Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Pompiers!". Deux institutions de Morges s'associent pour raconter les feux de jadis

L'exposition du Musée Alexis-Forel et de la Fondation Bolle se visite très agréablement. Il y a beaucoup d'objets devenus rares et de jouets pour enfants.

L'affiche commune aux deux expositions.

Crédits: Musée Alexis-Forel et Fondation Bolle, Morges 2020.

Au feu! Depuis la nuit des temps, les hommes (et donc aussi les femmes) ont vécu sous la terreur des incendies. Dans les cités anciennes, les flammes pouvaient tout ravager, tant les maisons de bois et de torchis restaient proches les unes des autres. Il n’y avait pas beaucoup de place à l’intérieur des fortifications. Aussi les ancêtres des pompiers commençaient-ils en général par casser sauvagement des demeures entières pour empêcher une propagation trop rapide du sinistre. Même une rivière ne fournissait pas la solution de continuité. Il y avait de petits édifices jusque sur les ponts. Genève, qui avait déjà subi plusieurs brasiers destructeurs au Moyen Age, a ainsi failli partir en fumée début 1670. Le feu avait pris sur l’actuel pont de l’Ile, menaçant les constructions des deux rives du Rhône. Les dégâts ont été énormes. Rien cependant en comparaison du Grand Incendie de Londres de 1666. Il n’était alors pas resté grand-chose d’une capitale encore médiévale…

Ce n’est pas à des événements aussi dramatiques qu’invite aujourd’hui l’exposition «Pompiers! Du tocsin au 118», conjointement organisée à Morges par le Musée Alexis-Forel et la Fondation Bolle. L’approche se veut locale. Elle correspond du reste au 250eanniversaire de la première compagnie de secouristes formée en1770, alors que le Pays de Vaud restait propriété bernoise. L’essentiel se situe cependant au XXe siècle, entre la Côte et Montreux. La manifestation peut ainsi aborder deux destructions récentes emblématiques. En 1971, le Casino de Montreux avait flambé un après-midi pendant un concert de Frank Zappa. Une fusée tirée à l’intérieur par un spectateur pour le moins inconscient. Aucun blessé, mais un monument historique en moins. Il y a un demi-siècle on reconstruisait peu à l’identique. Il n’en est pas allé de même lorsque le Parlement vaudois a flambé en 2002 à Lausanne. Cela dit,le chantier a eu du mal à démarrer. Il n’a débuté qu’en 2014…

Extraits de films

La visite commence logiquement au Musée Alexis-Forel, un ravissant bâtiment Renaissance avec une cour abritant un escalier à vis et des galeries. Les prémisses s’adressent aux enfants, qui rêvent presque tous de devenir pompiers plus tard. Les filles aussi, maintenant. Elles seront ainsi sapeures-pompières, une appellation peinant toutefois à entrer dans les mœurs. L’exposition cite cependant le cas d’un feuilleton américain où des femmes «issues de minorités ethniques» remplissent parfaitement leur rôle. On est dans le politiquement correct ou on ne l’est pas. Reste que la grande salle du premier étage se voit transformée en terrain de jeu. Tout y apparaît miniaturisé, des voitures rouges aux petits fauteuils. Les jeunes visiteurs ont ainsi de quoi faire, tandis que leurs parents visionnent plus loin des extraits de films catastrophes récents. Beaucoup de trucages et de bons sentiments. Il y a toujours un sapeur exténué pour sauver un bambin à la fin. «Charlot pompier» prenait moins de gants pour aborder le sujet en 1916. Des gants amiantés, bien sûr!

L'une des photos de groupes, archi.posée. Photo DR.

Les incendies et leurs traces remplissent le reste de l’étage, avant que le public passe dans une rue parallèle à la Fondation Bolle. C’est ici le grand l’étalage du matériel, avec un gros moteur Porsche rouge de1955 dès l’entrée. Il s’est conservé beaucoup de choses dans la région. Les seaux de cuir les plus anciens remontent même au début du XVIIIe siècle. L’un est daté 1731. Ils se révèlent donc antérieurs à la compagnie lancée en 1770. Les amateurs pourront par ailleurs découvrir l’évolution formelle de l’extincteur de1885 à 1980. Idem pour la lance. Des défenseurs du patrimoine ont même pensé à sauver les anciens standards téléphoniques, qui se voient ordinairement jetés dès qu’ils sont techniquement dépassés. Idem pour les uniformes. Ils vont du para-militaire du XIXe siècle au style cosmonaute d’aujourd’hui.

Photos anciennes

Le tout se retrouve présenté avec goût, mais dans le genre simple. Un grand tableau synoptique situe l’histoire des pompiers locaux dans le temps. Il y a bien sûr aux murs des photos anciennes, où tout le monde pose afin de créer des groupes équilibrés et harmonieux. Ces images font souvent penser à celles des sociétés de gymnastique des débuts du XXe siècle. Nous sommes très loin ici de ce qui constitue au propre le feu de l’action. Si vous voulez en savoir davantage sur le sujet, mais en terrain genevois, je vous recommande le livre de mon ex-collègue Thierry Mertenat paru en 2016 chez Laboret Fides. Vous saurez tout sur le quotidien des pompiers romands d’aujourd’hui.

Pratique

«Pompiers! Du tocsin au 118», Musée Alexis Forel, 54, Grand-Rue et Fondation Bolle, 73-75, rue Louis-de-Savoir, jusqu’au 13 septembre. Sites www.musseforel.ch et www.fondationbolle.ch Ouvert du mercredi au dimanche de 14h à 18h.

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