Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PRANGINS/Le Château montre en 500 photos le travail des Suisses

Crédits: PDL, Landesmuseum, Zurich

«Nous passons le tiers de notre vie au travail», explique d'emblée la nouvelle exposition du Château de Prangins, venue comme il se soit du Landesmuseum de Zurich, où elle a déjà été présentée «avec succès». C'est beaucoup s'avancer. L'existence commence avec l'enfance et l'école. Puis viennent tout de même les week-ends et les vacances. Arrive enfin le temps de la retraite, qui ne se révèle pas forcément active. Et puis ça, c'est sans doute du passé! Les médias n'arrêtent pas de nos bassiner depuis quelques mois sur la robotisation, qui fera exploser le chômage. Notez qu'ici les oracles ont visiblement de la peine à accorder leurs violons. Certains parlent de 10 pour-cent en moins d'emplois. D'autres de 50 pour-cent. Il faudra donc «inventer de nouveaux métiers», qui se situeront à la fois dans le flux et dans le flou. 

Mais venons-en à l'exposition. Elle ne regroupe pas moins de 500 photos tirées des collections du Landesmuseum, qui sont dans le genre mahousse. L'institution ne conserverait pas moins de six millions de clichés. Il a donc fallu sélectionner, puis beaucoup élaguer. L'idée du commissaire Dario Donati, adaptée pour Prangins par Nicole Staremberg, était de brosser un tableau général de l'emploi en Suisse depuis 1860. Toutes les branches devaient se voir prises en considération, y compris ce travail non rémunéré par excellence que constitue les tâches des ménagères. Une certaine chronologie était aussi à respecter. A un monde essentiellement agricole succéderaient ainsi les usines, puis un univers de services, la production s'étant vue délocalisée à qui mieux mieux.

Une vision sociologique

Présentée dans l'aile gauche, sur deux étages, l'exposition reste du type sociologique. L'image ne se voit prise en compte qu'en tant que document. Nous sommes très loin du 8e art. Les clichés présentés ne constituent jamais des originaux, ou «vintages». Il s'agit au mieux de tirages modernes d'après négatifs, au pire de repiquages dans des revues ou sur des cartes postales. C'est presque par hasard qu'il se trouve aux cimaises des choses intéressantes sur le plan visuel. J'ai tout de même noté deux Jakob Tuggener, du Theo Frey, de l'Oswald Ruppen ou du de Jongh. Il faut dire que la plus grande partie des œuvres anciennes proposées restent tragiquement anonymes. On aimerait ainsi en savoir davantage sur l'intéressant collectif PDL, très souvent aux murs. 

A l'étage, une salle se voit dédiée aux albums, aux photos encadrées et autres babioles montrant l'importance de l'image de marque pour la société commanditaire. Une autre pièce propose les créations de quatre artistes contemporains: Andri Pol, Barbara Davatz, Jean-Luc Cramatte (1) et surtout Giorgio von Arb. Le cycle carré, en noir et blanc, de ce dernier sur le démantèlement de Sulzer à Winterthour montre, sans qu'il y ait un seul personnage dans l'image, la fin d'un temps. Deux cabinets proposent pour clore deux séries de projections. L'une est consacrée aux reportages de la presse illustrée sur le travail en Suisse. Il s'agit en général de publications faites pendant la dernière guerre. L'autre est vouée aux plaques stéréoscopiques. Le 3D revient régulièrement à l'honneur. On faisait déjà de la réalité augmentée dans les années 1910.

Une visite laissant sur sa faim 

Boulimique, l'exposition n'en laisse pas sur sa faim. Il y aurait de meilleures choses à montrer, si l'on voulait un tant soit peu quitter l'analyse historique. Encore faudrait-il sortir du cadre de l'institution. Genève conserve ainsi de remarquables œuvres, conservées au CIG, dues à Max Kettel, entre autre sur les Charmilles. Elles mériteraient autrement que ce ramassis de se voir mises en valeur. 

(1) Les Cramatte, sur la disparition des petits bureaux de poste, pris entre 2001 et 2006, se révèlent plus d'actualité que jamais!

Pratique 

«Le travail, Photographies de 1860 à nos jours», Château de Prangins, jusqu'au 15 octobre. Tél. 058 469 38 90, site www.chateaudeprangins.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h.

Photo (PDL, Landesmuseum, Zurich): Le travail aux champs vu vers 1940 par le collectif PDL, resposable des meilleures séries montrées à Prangins.

Texte intercalaire.

 

 

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