Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Piguet va disperser les tableaux collectionnés par le cinéaste genevois Jean-Louis Roy

Ce sera le 17 mars. Passeront sous le marteau des Geneviève Asse, du Max Bill, du Bram van Velde ou du Jean-Pierre Pincemin. Le résumé d'une vie...

Jean-Louis Roy dans les années 1970.

Crédits: DR.

C’est avec beaucoup de peine que j’ai appris le 25 mars 2020 la mort de Jean-Louis Roy. L’ancien réalisateur s’était fait très discret. Presque invisible. Il avait pris sa retraite après une carrière par instants tumultueuse à la TSR. L’homme était malade. De gros problèmes de poids n’arrangeaient rien. La dernière fois que je l’ai vu, comme par hasard dans une galerie d’art genevoise, il n’offrait plus rien de l’homme jeune, fringant et ambitieux que j’avais interviewé à plusieurs reprises au début des années 1970. Roy semblait alors destiné à une carrière excédant de loin la petite Suisse romande. Il n’en a rien été. Les choses ne se sont pas faites. D’où une certaine défaite.

Aujourd’hui, Jean-Louis Roy se retrouve – mais ô combien discrètement! – à l’affiche. Sa collection de tableaux va passer en mars chez Piguet. Ce sera comme une seconde dispersion de ses cendres. Rien n’a cependant été fait, du côté de la rue Prévost-Martin, afin de mettre l’événement en vedette. Qui se souvient en effet de Roy, de son engagement à 16 ans en 1954 pour ce qui deviendra la télévision romande, de ses rares films conçus pour le grand écran (dont «L’inconnu de Shandigor» en 1967) et de ses productions pour le petit? A chaque fois, même en donnant des documentaires, Roy arrivait pourtant à détonner dans le paysage, plutôt classique, de la TSR. D’où certaines difficultés avec la direction, qui désapprouvait sa manière de traiter des sujets dits «sensibles». La transidentité à une heure de grande écoute? Mais vous n’y pensez pas! La séduction? Bien sûr. Mais n’allez tout de même pas trop loin! Surtout que Jean-Louis était vraiment un perfectionniste. Son émission n’était jamais assez parfaite à ses yeux. Pour tout dire, l’homme incarnait de façon parfaite un mal qu’on dit genevois: le syndrome d’Amiel.

Achats dans des galeries romandes

Le 17 mars, Piguet va donc proposer un certain nombre d’œuvres ayant appartenu à Jean-Louis Roy, à qui il arrivait de laisser traîner deux ans un tableau abandonné dans une galerie. Il y a ainsi un Max Bill bien rigide et bien carré, acheté au Zurichois lui-même en 1964 (1). Le cinéaste avait 26 ans. Il venait de remporter la «Rose d’or» de Montreux, qui jouait alors les Cannes de la variété télévisée internationale. Roy devait du reste tourner sur Bill un documentaire en 1977. La TV suisse n’avait pas encore peur de la culture en «prime time»! Le peintre n’avait pas du tout aimé les liberté prises avec lui, même si Roy collectionneur développait en fait un goût plutôt austère. On trouvera donc chez lui, acheté chez Calart (un Espagnol de Genève rentré au pays), Jan Krugier, Alice Pauli, Jacques Benador ou François Ditesheim, des Geneviève Asse, des Jean-Pierre Pincemin, du Marc-Antoine Fehr ou encore du Bram van Velde.

Ce patrimoine se verra émietté en quelques minutes, le 17 mars. Il ne restera de Roy que quelques émissions, sans doute visibles quelque part sur le site de la TSR, plus un ou deux films, rarement projetés. Mon préféré? «Black Out» de 1970. Un couple de vieillards terrorisés par le monde extérieur s’enfermait dans sa cave avec des tonnes de provisions. Les manger diminuait leur espérance de vie… Il leur fallait les économiser. Un thème finalement très actuel…

(1) Il n'y avait alors pas vraiment de galeries d'art contemporain à Genève.

Pour les données techniques, voir l’article sur les ventes de Piguet situé une case plus haut dans le déroulé de cette chronique.

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