptation, s’appelaient à ce moment Greta Garbo, Arletty, Louise de Vilmorin ou Cécile de Rothschild. Le Tunisien prenait avec elles son temps. L’univers de la mode, comme beaucoup d’autres, se fait autrement bouffer par la course au succès, avec la peur éternelle de le perdre. D’où une production ultra-rapide se faisant au dépens de l’invention. «Le temps superficiel, court, ne m’intéresse pas», déclare le couturier dans l’avant-propos.

Alaïa tenait table ouverte. Il aimait à discuter avec les représentants de toutes les mouvances artistiques. Des peintres. Des architectes. Des chanteurs. Des designers. C’est ainsi que lui est venu l’idée, en 2013, de réunir deux par deux des créateurs pour tenir des conversations qui seraient enregistrées. Le thème de base serait précisément le temps. Comment le gérer, le contrer, le soumettre afin de ne pas se retrouver pris par lui. Il en est sorti un ouvrage, d’abord en anglais. La traduction française vient de sortir chez Actes Sud, avec l’appui de LUMA, la fondation de Maja Hoffmann. Une possibilité de découvrir les treize duos, avec des interventions d’Alaïa, de son équipe et de ses hôtes. Le livre se veut au propre comme au figuré convivial.

L'art de la conversation

Qui est là? Eh bien beaucoup de gens connus! Certains pour le meilleur. D’autres le pire. La discussion entre Jean Nouvel et son mentor Claude Parent sous le signe de l’architecture contemporaine constitue ainsi un véritable duel d’ego, alors que le lecteur apprendra beaucoup avec l’échange entre Bob Wilson et Isabelle Huppert. Michel Butor et Tristan Garcia se révèlent intarissables. Mais quels bavards! J’aurais en revanche aimé voir prolongée la discussion entre Charlotte Rampling et l’historien de la mode Olivier Saillard. Ils ont davantage à dire et à se dire que le scénariste Jean-Claude Carrière et le peintre devenu cinéaste Julian Schnabel. Avec ces deux-là, les choses ressemblent davantage à des monologues, intéressants par ailleurs, qu’à un dialogue. La conversation reste un art difficile, fait d’équilibre et de partage.

Ah, j’oubliais! Le bouquin est préfacé par Noami Campbell, qui appelait Alaïa «papa». Il ne s’agit pas là d’un texte essentiel. Mais Naomi reste plus connue pour le public que certaines des figures conviées chez le couturier. Jonathan Ive et Marc Newson, cela reste tout de même un peu élitaire.

Pratique

«Prendre son temps», sous la direction d’Azzedine Alaïa et de Donatien Grau, aux Editions Actes Sud, 236 pages.

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