Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Piguet lance à Genève ses ventes de juin-juillet. En tête, deux bibliothèques!

La maison d'enchères proposera plus des deux tiers des passé 3000 lots en ligne. Les ventes à la criée occuperont cinq séances les 30 juin, 1er et 2 juillet.

Le pigeon lampe de François-Xavier Lalanne.

Crédits: Succession François-Xavier Lalanne, Piguet, Genève 2020.

Après Genève Enchères, Piguet. L’autre maison genevoise de ventes locale avait réussi par les poils à organiser ses vacations de mars. Uniquement tenues en ligne, comme prévu d’ailleurs, elles se sont déroulées juste assez tôt pour que les amateurs puissent découvrir «pour de vrai» les objets rue Prévost-Martin. On se nettoyait déjà beaucoup les mains, à ce moment. Deux jours plus tard après les visites sur place, c’était le confinement.

Pour sa série de juin, moins de suspense apparemment. Les ventes «on line» ont commencé le 19 juin pour se clore les 29 et 30 juin, plus le 2 juillet. Elles comportent passé 2000 lots, entre les livres, le mobilier, les bijoux ou les arts de la table. Il se trouve même là un zeste de paléontologie, c’est dire! Il existe bien un catalogue papier séparé, mais celui-ci reste apéritif. Il invite à découvrir l’ensemble des 2000 images sur les écrans, petits et grands.

Le banquier et le médecin

Il y aura bien moins de choses proposées à la criée le mardi 30 juin, le mercredi 1er juillet et le jeudi 2. Les commissaires priseurs proposeront alors en cinq séances très exactement 798 objets. Une vente à 14 heures le mardi pour commencer. Ce seront les livres, avec deux bibliothèques. L’une se révèle nominative, puisqu’il s’agit de celle du banquier Philippe Gutzwiller, mort à 84 ans en 2010. Un amateur d’ouvrages anciens et un wagnérien convaincu. D’où la présence, parmi les bouquins, de correspondances de la sainte famille de Bayreuth. Des lettres de Richard, bien sûr, mais aussi de descendants comme le metteur en scène Wieland ou la sulfureuse Winifred, dont la dévotion pour un certain Adolf primait sur le respect dû au compositeur. Les espérances pour ces documents peuvent sembler basses, comme souvent à Genève. Moins de mille francs pour une missive signée Richard Wagner. Mais les prix peuvent s’envoler, vu leur dimension mythique.

L'une des toiles d'Alice Bailly, datée de 1913. Photo Piguet, Genève 2020.

L’autre ensemble reste anonyme. L’ancien propriétaire, un Grec installé en Suisse, n’est cité que par ses initiales CK dans le catalogue, même si celui-ci comporte sa photo. L’homme appartenait à la race, en voie d’extinction, des médecins bibliophiles. Ses choix portait sur la littérature moderne, en éditions originales de tête bien sûr. Celles-ci se voyaient pourvues de superbes reliures, dues aux grands noms du genre. Il y a aussi bien Simone de Beauvoir que Marcel Aimé, André Breton, Albert Camus ou Jean Genet. Pour cette superbe suite, les estimations peuvent également sembler très douces. Si vous sentez une vocation pour ce type de collection, à la fois discrète et cultivée, c’est le moment de vous lancer (pour ne pas dire que vous lâcher) après avoir dûment feuilleté le petit livret séparé.

Le pigeon de Lalanne

Et à part ça? Le gros catalogue regroupe le reste. Un peu d’arts premiers, du mobilier sans réelles vedettes, beaucoup d’argenterie, de la maroquinerie et suffisamment de bijoux pour garnir plusieurs arbres de Noël. Comme chez Genève Enchères, il n’y a ici aucun lot à faire se tordre Christie’s et Sothebys’s de jalousie. J’ai cependant noté deux beaux centres de table rococo avec des perroquets en Meissen (entre 5000 et 8000), une paire d’aiguières Empire en bronze données à Claude Galle (entre 4000 et 6000) ou une tapisserie tissée à Aubusson en 1941 d’après Marcel Gromaire, un artiste figuratif revenant aujourd’hui en grâce (entre 5000 et 8000). Côté tableaux, la vedette va à deux toiles de la Genevoise Alice Bailly (1872-1938). Elles datent de la bonne époque. Toutes deux se voient prisées entre 20 000 et 30 000. La même somme que pour l’un des 900 exemplaires du pigeon lampe de François-Xavier Lalanne. Mais Dieu sait si les Lalanne ont en ce moment la cote!

Autrement, chacun trouvera (ou non) son bonheur parmi les autres pièces proposées. J’ai pour ma part noté une vaste décoration peinte en hauteur par Albert André en 1902, «Le Verger» (entre 10 000 et 15 000). Il y a aussi une Vierge du grand peintre tessinois du XVIIIe siècle, Giuseppe Antonio Petrini. Elle devrait faire entre 8000 et 12 000 seulement, mais le tableau se présente sous forme de devinette. A quoi ressemblera-t-il après l’indispensable nettoyage? Allez savoir!

Pratique

Piguet, Hôtel des Ventes, 44 et 51, rue Prévost-Martin, Genève, tél. 022 320 11 77, site www.piguet.com Exposition publique du 26 au 28 juin de 12h à 19h, sur rendez-vous d’ici là. Ventes le 30 juin à 14h, les 1er et 2 juillet à 14h et à19h.

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