Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Piguet va disperser à Genève une fabuleuse collection de pipes anciennes

La maison proposera par ailleurs le contenu du château de Bellerive de Saddrudin Aga Khan et des tableaux dus à Biéler, Buffet, Dubuffet, Poliakoff, Corot ou Mark Tobey.

Le Dubuffet de 1981.

Crédits: Succession Jean Dubuffet. Photo fournie par Piguet.

Piguet maintenant (voir pour Genève Enchères l’article se trouvant une case au-dessus dans le déroulé de cette chronique)! La maison de la rue Prévost-Martin proposera les 8, 9 et 10 décembre des vacations panachées, avec un soupçon d’art russe pour respecter les traditions. Là aussi, il y aura des ventes à la criée, avec ou sans spectateurs, et d’autres uniquement en ligne. Le contenu exact de ces dernières n’est pas encore connu à l’heure où je vous cause. Je n’ai pas visité les salles, accessibles dès le 1er décembre. Ce que je vous dit est donc tiré du site et du catalogue, dont j’ai feuilleté la version virtuelle.

La pièce syracusaine, dans un bel état. Photo Piguet.

Deux collections se détachent sur cette rive du Rhône. La première pour son contenu. La seconde en raison de la personnalité des vendeurs. Prince et princesse Saddrudin Aga Khan, voilà qui sonne bien! Il ne faut pourtant pas s’attendre ici aux Mille et une nuits en version ismaélienne. La dispersion ordonnée par la veuve se limite au contenu, plutôt décoratif, du château de Bellerive (1). Une résidence ancienne les pieds dans le Léman, ce qui en fait presque tout le prix. Le fabuleux ensemble de miniatures islamiques, présenté au début du millénaire (l’exposition avait en fait commencé dans les derniers jours de 1999) par le Musée d’art et d’histoire ne fera en effet pas partie de la vacation. Il a fini au Musée Aga Khan de Toronto après la mort de Saddrudin en 2003. Les œufs en porcelaine impériale russe rassemblés au fil des ans par la princesse restent tout de même plus anecdotiques.

Ivoire, ambre et écume de mer

Anonyme, l’autre collection recèle en revanche des merveilles dans un genre très particulier. L’amateur (sans doute un homme) ayant réuni les quelque 5000 pipes dont beaucoup vont passer sous le marteau à Genève, a atteint les sommets du genre. Il s’agit d’objets de parade plus qu’autre chose. De véritables sculptures taillées dans l’ivoire de Dieppe, l’ambre de la Baltique ou l’écume de mer. Il faut de bons yeux pour cerner tous les détails contenus dans la scène surpeuplée montrant «Le mariage de la princesse Louise en 1871»! D’autres culots se veulent hautement figuratifs, histoire d’afficher les opinions politiques de leurs propriétaires. Il y a ainsi un Napoléon Ier et un Napoléon III. Une Victoria et une Elizabeth Ière. Plus démocratique, j’ai aussi noté une étonnante tête de taureau (avec cornes) taillée dans les Etats-Unis de la seconde moitié du XIXe siècle. Tout cela a (ou aura) un prix même si les objets du tabac se voient aujourd’hui diabolisés. La pipe avec les noces, chef-d’œuvre de virtuosité, se voit ainsi prisée entre 10 000 et 20 000 francs ce qui représente cependant selon moi un assez faible salaire horaire.

La nageoire du Masasaure. Photo Piguet.

Et autrement? Eh bien un peu de tout. En paléontologie, il y a des bouts de dinosaures, dont la nageoire assez impressionnante d’un masasaure (comptez entre 5000 et 7000) et surtout un squelette très complet de «tigre à dents de sabre» (60 000-80 000). Côté archéologie, un bel exemplaire de tétradrachme de Syracuse en argent (de 10 000 à 15 000). Les arts décoratifs sont dominés par un vase Art Nouveau en dinanderie du Genevois Jean Dunand, qui signait encore John (8000-10 000). Le Biéler rituel, carré comme ils se doit, à la tempéra comme d’habitude, représente cette fois «Le vieux Laurent» (100 000-150 000). A côté un paysage très tardif de Corot fait presque bon marché (40 000-60 000). Au rayon moderne se retrouvent Buffet et Dubuffet. Le second avec une œuvre de 1981 (100 000-150 000). Le premier avec notamment cinq coléoptères, pour lesquels les acquéreurs devront encore obtenir le certificat d’authenticité de la galerie Maurice Garnier. Il y a quatre bons Mark Tobey au programme. Serge Poliakoff fait enfin la couverture avec une toile très classique estimée entre 80 000 et 120 000 francs. Les amis cultivés de l’acheteur verront tout de suite ainsi que c’est un Poliakoff.

(1) Bellerive contenait un fabuleux cabinet marqueté de Boulle, l'ébéniste de Louis XIV. Il n'a pas été proposé à Genève, mais chez Christie's Paris dans une vente d'art ancien de prestige. La maison l'a vendu le mardi 24 novembre pour 716 000 euros toutes taxes comprises.

Pratique

Piguet, 51, rue Prévost-Martin, Genève. Ventes à la criée les 8, 9 et 10 décembre. Tél. 022 320 11 77, site www.piguet.com Visites préalables sur rendez-vous les 1er, 2 et 3 décembre de 12h à 18h. Visites publiques les 4, 5 et 6 décembre de 12h à 19h. Il y a sur les ventes genevoises de décembre deux autres articles situés immédiatement plus haut dans le déroulé de cette chronique.

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