Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Piguet et Genève Enchères ont tiré leur épingle du jeu pour leurs ventes de septembre

Les deux maisons proposaient une marchandise plutôt moyenne. Le taux de lots vendus a été impressionnant. Il faut dire que les estimations restaient basses.

La soucoupe de Sylvie Fleury.

Crédits: Sylvie Fleury, Piguet, Genève 2020.

Finalement, tout s’est plutôt bien passé. Oh, il n’y a pas eu de prix stratosphériques, même si un vaisseau spatial violet de Sylvie Fleury servait de couverture à la vente genevoise de Piguet! Mais la maison a bien écoulé son stock, aussi bien dans ses ventes en ligne que lors de celles à la criée. Même chose sur l’autre rive du Rhône avec Genève Enchères (GE). Il faut dire que nous restions majoritairement dans ce qu’on appelle aujourd’hui "le bas du marché". Celui à moins de 10 000 dollars. Une désignation presque insultante pour les petits collectionneurs formant ces derniers jours le gros de la clientèle en salle ou derrière les écrans.

Le plus rassurant tient moins cette fois aux «records», mot étrangement dévalué, que dans le taux de lots vendus. Ils se sont révélés souvent impressionnants, même s’il faut dire que les deux entreprises genevoises pratiquent ce que j’appellerais pudiquement des «prix d’estimation attractifs». Pour la vacation consacrée aux restes des restes de la collection de la baronne Marion Lambert chez Genève Enchères, par exemple, le résultat peut ainsi apparaître de quatre fois supérieur aux espérances formulées. Seules quelques pièces de cet ensemble sont restées sur le carreau. La provenance semble aussi là pour quelque chose. Certains acheteurs ont dû avoir l’impression d’accéder au «beau monde» en s’offrant une photo mineure ou un objet «design» ayant appartenu à la dame.

Tir groupé

Je n’ai bien sûr pas assisté à tout. Dans une sorte de tir groupé, les deux maisons ennemies (comme peuvent l’être à un plan infiniment supérieur Christie’s et Sotheby’s) ont choisi les mêmes jours et les mêmes heures pour procéder à leurs dispersions. La plus attendue était celle de «l’art suisse, maîtres anciens, art moderne et contemporain» de Piguet, le mercredi 23 septembre. Les choses ont ici pris leur temps. Deux heures vingt-cinq pour 99 lots. Le rythme est certes plus lent ici qu’à GE, mais il faut dire que l’exercice devient toujours plus chronophage. A la belle époque sans téléphones ni Internet, certains commissaires-priseurs de Drouot faisait du 100 lots à l’heure. Mercredi, rue Prévost-Martin, on en arrivait péniblement à du 40. Certains clients téléphoniques se montrent très hésitants. Quant au système virtuel que Piguet emploie (celui de GE me semble bien plus simple), il demeure complexe. J’ai essayé pour voir. Que de manipulations…

Avec tout cela, on est tout de même parvenu à des prix plus qu’honorables mercredi. 20 000 pour un paysage alpestre, genre hall de gare à l’ancienne, de Charles-Henry Contencin (1898-1955), plus les 25 pour-cent de frais, c’est cher payé. Le dessin brut d’Aloise Corbaz a fait 13 000 et non 5000 à 7000. Le «Chien au ballon» un peu flou de Berthe Morisot a tout de même obtenu 43 000 francs (plus à nouveau les échutes). Le bronze «Jeunesse triomphante» de Rodin a culminé à 150 000, soit l’estimation haute. Quant à la fameuse soucoupe, restée dans un dépôt chez le transporteur Harsch, elle s’est arrêtée en plein vol à 85 000, alors que le vendeur en espérant entre 100 000 et 150 000 (1). Mais cette «bête» de 450 kilos mesure tout de même trois mètres cinquante de diamètre… Bernard Piguet ne s'en dit pas moins ravi.

Un appartement des années 1960

Chez GE, énormément de choses sont parties, ce qui arrange l’entreprise. Dès la semaine prochaine, il lui faudra commencer à stocker les œuvres prévues pour décembre. Cette remarque vaut surtout pour les meubles. Les plus anciens d’entre eux se sont comme souvent aujourd’hui mal vendus. Une énorme armoire hollandaise, qui me faisait platoniquement rêver, s’est ainsi contentée de quelques centaines de francs. En revanche, le «design», griffé ou non, a trouvé preneur. Il y avait ainsi jeudi 24 le contenu d’un appartement genevois resté dans son jus depuis le début des années 1960. Un vrai décor. Les enchérisseurs se sont arrachés (à prix doux, tout de même, 1700 francs hors taxes pour une banquette en velours rouge et gris) ces vestiges d’un autre temps, créés par des anonymes. «Et quand je pense que nous avions hésité à accepter d’ouvrir un dossier pour ces clients», s’est exclamé au pupitre Olivier Fichot, qui a fonctionné en continu durant cinq représentations, alors que pour les trois de Piguet plusieurs personnes se sont succédé pour trois criées. Que voulez-vous, les goûts changent. La clientèle GE, moins traditionnelle, veut du semi-vieux. Elle apparaît bien sûr aussi conformiste que les générations précédentes. La seule différence, c’est qu’elle ne le sait pas encore!

(1) Il apparaît souvent des noms inconnu, originaires de pays périphériques, qui font un malheur chez Piguet. Il y avait ainsi cette fois chez lui cinq pièces du Turc de Paris Sikret Saygi Muallâ (1903-1967), dont l'une à fait 40 000 francs avec les frais. Ces créations ont été jadis exposées à Genève. Elle proviennent ainsi de Robert Rey ,qui dirigeait avec Maguy Bondanini le pseudo Musée de l'Athénée (qui était en fait une galerie localisée au premier étage du bâtiment, là où se trouve de nos jours Anton Meier).

Réponse de la maison Piguet

Monsieur Dumont,

Je me permets de vous écrire ce jour car nous avons été étonnés de lire dans votre article la phrase suivante : "Il faut dire que nous restions majoritairement dans ce qu’on appelle aujourd’hui "le bas du marché". Celui à moins de 10 000 dollars.". En effet, si l'on regarde les prix adjugés (hors échute) nous avons clôturé notre session d'automne avec 44 lots adjugés à CHF 10'000 et plus, sur les 407 proposés à la criée, soit plus de 10%, dont 2 lots en vente Online Only également adjugés à plus de CHF 10'000.

Il est ainsi dommage de ne pas rendre la bonne appréciation de notre vente à vos lecteurs et de déprécier le travail de notre équipe qui se réjouit actuellement du résultat de nos ventes. Cette information est, à notre sens, erronée, pourriez-vous envisager un erratum à votre article ?

Je vous remercie par avance de votre diligence et me permets de vous rappeler que notre service de presse est à votre disposition avant et après les ventes pour vous fournir toute information qui vous semblerait pertinente en vue de vos articles.

Réponse à la réponse.

Quarante-quatre lots sur 407, ce n'est de loin pas une majorité!




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