Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Picasso-Méditerranée" résume sous forme de livre les expositions de 2017-2019

Le projet "Picasso Méditerranée" faisait sortir plus de septante accrochages du musée parisien. Un gros volume tente aujourd'hui d'en apporter une synthèse.

La couverture du livre, un peu moins rose en réalité.

Crédits: Succession Picasso, Musée Picasso, In Fine.

In memoriam! Entre le printemps 2017 et l’automne 2019, plus de septante institutions du Sud ont accueilli une exposition Picasso. Il s’agissait là d’une manière généreuse de fêter les 40 ans du musée parisien portant le nom du peintre (celui de Barcelone lui étant antérieur). Alors à la tête du Musée Picasso, Laurent Le Bon avait pris un énorme risque. Toute bonne idée a son mauvais côté, et vice-versa. L’artiste pouvait donc se retrouver dilué. Dévalorisé. C’est ce qui semble du reste arrivé. Il fallait jadis viser le bon créneau-horaire, et s’attendre à piétiner avant d'entrer rue de Thorigny. Maintenant, le visiteur pénètre dans les lieux comme le papa dans la maman (1). Il y a trop eu d’accrochages extérieurs depuis dix ans. Je plains le successeur de Laurent Le Bon, à l’origine du projet de «Picasso-Méditerranée» en 2017. Laurent dirigera désormais, comme je vous l’ai dit, le musée du Centre Pompidou. Il est lui tiré d’affaire.

La "Vue de Cannes" de 1958. Un des rares paysages purs d l'artiste. Photo Succession Picasso, Musée Picasso, Paris 2021.

Le thème des réjouissances tournait donc en 2017-2019 autour de la "mare nostrum" des Romains, Picasso ayant été déclaré «obstinément méditerranéen» par le critique Jean Leymarie. Ce dernier faisait bon marché de Paris et de la Normandie, mais peu importe. Il faut toujours simplifier. Cela dit, peu de créateurs auront moins voyagé que Picasso, alors que certains peintres du XVe siècle baroudaient à pied et à cheval des Pays baltes au Portugal. Le maître n’est plus retourné dans son Espagne natale pour des raisons politiques après 1934. L’Italie n’a suscité chez lui que de rares déplacements. La Grèce ne l’a jamais attiré pour de vrai. Ni le Levant. Ni l’Egypte. Ni les pays arabes. Sa vaste culture en ce domaine est restée livresque ou muséale. Cela dit, Picasso a vécu en Provence dès 1946.

Cartes blanches

Issu des expositions, le livre actuel ne tente pas moins de se focaliser sur le côté méditerranéen de Picasso. Chaque région a ainsi fait l’objet d’une «carte blanche» laissée à un auteur qui a sous-traité le sujet. Il est ainsi admis que cette mer interne, davantage vue comme un lien de rapprochement intellectuel que comme une source de conflits politiques et religieux, forme «un continent liquide» comme le voulait l'historien Fernand Braudel. L’Italie devient du coup pour Picasso un «Grand Tour». Sa Grèce est celle des «Mythologies». Le Maghreb et le Proche-Orient constituent pour lui «Un Orient rêvé» et la France du Midi un «Atelier». Chaque contributeur y va ensuite de son petit texte, souvent pointu. Il en est d’agréables à lire. D’autres empilent les citations savantes selon la détestable habitude universitaire. La lecture des écrits à la suite fait par ailleurs découvrir de nombreuses répétitions d’informations. C’est à croire que personne n’a dirigé ou relu sa «carte blanche». Voilà qui mériterait presque un carton rouge.

Enorme, mais léger quant au poids, le volume n’en offre pas moins des considérations (parfois) lumineuses. Reste juste à se demander s’il s’imposait vraiment. Il existe combien de livres déjà sur Pablo Picasso, au juste?

(1) Très vulgaire, l’expression s’entendait beaucoup naguère en Pays de Vaud.

Pratique

«Picasso Méditerranée», ouvrage collectif, édité par le Musée Picasso et In Fine, 450 pages.

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