Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Piguet et Genève Enchères ont réussi leurs ventes de décembre. Avec public en salle!

Si les trois quarts de lots étaient proposés en ligne, restaient les soirées en "présentiel". Ce fut lent à cause des ordinateurs, Mais Genève Enchères a presque tout vendu.

Les surtout en porcelaine de Paris, vendus chez Genève Enchères.

Crédits: Genève Enchères, Genève 2020.

C’est fini. Et globalement tout c’est bien passé. En voyant Piguet et Genève Enchères (GE) proposer simultanément leurs vacations d’automne les 8, 9 et 10 décembre, les amateurs se disaient déjà que les deux maisons locales avaient, comme on dit dans les salons, le cul bordé de nouilles. Le vendredi 11, l’inénarrable Conseil Fédéral devait prendre ses décisions en matière de confinement. Autant dire que tout aurait pu se retrouver bouclé plus tard. Du moins en salle. Piguet et Genève Enchères avaient en effet obtenu un peu de «présentiel», comme on dit en «novlangue». Oh, pas beaucoup de monde! Mais tout de même un fond d’habitués. Je veux bien, comme dit le communiqué de presse final de GE, que «la digitalisation ouvre une nouvelle page». Mais elle reflète aussi un monde où, dès avant la pandémie, les gens se voyaient priés de rester le plus possible chez eux et de parler au moins de monde possible. Chargez l’application!

Je n’ai bien sûr pas tout vu et entendu. Je reste encore incapable de me dédoubler. Ces derniers jours, je me suis contenté de passer d’une rive à l’autre du Rhône, chez ces sœurs ennemies que demeurent Piguet et GE. J’avais à chaque fois l’impression de commettre un adultère. Un sentiment délicieux. J’ai donc pu constater que les affaires suivaient leurs cours. Essentiellement au téléphone et par ordinateur, ce qui a pour effet de ralentir considérablement les vacations. Le XXIe siècle sera selon moi celui de la lenteur. Presque tout partait. Oh, pas toujours à des prix mirobolants. Mais ce flux se révèle aussi important que les records. Une vente dont tous les lots mineurs se retrouvent «ravalés» produit non seulement une mauvaise impression sur place. Il s’agit d’une catastrophe pour les vendeurs. Ils veulent gagner de l’argent certes, mais aussi li-qui-der. Or GE annonce cette fois un 89 pour-cent de ventes réalisées. La totalité même pour la partie dévolue à l’art ancien, un secteur pourtant considéré comme aussi en péril que le tigre des neiges ou le panda géant réunis.

Saphirs princiers

Des prix maintenant. Il y a eu davantage d’enchères élevées chez Piguet que chez GE, maison bien plus jeune. Côté bijoux, j’ai noté chez le premier les 300 000 francs pour les pendants d’oreilles historiques en saphir des princesses Lubomirska. Un tableau de Josef Sima, naguère vendu à Genève par la galerie Engelberts, a fait 224 000 francs, soit sept fois l’estimation. La boîte impériale au chiffre de Nicolas II de Russie a plafonné à 212 000. Le 98 pour-cent des pipes (dont je vous ai parlé) a trouvé preneur, rapportant le quintuple de la somme espérée. C’est un «jeune amateur européen», représenté par son conseiller en salle, qui a ravi les plus belles. Une Patek, avec le ciel de Moscou, a grimpé jusqu’à 200 000. Un Biéler assez peu riant, «Le vieux Laurent», s’est hissé à 143 000. Le tigre fossile, aux dents en forme de sabre, a en revanche vu sa course arrêtée à 74 500. Bref. Piguet a terminé son mois de décembre avec 7 millions en caisse.

Le Josef Sima de chez Piguet. Un beau taleau, mais peu photogénique. Photo Piguet, Genève 2020.

Chez Genève Enchères, c’est une paire de surtout en porcelaine de Paris dorée, datant des débuts du XIXe siècle, qui a créé la plus grosse surprise. Ces gros objets se voyaient modestement prisés entre 1000 et 1500 francs. Les amateurs se sont battus jusqu’à 53 600, échutes comprises tout de même. L’un des deux aigles en or, parsemés de petits diamants d’Asprey est parti à 39 900, ce qui se révélait plus conforme aux prévisions. Le reste n’a pas toujours fait des éclairs, mais ce fut tout de même une vente du tonnerre. Il est ici entré 1,7 million sans chef-d’œuvre.

La suite en avril

La suite se déroulera au mois d’avril. Avec si possible des gens dans la salle, où il fera un peu moins froid qu’il y a quelques jours. J’éternue encore. Autrement, les choses se passeront exclusivement ce sera derrière les écrans. où les ventes «en ligne seulement» concernent déjà les trois quarts des lots. J’ai essayé le virtuel. Miser chez GE me semble très facile. Chez Piguet, les choses restent plus compliquées. Pourquoi faut-il par exemple taper sur une icône en forme de petit marteau pour savoir où en sont les enchères? Ce n’est tout de même pas un secret d’État!

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