Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Pour ses 25 ans d'existence, le Museum Tinguely de Bâle s'offre un coup de jeune

La nouvelle présentation favorise les années 1950 et 1960. Ce sont sans doute les plus créatrices. L'institution ose la couleur pour les murs. Une première!

Le bleu est mis. L'impression en ressort toute changée.

Crédits: Museum Tinguely, Bâle 2021.

Vingt-cinq ans déjà… Une sorte d’éternité, même si cette période ne correspond jamais qu'à l'écart entre deux générations normalement constituées. C’est donc bien il y a un quart de siècle que le Museum Tinguely a ouvert ses portes à Bâle. La chose ne s’était pas faite sans mal. Le sculpteur se refroidissait à peine, après sa mort en 1991, que plusieurs villes se disputaient déjà son héritage. Il y a eu au final deux gagnants, puisque Fribourg a obtenu une sorte de prix de consolation. Un second espace, dédié en même temps à Niki de Saint Phalle (alors vivante), s’est vu créé dans un ancien garage 1900 situé près du Musée d’art et d’histoire de la ville.

Il ne restait plus qu’à construire à Bâle au bord du Rhin. Assez loin du centre, je dois dire. Alors au faîte de sa gloire, Mario Botta a imaginé un bâtiment assez spectaculaire, mais peu pratique à l’usage. Le Tessinois a en effet conçu des espaces intérieurs incompréhensibles. Le pauvre public s’y perd forcément, d’autant plus qu’il a fallu créer par la suite des espaces pour les expositions temporaires. Comment passer du rez-de-chaussée au sous sol, puis à l’étage de ce qui semble une annexe? Allez savoir la bonne manière de frayer son chemin à travers toutes les grosses (et bruyantes) machines! Je vous le demande.

Correspondance illustrée

Tout cela commençait à dater. Afin de marquer un nouveau départ, le Museum aujourd’hui dirigé par Roland Wetzel a imaginé un nouveau parcours, que le public a pu découvrir le 3 mars. De nouveaux aspects de la vie et de l’œuvre se sont vus mis en avant. Les projecteurs éclairent désormais mieux les débuts de la carrière de l’artiste, en Suisse puis à Paris. La correspondance très illustrée de «Jeannot» bénéficie également de toute une salle. Il faut dire que chaque lettre (on écrivait encore beaucoup à la main dans les années 50 et 60) constitue une œuvre en soi. Il y a ainsi les échanges de notre faux marginal avec Maja Sacher, la veuve d’Emanuel Hoffmann, qui jouait hardiment les mécènes. Il faut dire qu’il s’agissait de «la femme la plus riche de Suisse». Tinguely a très vite su se faire des relations (1).

Le nouvel itinéraire, qui s’arrête peu ou prou à la fin des années 1960 (mais il y a ailleurs les grosses installations, dont l’immense «Mengele Tanz»), favorise aussi les performances de l’époque. Tinguely tenait alors du feu d’artifice permanent, qu’il s’agisse de squatter les rues parisiennes par un cortège ou d’éblouir les New-Yorkais chez eux. Il a du coup fallu procéder à des restaurations. «Rotazaza 2» sort de l’atelier du ferronnier-carrossier-électricien-je ne sais quoi encore. Des films un peu pourris complètent bien sûr l’ensemble. Un ensemble franchement coloré. Le musée a brisé le tabou voulant que l’art contemporain soit toujours présenté sur fond blanc cuisine, comme s’il sortait du réfrigérateur. Il y a ainsi notamment un bleu pétaradant, même si ce n’est pas celui d’Yves Klein.

Une fin plutôt sinistre

L’idée de mettre l’accent sur les débuts, pleins de verve et d’invention, me semble la bonne. Passé 1970, la création du Suisse va en effet s’alourdir, puis s’enfler. Les dernières pièces semblent atteintes d’éléphantiasis. Une certaine sinistrose s’installe aussi avec le temps. Les ultimes réalisations, chargées d’ossements d’animaux, sentent même franchement la mort. Avec une certaine fatigue créatrice annonçant par ailleurs celle de leur concepteur. Tinguely avait un peu tout donné vers 1970. Il y a des moments où les artistes, même les meilleurs, ne peuvent plus que se répéter. En taille XXL de préférence.

(1) Il y a également les envois à Pontus Hulten, le futur premier directeur du Centre Pompidou. Le lieu a ouvert ses portes en 1977.

Pratique

Museum Tinguely, 1,Paul Sacher-Anlage, Bâle. Tél. 061 681 93 20, site www.tinguely.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

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