Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Piguet va disperser à Genève une fabuleuse collection de pipes. On peut voir.

L'exposition avant vente aux enchères a commencé. Les curieux découvrent une partie des 5000 pipes rassemblées par un collectionneur des bords du Léman.

La pipe américaine avec la tête de taureau. 26 centimètres sur 33! Estimation entre 6000 et 8000 francs.

Crédits: Piguet, Genève 2020.

Il faut y aller, ne serait-ce que pour ça. Dans les ventes annoncées par Piguet pour les 8, 9 et 10 décembre figurent des pipes. Vous pouvez les voir au 51, rue Prévost-Martin aujourd’hui 1er décembre, demain et après-demain sur rendez-vous. Mais les visites deviendront publiques les 4, 5 et 6 de 12 heures à 19 heures. Ne vous écrasez pas trop tout de même face aux vitrines, contenant chacune leur content de spécimens. Notez que tout n’est pas là! Ce serait monstrueux. Le collectionneur «installé sur les bords du Léman» en avait acheté 5000 en une vie d’homme d’affaires. Que des modèles exceptionnels, en plus! Nous sommes ici bien loin de la simple bouffarde.

La collection (laissée anonyme) comprend un certains nombre de sujets orientalisants. Photo Piguet, Genève 2020.

Il existe bien sûr autant de degrés dans l’exceptionnel qu’avec le vice ou la vertu. C’est ce que le visiteur découvre de manière comparative. Prenez la tête de Napoléon, avec bicorne. Il y a du Napoléon moyen supérieur et du Napoléon très haut de gamme. Idem pour les têtes de taureaux. L’une d’elles me fait mourir d’envie. Enorme. Dans une écume de mer très blanche. Pourvue de cornes à vous embrocher un matador comme un petit pois sur une fourchette. On l’imagine très bien offerte en présent à un roi du bétail américain des années 1880, installé dans une maison Renaissance du côté de Chicago. L’œuvre est du reste américaine. Cette «pipe d’apparat» provient pourtant de Vienne…

Une brochette de Napoléon vendus en un seul lot. Photo Piguet, Genève 2020.

Comme je vous le disais déjà il y a quelques jours, l’histoire, la grande, d’Elizabeth Ière à l’empereur François-Joseph coiffé de la couronne médiévale du Saint-Empire, a souvent été déversée sur ces objets finalement peu utilitaires. Il suffit du reste de regarder les culots. Beaucoup des chefs-d’œuvre du genre aujourd’hui proposés chez Piguet n’ont jamais servis. Pas la moindre trace de feu. Aucun jaunissement de la matière. Certains possèdent même encore leur écrin, comme des pièces d’orfèvrerie. Il s’agit bien là de travaux devant soit prouver soit l’irréprochable maîtrise de leurs auteurs, soit l’importance de leur récipiendaire, qu’on devine plutôt germanique ou anglo-saxon. En dépit du commissaire Maigret, créé par ce grand fumeur de pipe qu’était le Belge Georges Simenon, la France comme l’Italie ont toujours préféré le cigare, puis la cigarette.

"Le mariage de la princesse Louise", 1871. Le lot vedette, estimé entre 10 000 et 20 000 francs. Photo Piguet, Genève 2020.

S’il est naturellement plaisant de passer un bon moment rue Prévost-Martin, l’ensemble n’en aurait pas moins mérité de finir avec une vraie, belle, docte exposition pourvue d'un catalogue avant dispersion. On ne reverra sans doute pas d’ensemble aussi complet. Je sais bien que la tabagie se voit aujourd’hui diabolisée, mais tout de même! Il y a l’effort artistique et l’infini temps consacré. On pense devant certains morceaux de virtuosité aux tailleurs d’ivoire chinois. Et puis il aurait suffi de verser une part du billet à la recherche contre ce cancer dont je rappelle tout de même qu’il fait AUSSI vivre de nombreux médecins. Vous le savez bien. Le malheur des uns…

Pratique

Piguet, 51, rue Prévost-Martin, Genève, visites sur réservation les 1er, 2 et 3 décembre. Visites publiques les 4, 5 et 6 décembre de 12h à 19h. Tél. 022 320 11 77, site www.piguet.com

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