Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Picasso-Rodin". Deux musées parisiens unissent leurs forces pour organiser le duel

Les musées Picasso et Rodin ont puisé dans leurs fonds propres. Il y a bien sûr là des chefs-d'oeuvre mais quel rapport existe-t-il entre les deux géants?

Quoi de commun, au fait? La pensée?

Crédits: Succession Picasso, Musée Rodin, Musée Picasso, Paris 2021.

«Picasso-Rodin». Tiens! Personne n’y avait encore pensé? La place restait-elle du coup libre? C’est la question qu’il semble permis de se poser en visitant à Paris la double (oui double!) exposition opposant ou réconciliant les deux titans. Les deux institutions dédiées au peintre et au sculpteur se sont en effet unies afin de mélanger leurs collections. Il faut dire que toutes deux disposent d’un stock infini. On n’ose même plus imaginer ce que doivent receler dans leurs réserves les deux musées nationaux. Elles gonflent encore aujourd’hui, à force d’achats et de dations!

Reste encore à savoir, mais je me demande si quelqu’un s’est sérieusement interrogé à ce propos, si Auguste Rodin et Pablo Picasso ont vraiment des choses à se dire. Le premier avait déjà 41 ans quand le second est né en Espagne en 1881. «Rien ne prouve qu’ils se soient jamais rencontrés», dit le texte introductif du Musée Picasso. Autant dire que la réponse semble a priori négative. Ce n’est pourtant pas faute d’occasions possibles. Quand Rodin disparaît en 1917, Picasso a 36 ans. Il s’agit d’un créateur contesté, certes, mais déjà célèbre. Le grand aîné devait au moins en avoir entendu parler. Mais il n’a put-être pas voulu en savoir davantage. On voit aujourd’hui, pour des raisons en partie commerciales, l’homme en «père de la modernité». Il est également permis de dater en sa compagnie la conclusion d’un art très ancien arrivé à son terme classique.

Similitudes recherchées

L’accrochage vise comme de bien entendu à trouver des ressemblances. Des similitudes. Des connivences. La chose marche encore assez bien dans les premières salles. Elles montrent un Picasso faisant ses gammes entre 1900 et 1905. Le débutant aurait alors connu une période «rodinienne», selon l’historien de l’art Werner Spiess appelé à la rescousse par les commissaires Catherine Chevillot (qui vient de quitter la direction du Musée Rodin), Véronique Mattiussi et Virginie Perdrisot-Cassan. Admettons. Mais pour la suite, le trio aux commandes a dû tirer sur toutes les branches afin de faire un bouquet présentable. Tout part à hue et à dia, même s’il y a bien sûr aux murs et dans les salles (décorées par Nathalie Crinière) des choses magnifiques. Le visiteur le sent dès l’entrée, au Musée Picasso. Quoi de commun au juste entre la grande feuille de 1906, où Picasso stylise au crayon quelques autoportraits, et le grand plâtre du «Balzac» de Rodin?

Le Musée Picasso en a profité pour concevoir un nouvel accrochage, alors que Laurent Le Bon abandonne la direction pour passer à celle du musée installé au Centre Pompidou. Il regroupe des œuvres du maître, bien sûr, mais aussi une partie de celles de sa collection personnelle. Autant le dire tout de suite. Il y a eu bien des mises en scène depuis quarante ans de la dation Picasso. Celle-ci me semble une des plus faibles. C’est comme s’il y avait une fatigue. Le ou la successeur(e) de Laurent Le Bon ferait bien de se concentrer sur les espaces de l’ex-Hôtel Salé, plutôt que de livrer partout des expositions Picasso clef en main comme s’il s’agissait de pizzas ubérisées. Il serait temps de revenir à ce que l’on appelle en finance «les basiques».

Pratique

«Picasso-Rodin», Musée Picasso, 5, rue de Thorigny, Paris, jusqu’au 2 janvier 2022. Tél. 00331 85 56 00 36, site www.museepicassoparis.fr Ouvert du mardi au vendredi de 10h30 à 18h, les samedis et dimanches dès 9h30. Musée Rodin, 77, rue de Varenne, Paris, jusqu’au 2 janvier 2022. Tél. 00331 85 56 00 36, site www.musee-rodin.fr Ouvert du mardi au samedi de 10h à 18h30.

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