Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Pour la première fois, Paris s'offre une série respectable d'expositions pour l'été

Jusqu'ici, juillet et août marquaient un temps de relâche. Ce n'est aujourd'hui plus possible. Découvrez le programme, des Néo-Hittites au décolleté dans le dos.

Joseph-Désiré Court. Un portrait de femme romantique.

Crédits: Petit Palais, Paris 2019.

C'est une nouveauté qui semble passer inaperçue. Il faut dire qu'elle tient aujourd'hui de l'évidence. Paris propose enfin une série d'expositions pour l'été. Une chose que la capitale française s'était toujours refusée à faire. Vous connaissez l'antienne, que j'entends répéter un peu partout. «Mais en juillet et en août, il n'y a plus personne ici». Comme si le touristes n'existaient pas, et si les indigènes avaient chacun trouvé les moyens de se mettre au vert. Mais les décideurs sont comme ça. Ils ont tout décidé à l'avance.

Il existe en fait trois places à occuper dans les villes européennes pour devenir une capitale des beaux-arts. Un peu comme sur le podium des Jeux olympiques. Paris en occupe une de droit. C'est là qu'il s'organise le plus d'expositions en tous genres. Des petites et des grosses. Des populaires et des élitaires. Des classiques et des insolites. Je dois ainsi vous parler une fois de celle que la Monnaie consacre jusqu'au 3 novembre à l'histoire du Porte-monnaie. Vient ensuite Londres. Une cité où tout tourne, en dehors de galeries, autour de quelques puissants musées proposant si possible de «block busters». Je vous dirai bientôt ce que j'y aurai vu en juillet.

L'émergence de Venise

Le troisième siège est longtemps demeuré très disputé. J'ai un temps pensé à Rome. Un autre à Madrid. Trop décentrée, l'Allemagne n'a aucune chance. Amsterdam ou Bruxelles ne réussissent pas bien leurs coups. De toute manière, pour eux c'est trop tard. On assiste depuis dix ans à l'irrésistible montée de Venise. C'est là que se situent le principales fondations, et il faudra sous peu que je vous parle de celle, dans une église remise à flots, de Francesca Thyssen. Les musées d'Etat y remontent la pente. Il y a en plus les satellites des deux Biennales, celle des beaux-arts et celle d'architecture. Autant dire que le cirque y tourne en permanence. C'est peut-être même la Cité des Doges qui propose en 2019 le programme le plus fastueux de l'année.

Paris, qui se prend encore pour la Ville Lumière, se devait de réagir. Je dois dire que sa liste estivale se révèle séduisante. Si le Grand Palais, aujourd'hui en nette perte de vitesse, ferme boutique après le 22 juillet (avec La Lune), le Petit Palais ne baisse pas les bras en prolongeant Paris romantique. Un énorme panorama des années 1815 à 1848 en plus de 600 tableaux et objets sur lequel je vous dois un article. C'est d'ailleurs Christophe Leribault, en charge des lieux, qui a le premier émis l'idée que la capitale avait aussi besoin d'exposition en été que durant le reste de l'année. Il tente ici un doublé dans la mesure où l'énorme bâtiment («petit» reste ici un adjectif très relatif) abrite jusqu'au 1er septembre une présentation de Dessins romantiques allemands venus de Weimar. «Paris romantique» dure en revanche jusqu'au 15 septembre.

Des "Prince.sse.s des villes" au Palais de Tokyo. Photo tirée du site du Palais de Tokyo, Paris 2019.

Même le Louvre, cette pompe à fric, a accompli un effort. Je citerai d'abord la présentation archéologique sur Les royaumes oubliés néo-hittites ou araméens (quelle honte! Je ne vous en ai pas encore parlé...). Elle dure jusqu'au 12 août, et c'est très intéressant. Le musée présente par ailleurs depuis peu les dessins néo-classiques de Louis-Antoine Gros et un choix de pièces, italiennes celles-là, issues de la légendaire Collection Mariette, formée au XVIIIe siècle. Quatre livres, dont je vous ai déjà fait l'éloge, viennent de la reconstituer. Vous avez jusqu'au 30 septembre pour voir ça. Le Centre Pompidou ne pouvait pas se montrer en reste. Si vous n'avez que jusqu'au 29 juillet pour y découvrir Dora Maar, la rétrospective Bernard Frize, Sans repentir, conçue par l'artiste français lui-même pour ses 65 ans, se prolonge jusqu'au 26 août. Préhistoire, Une énigme moderne, dont le vous recommande la visite même si ne n'ai pas encore trouvé le temps de le faire plus longuement par écrit, s'étire même jusqu'au 16 septembre.

Ce n'est bien sûr pas tout, puisque l'élan est maintenant donné. Le Jeu de Paume offre jusqu'au 22 septembre la photographe américaine Sally Mann. Notez que le lieu n'y montre pas les image, devenues sulfureuses, d'enfants nus mais ses reportages sur les Etats du Sud racistes. Le racisme est devenu moins offensant que la fesse du premier âge. L'élégante Fondation Custodia, tout près de l'Assemblée nationale, tourne autour de Frans Hals jusqu’au 25 août. Le Palais de Tokyo part pour Dacca, Manille, Lagos ou Téhéran avec Prince.sse.s des villes jusqu'au 8 septembre. Blake et Mortimer sont en 120 planches originales jusqu'au 5 janvier au Musées des arts et métiers. La Légende dorée du Bouddha illumine le Guimet jusqu'au 7 octobre. Félix Fénéon, Les arts lointains se retrouve jusqu'au 29 septembre à Branly. Il fallait bien choisir un endroit pour ce journaliste collectionneur et anarchiste, mort en 1944. Tracy Enim revisite la collection de de dessins d'Orsay jusqu'au 22 septembre. Toutankhamon, dont je ne vous parlerai pas, reste à la Villette jusqu'au 15 septembre, avec «150 objets mirifiques». La dernière fois que j'ai lu quelque chose à ce propos, c'était pour annoncer la vente du 800 000e billet.

Un décolleté dans le dos d'Yves Saint Laurent. Photo Succession Yves Saint Laurent, Palais Galliera, Paris 2019.

Tout est-il inauguré? Non. Il reste encore, vernissage le 3 juillet, à mettre sur orbite Back Side au Musée Bourdelle. Il s'agit à nouveau d'un partenariat entre cet endroit voué à la sculpture et le Palais Galliera, à nouveau en travaux. Le thème du jour est le décolleté dans le dos. Il y a des moments où l'envers vaut mieux que l'endroit. L'exposition durera ici jusqu'au 17 novembre. Voilà qui fait froid dans le dos.

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