Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Piguet et Genève Enchères proposeront leurs ventes entre le 21 et le 23 septembre prochains

La collection de Catherine Gide se remarque chez Piguet. Il y a des objets de charme à Genève Enchères. Koller est aussi venu faire un tour chez nous.

Le bassin chinois chez Piguet.

Crédits: Photo Piguet, Genève 2021.

Septembre. C’est le temps des enchères en Suisse, leur saison ne durant pas (presque) toute l’année comme dans les métropoles. Koller possède encore un bureau à Genève, au sous-sol de l’Athénée. La maison alémanique y a présenté deux jours durant des meubles, objets et tableaux qui se verront en fait vendus à Zurich. Une petite sélection sur 3000 ou 4000 lots. Ces pièces un peu vedettes se sont vues sélectionnées pour notre ville à condition de ne se révéler ni trop grosses, ni trop lourdes ni surtout trop fragiles. Il en fallait en plus pour tous les goûts.

Qu’ai-je retenu de cette présentation intime? D’abord la star du jour. «Estimate on request». Il s’agissait d’une vue de Bernardo Bellotto, le neveu de Canaletto. Elle ne représentait pour une fois ni Venise, ni Vienne, ni Dresde, ni Varsovie. L’Italien avait cette fois fixé Munich, dont on reconnaissait la cathédrale au milieu d’un paysage urbain bouleversé depuis. L’Alte Pinakothek de la cité bavaroise aurait intérêt à se mettre sur les rangs. Autrement, il y avait un ravissant Brueghel de Velours. Ou une «Loutre» immortalisée par le Flamand Jan van Kessel au XVIIe siècle, alors qu’elle se roulait par terre de plaisir. Quelques bons meubles. Des ivoires spectaculaires taillés vers 1880 dans le goût de la Renaissance. Une étonnante croix-reliquaire en bois, sculptée avec une extraordinaire finesse vers 1780. Prix d’amis. L’estimation tournait autour de 2500 francs. La foi n’est plus ce qu’elle était.

Montres et bijoux

Enormément de lots aussi, rue Prévost-Martin chez Piguet, qui annonce trois ventes à la criée et le reste «online» (on peut déjà miser) pour les 21, 22 et 23 septembre. Là, la vedette se voit tenue par la succession de Catherine Gide (1923-2013), fille de l’écrivain André Gide et petite-fille du peintre Théo van Rysselberghe. Cent vingt-sept lots inédits sur le marché, d’importances très diverses. Autrement, des Tanakori Oguiss (1901-1986), un Japonais lié à Genève qui marchait sur les brisées d’Utrillo. Si le Sisley m’a paru modeste, le Bocion de 1880, «Le lac à Rivaz», se révèle somptueux. L’œil se voit enfin attiré par un énorme bassin à poisson chinois en émaux cloisonnés. Cet objet «qui en jette» orne du reste la couverture du catalogue. Il devrait, si le monde tourne encore rond, dépasser la modeste estimation de 15 000-25 000 francs.

La commode-secrétaire de Funk chez Genève Enchères. Photo Genève Enchères, 2021.

Tout ne se voit bien sûr pas reproduit dans ce «vade-mecum». Il y a donc intérêt à prospecter en «présentiel» des deux côtés de la rue Prévost-Martin. Les différents objets sont répartis par genre, avec les surprises que cela suppose. Il y a bien sûr beaucoup de montres et de bijoux, avec notamment l’une des célèbres pendulettes émaillées de Patek Philippe en forme de suppositoire. Concentré de richesse, une bague d’Harry Winston avec un gros diamant en forme de poire devait se vendre entre 100 000 et 150 000 francs. Les amateurs modestes ont intérêt à se concentrer sur la collection de trains électriques…

L'importance de voir pour de vrai

De l’autre côté du Rhône, les ventes de Genève Enchères, également prévues les 22 et 23 septembre, ne paient pas de mine si l’on se contente de faire défiler les images sur le site. La photographie aplatit tout. Elle prive des dimensions. Les choses s’arrangent en regardant le catalogue papier. Mais le charme n’opère vraiment qu’en parcourant l’exposition, visitable de vendredi à dimanche. C’est un aimable désordre, où le visiteur voit pêle-mêle ce qui finira dans les quatre vacations à la criée ou «online». Quelques objets de charme se détachent au milieu de meubles parfois insolites, comme un énorme canapé brun, profond de deux mètres, conçus pour se vautrer devant la télévision (ou alors pour d’inavouables utilisations). J’ai remarqué une belle commode secrétaire en Louis XV bernois des Funk, ébénistes encore recherchés par nos grands-parents. Beaucoup de photos en noir et blanc du Vaudois Marcel Imsand. Un tableau encore académique avec nymphes signé en 1880 par une Helena Schjerbeck âgée ce18 ans.Qui aurait dit que cette adolescente révolutionnerait plus tard la peinture finlandaise?

Autrement, il y cache bien sûr de tout. Il s’agit là de ce qu’on appelle une «vente courante». Pas de collection phare. Aucun chef-d’œuvre. Nul record en perspective. Mais des coups de cœur possibles. Comme l’a dit bien avant moi Blaise Pascal, «le cœur à ses raison que la raison ignore».

Pratique

Site à consulter www.kollerauktionen.ch, www.piguet.com et www.geneve-encheres.ch

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