Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Photographe de la désindustrialisation britannique, Chris Killip est mort à 74 ans

Né sur l'île de Man, l'homme s'était fait connaître dans les années 1970 par ses images d'un pays paupérisé et désabusé. Il a fini sa carrière en enseignant à Harvard.

L'image sans doute la plus connue de l'artiste.

Crédits: Succession Chris Killip.

La nouvelle n’a pas fait les gros titres. Sans un article paru sur le site de «Connaissance des arts», je n’en aurais même rien su. Il a du reste fallu du temps pour que l’annonce du décès atteigne enfin la presse française! Chris Killip a succombé des suites d'un cancer du poumon le 13 octobre aux Etats-Unis, où il était resté après sa retraite d’enseignant universitaire à Harvard entre 1996 et 2017. Une forme glorieuse de fin artistique. L’œuvre du photographe britannique reste en effet liée aux années 1970 à 1990.

Chris Killip. Photo Tish et Ella Murtha, National portrait Gallery, Londres 2020.

Killip a vu le jour en 1946 sur l’île de Man, qui n’était pas encore devenue un paradis fiscal. Famille d’hôteliers. L’adolescent quitte l’école à 16 ans afin d’entrer dans la branche. C’est compter sans une vocation qui en fait un photographe de plage dès 1964. Dans les années suivantes, le débutant assiste plusieurs confrères célèbres. Son intérêt le porte vers la «straight photography». Autrement dit le reportage sans manipulations, en noir et blanc bien sûr. Il existe en Angleterre une tradition de l’image un peu dure montrant le pays tel qu’il est, bien loin des campagnes verdoyantes ou des rues chic de Londres. Il suffit de citer Bill Brandt, né il est vrai en Allemagne, le premier Don McCullin, celui d’avant la "couverture" des guerres internationales, ou les débuts de Martin Parr, alors passionné par les communautés religieuses protestantes en déclin. J’ajouterai encore Chris Steele-Perkins et ses «teddy boys». Même Tony Amstrong Jones, le photographe mondain devenu Lord Linley après son mariage avec la sœur d’Elizabeth II, a occasionnellement donné des reflets réalistes du pays «d’en bas», comme on dit en France.

Des images devenues des icônes

La grande chance de Chris Killip est venue avec une commande de l’Art Council en 1972. Il s’agissait de rendre compte de deux villes en déclin, Huddersfield et Bury Saint Edmunds. La première était une cité marchande. L’autre un lieu historique. Ce fut le début d’une série. Notre homme deviendra par ce biais le chantre d’un pays laminé par une désindustrialisation qui va s’accentuer sous les années Margaret Thatcher. C’était l’occasion de donner des image fortes de régions paupérisées, abruties par le chômage, puissamment alcoolisées et sans avenir pour les jeunes. Certains de ces clichés vont se transformer avec le temps en icônes, sans cesse publiés et exposés. Ce sont sans doute eux qui ont valu à cet homme de terrain de passer à l’enseignement universitaire outre Atlantique. Un exercice où il y a bien sûr à gagner de l’argent, mais avec un risque de perdre un peu son âme. C’est très long, vingt et un ans à passer face à des élèves...

Une autre photo très célèbre de Chris Killip. Photo Succession Chris Killip.

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