Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Piguet va proposer ses ventes à Genève. Il y a 3000 lots. On visite déjà au Beau-Rivage

Il y a de tout, tant dans les journées à la criée que sur le Net. Cela va des machines à sous anciennes à la peinture moderne, en passant par les sacs Hermès.

C'est un tableau de Henri Baptiste Lebasque, peint vers 1920, qui fait la couverture du catalogue principal.

Crédits: Piguet, Genève 2019.

Après Genève Enchères, Piguet. Les choses se passent cette fois en deux temps, et sans doute trois mouvements. Pendant quelques jours, des «highlights» se voient présentés à l'intérieur des salons du Beau-Rivage. Nous sommes dans le style grand hôtel, avec beaucoup de bijoux et de montres. Parmi ces dernières, j'ai vu une Patek «Nautilus». Elle se voit prisée entre 25 000 et 35 000 francs. «Un prix très compétitif pour les gens pressés», explique Bernard Piguet. «Dans un magasin normal, on vous expliquera que votre commande se verra honorée au bout de six ans par la fabrique.» Le temps de vivre, mais surtout de mourir... avant son heure.

Comme cela devient la coutume, il y aura bien sûr trois journées de ventes à la criée, les 21, 22 et 23 mai, mais aussi beaucoup de «on-line». Je fais la moue. Dix jours à connaître le résultat en regardant épisodiquement son écran. Eh bien non! «Nous continuons à présenter rue Prévost-Martin nos objets pour de vrai, comme au temps des ventes silencieuses. Les allergiques au digital peuvent déposer leur feuille dans une urne, comme avant.» Leurs offres seront incluses dans le système. «Nous irons même jusqu'à les prévenir par courriel quand ils auront été dépassés par un concurrent.» Les clients décideront alors de continuer. Ou non. Un peu comme au casino.

En fonction du potentiel

Les lots proposés «on-line» ne demeurent pas forcément bon marché. «Tout dépend de leur potentiel. Certains objets de décoration pouvant intéresser le monde entier se retrouvent là.» Un parfait exemple se retrouve au Beau-Rivage. Il s'agit d'un appareil à sous des années 1930, qui a plusieurs de petits frères dans la vente. «L'amateur peut aussi bien se révéler Américain qu'Australien ou Suisse,» Explique Bernard Piguet. Reste que les deux premiers n'auront pas eu l'occasion de voir de leurs yeux ces croqueuses de monnaie. Or je peux vous dire qu'il s'agit là d'un gros bébé. Et surtout d'un bébé lourd. Quelques déménageurs ne seront pas de trop si vous en achetez plusieurs et si voulez ensuite souvent les changer de place chez vous. A part ça, il s'agit de choses hautement désirables, et donc très mode. Vintage! Le grand mot peut se voir ici se voir prononcé.

La broche de Susanne Belperron, vers 1928. Photo Piguet, Genève 2019.

Il y a de bonnes choses sur les quelque 3000 lots qui changeront de mains dans quelques jours. Dans le très ancien, j'ai remarqué un peu d'archéologie avec des provenances connues lointaines. J'ai remarqué une coupe grecque à motif politiquement incorrect. Un Grec barbu séduit un jeune garçon en lui offrant un lièvre dans une cage... Un chaud lapin, apparemment. Il se trouve également des céramiques islamiques. De l'art asiatique. Des livres, dont certains avec de belles reliures, risquent de se voir bradés pour une misère. Le dixième des prix d'il y a cinquante ans. Le traité contre le tabac écrit par James Ier d'Angleterre en 1604 devrait cependant obtenir davantage que les 800 à 1200 annoncés. Rarissime, royal et avec un sujet précurseur! «Nous proposerons surtout l'édition originale, effectuée par plusieurs éditeurs successif, du «Comte de Monte-Christo» d'Alexandre Dumas. L'un des feuilletons les plus populaires du XIXe siècle.» Là, il faudra en revanche casser sa tire-lire. La maison Piguet en attend entre 40 000 et 60 000 francs.

Serti mystérieux et broche art Déco

Mais celle-ci suppose aussi quelque part des sacs griffés, allant du bon genre d'Hermès aux fantaisies les plus discutables de Céline ou de Vuitton. Plus des bijoux. Ceux-ci se voient dominés cette fois par deux clips d'oreilles (rubis) en serti mystérieux de Van Cleef et Arpels (entre 100 000 et 150 000). «Pour les amateurs d'Art Déco, nous avons aussi une broche dessinée par Suzanne Belperron. Elle ne signait pas ses créations, les jugeant reconnaissables entre toutes. L'expert a ici exprimé son accord.» Que ferait-on sans les experts aujourd'hui? Ils possèdent un droit de vie et de mort sur les objets, du moins sur le plan financier. A ce propos, la broche, qui reste toute petite, se voit estimée entre 20 000 et 30 000.

Le dessin de Liotard, au pedigree irréprochable. Photo Piguet, Genève 2019.

Et la peinture, ne direz-vous? Il y a là quelques jolis morceaux. Je ne vous parle pas de trois micro-Renoir dont je ne voudrai pas même dans ma poubelle (mais il a des gens qui aiment!). Je pense plutôt au «Premier bain» d'Honoré Daumier (entre 60 000 et 80 000, il s'agit d'une toute petite toile). Au beau «Jockey» de Degas, un monotype proposé entre 15 000 et 25 000 francs. A «La danse» du plus délaissé des Nabis Ker-Xavier Roussel (entre 3000 et 5000, c'est dire). A «L'approche de la nuit» d'André Masson (entre 12 0000 et 18 000). A deux immenses dessins, ou plutôt à deux assemblages d’empreintes, de Jean Dubuffet (entre 40 000 et 80 000). A la feuille, nettement plus petite, de Jean-Etienne Liotard, au pedigree impeccable (entre 15 000 et 25 000).

Chef-d'oeuvre en galvanoplastie

Ce n'est évidemment pas tout. «Nous proposons une athénienne en métal argenté inspirée à Christofle par la découverte du trésor romain de Hildesheim en 1868. Un chef-d’œuvre de galvanoplastie connu en deux exemplaires seulement.» La rareté et le spectaculaire ont leur prix. Il devrait cette fois se monter entre 20 000 et 30 000 francs. Voilà qui nous ramène vers l'Antiquité. Si vous préférez le contemporain, la vente des tableaux se terminera avec une grande toile de Kehinde Wiley à message antiraciste de 2007: «Alegoria a lei do entre Livre». La liberté se paie aussi. Cet énorme portrait se voit estimé entre 50 000 et 80 000. Au marteau. Il vous faut donc compter environ un quart de plus avec les taxes. Arrondissons. Mettez 100 000 au final.

Pratique

Piguet présente sa sélection au Beau-Rivage le 11 et le 12 mai de 12h à 18h. Ensuite, ce sera l'ensemble des lots au 51, rue Prévost-Martin les 17, 18 et 19 mai de 12h à 19h. Tél. 02 320 11 77, site www.piguet.com La consultation n'est pas toujours aisée, surtout pour le "on-line". Ventes à la criée les mardi 21 mardi, mercredi 22 mai et jeudi 23 mai. Attention, il y a en tout trois catalogues La vente en ligne est ouverte depuis le 10 mai. Fin des courses ici le lundi 20 mai à 21h.

Le Bouddha qui réalisé le plus haut prix des ventes de Genève Enchères. Photo Genève Enchères, 2019.

P.S. Chez Genève Enchères, tout s'est bien passé les 30 avril, 1er et 2 mai. Très bien, même. Le 90 pour-cent des lot a été vendu. Des «after-sales» ont fait en partie fondre le reste de la masse. Les vacations ont ainsi rapporté 2,3 millions. Les prix les plus élevés ont été atteints par un Félix Vallotton à 230 000 francs au marteau. Par un Bouddha Ming à 250 000 au même marteau. Par un Eugène Boudin à 100 000. Des stylos et plumes ont réalisé des prix fous. Les prochaines ventes se dérouleront rue de Monthoux les 17, 18 et 19 septembre.

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