Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Plus riche. Plus gros. Genève va connaître pour la troisième fois la biennale "No Photo"

Le festival va durer du 25 septembre au 10 octobre. Il entend prouver que notre ville forme une terre bénie pour la 8e art. Une chose qui peut se discuter.

Une affiche pour "No Photo".

Crédits: DR.

Jamais deux sans trois! La biennale «No Photo» va proposer sa troisième mouture à Genève. Ce sera du 25 septembre au 10 octobre. La manifestation voulue par Sami Kanaan se voudra comme il se doit plus abondante encore qu’en 2019 et 2017. A notre époque, il s’agit de faire toujours mieux, et surtout davantage. C’est ce qu’on appelle la croissance. Notre ami Jean de la La Fontaine avait déjà raconté au XVIIe siècle la fable de la grenouille qui aurait aimé devenir aussi grosse que le boeuf.

Il y aura certes des photographies dès le samedi 25. Des images sages… comme des images. Mais d’autres aussi qui bougent en se succédant sur un écran. Le programme (88 pages!) contient en plus des expositions un certain nombre de projections. Mais ce ne sera pas tout. En des temps marqués, du moins à Genève, par une transversalité à tous crins, les initiateurs ont adjoint quelques spectacles. Comme l’explique dans son avant-propos la Responsable de l’Unité Publics Véronique Lombard, les propositions «se voient enrichies de musiques, de théâtre et d’improvisations en lien avec la photo.» Les spectateurs se verront également pris par la main deux semaines durant. Conférences et visites commentées. «Elles permettront au public de mieux comprendre ou de se rapprocher du médium.» Je vous épargne le reste du texte. J’y ai vu les mots «citoyen-ne-s», «propositions variées» et «faire dialoguer les regards d’hier avec ceux d’aujourd’hui.»

Le jazz et les  Puces

Evidemment, tout cela restera dans la bonne pensée. Nous sommes à Genève. La photo nous «ancre dans le réel», rappelle Sami Kanaan dans son éditorial. Elle se doit donc de «dévoiler, témoigner, honorer et dénoncer.» D’où des glaciers qui fondent, les clients de l’Hospice Général, le féminisme, la prison, les handicapés et, sur un plan plus léger, le Marché aux Puces de Plainpalais. Un travail déjà ancien (1961) de Jacques Thévoz. Il y aura comme cela des vétérans dans un programme multi-générationnel. Je citerai Jean Mohr et Jean-Marc Meunier, le premier étant décédé en 2018 et le second deux ans plus tard. Un hommage se verra aussi rendu à Dany Gignoux, qui a passé sa vie à photographier le jazz. Très malade, Dany reste pour sa part encore parmi nous. Mais ses archives, riches de quelque 80 000 clichés, ont intégré en 2019 la Bibliothèque de Genève. Un établissement qui ne swingue pourtant pas beaucoup.

Tout cela est très beau et très bien, mais «No Photo» n’en comporte pas moins énormément d’accrochages diurnes et de sorties nocturnes. Autant dire qu’il s’agit presque d’un plein temps pour le spectateur, et ce à l’heure où Genève croule sous les propositions du genre. La Ville se place depuis déjà bien des années sous le signe du quantitatif. Il y a des jours où j’ai l’impression de faire face à une véritable diarrhée, à croire que les gens du Département de la Culture se nourrissent de laxatifs. La chose entend bien sûr ici prouver que notre cité est une terre élue et bénie pour le 8e art. La chose se discute. En Suisse romande, l’argentique et le numérique se voient aussi honorés au Locle, grâce au Musée des beaux-arts dirigé par Nathalie Herschdorfer. A Bienne, fief du Centre PasquArt. A Lausanne, dont l’Elysée rouvrira ses portes en 2022. A Vevey enfin, où l’Ecole spécialisée et le Musée suisse de l’appareil photographique ont été depuis longtemps rejoints par le festival «Images». Une biennale autrement plus populaire que «No Photo».

Les ambitions de Lumen

Voilà déjà un riche bagage pour un bassin de population inférieur à deux millions de personnes. La chose n’empêche pas l’Association Lumen, fondée en 2019, de développer par ailleurs à Genève de très hautes ambitions. Elle cherche un lieu permanent pour la photo «avec un programme d’expositions temporaires, un axe académique et un espace de débat et de rencontre.» Tout en un. Partenariat public-privé, sans doute. On retrouve Lumen derrière la rétrospective René Groebli, dont il est question une case plus haut dans le déroulé de cette chronique. L’avenir nous dira si ses idées sont lumineuses.

Pratique

«No Photo», divers lieux dans la ville, du 25 septembre au 10 octobre. Site www.nophoto.ch Je ne couvrirai bien sûr pas tout. Je vais tout de même tenter de vous parler des «Mythologie alpestre» d’Eddy Mottaz et des «Animalités» chez ARCOOP de Carouge.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."