Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Pour le directeur des Offices, certains tableaux doivent revenir dans leur église

Eike Schmidt parle de restitutions d'un autre genre. Pourquoi ne pas remettre dans les lieux de culte florentins réaménagés les oeuvres conçues à l'époque pour eux?

La Pala Ruccelai.

Crédits: DR

Il fait de nouveau parler de lui. Il n’y a presque pas de semaine sans qu’Eike Schmidt, directeur des Offices de Florence, s’exprime. On le sait très attaché à l’institution, qu’il a failli quitter pour le Kunsthistorishes Museum de Vienne au moment où tout allait mal sous le gouvernement Salvini. L’homme lâche volontiers des propositions, en plus de proposer de nouveaux aménagements pour son musée. Il s’agit pour lui de faire bouger les choses dans un pays où elles passent pour demeurer très léthargiques.

Que dit cette fois Eike Schmidt? Les musées devaient restituer des œuvres non pas à de lointains Africains ou Océaniens, mais aux églises pour lesquelles elles ont été conçues et réalisées. Pour les Offices, il ne s’agit pas de tailler dans les collections fondamentales . «Ce qu’ont acquis les Médicis, puis les Habsbourg-Lorraine ne doit pas être touché. Il s’agit d’ensembles devenus historiques.» Mais il y a les reste. Certaines pièces, parfois célèbres, ont été placées aux Offices «sans que le propriété ait changé de mains.» Il s’agissait à l’époque d’assurer leur sécurité et de les rendre plus visibles. Or les grandes églises florentines ont subi de nombreux travaux de restauration et de mise à niveau. «Elles possèdent un anti-vol, des mesures anti-vandalisme, les éclairages voulus et une climatisation.» Certaines, comme Santa Croce, le Carmine ou Santa Maria Novella, se visitent du coup aujourd’hui comme des musées. En payant un billet d’entrée, d’ailleurs.

Le cas de Duccio

Eike Schmidt cite un cas d’école. Il s’agit de la «Pala Rucellai» de Duccio, déplacée de Santa Maria Novella aux Offices en 1948. Pour lui, elle devrait retrouver sa place originelle dans l’édifice, même si celui-ci a bien changé depuis le début du XIVe siècle. Elle retrouverait alors une partie de sa signification, les tableaux postérieurs de la nef ayant par ailleurs subi de récents nettoyages leur conférant une qualité muséale. «2021 marquera en plus les 800 ans de l’arrivée des Dominicains à Santa Maria Novella.» Il est cependant clair pour l’homme des Offices que la Pala n'ira pas dans la partie muséale de ce complexe, comprenant notamment trois cloîtres. Il doit bien s’agir d’une contextualisation.

Si Santa Maria Novella, riche d’œuvres de Filippino Lippi, de Domenico Ghirlandajo ou de Paolo Uccello y gagnerait, les Offices n’en sortiront pas sans dommage. Dans la première salle, le Duccio rejoignait depuis 1948 deux autres tableaux de Giotto et de Cimabue sur le même sujet. L’incroyable confrontation des trois maîtres des années 1300. «C’est pour cela que je compte sur un débat loyal, public et sans préjugés.» Il s’agit de reconstituer, ou non, le «patrimonio culturale diffusa» que prônait son prédécesseur Antonio Paolucci. «Je pense que c’est le bon moment.»

Cela dit, j’ajoute une chose à titre personnel. Il est bien plus facile pour le public d’entrer à Santa Maria Novella, près de la gare, qu’aux Offices!

P.S. Les premières réactions lues dans la presse transalpines se révèlent plutôt positives. Enfin oui et non! Ce serait bien de le faire, mais ce ne sera guère possible...

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