Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PHOTO/Matthias Bruggmann est le lauréat du second Prix Elysée

Crédits: Matthias Bruggmann/Musée de l'Elysée, Lausanne

L'annonce a été faite lors de la «Nuit de la photo», qui a eu lieu le samedi 24 juin dans les jardins du musée. Le Prix Elysée, organisé en partenariat avec Parmigiani, s'est vu décerné pour la seconde fois. Il y avait huit nominés. Le Suisse Matthias Bruggmann l'a emporté à l'unanimité du jury. Il s'agit d'un travail sur le terrain, ce qui fait revenir l'institution à ses débuts, quand c'était le cheval de bataille du premier directeur Charles-Henri Favrod. Matthias Bruggmann est né en 1978 à Aix-de-Provence. Il a subi sa formation à l'Ecole de Vevey. L'homme travaille dans des pays pour le moins difficiles. Après Haïti, c'est la Libye, l'Egypte, la Somalie, l'Irak et surtout la Syrie. Il a commencé là un travail de longue haleine en 2012. 

C'est ce dernier qui se voit retenu avec un projet intitulé «A Haunted World Where It Never Shows». Le photographe bénéficiera d'une bourse de 80 000 francs consacrée pour une moitié à la production et poour l'autre à la publication d'un livre, en juin 2018. «Le projet ne laisse pas indifférent», explique Tatyana Franck, directrice de l'Elysée. «Si l'Elysée s'est construit à partir de la photo de reportage, il en a vu changer les codes. Matthias Bruggmann les questionne et les détourne dans un travail engagé, dont la portée est majeure.» L'intéressé commence par parler de son travail de manière complexe, le rapprochant notamment de la physique quantique. La suite de son propos me semble plus claire. «Il s'agit d'une tentative de créer un sentiment d'ambiguïté. Sa conception vise le public mal à l'aise. Je remets en cause ses propres suppositions morales. Je vise ainsi à susciter, chez un public occidental, une compréhension viscérale de la violence intangible que sous-tend tout conflit.» Le spectateur doit douter de tout. «Une partie du travail est destinée à amoindrir la confiance du public en ma propre fiabilité en tant que témoin et à forcer une réflexion plus poussée sur la nature de ce qui lui est présenté.» Voilà ce qui s'appelle du sérieux et du lourd!

Déjà présent au musée 

Matthias Bruggmann, qui «vit en travaille avec son ordinateur portable», est par ailleurs l'un des cofondateurs de l'espace d'art contemporain Standard/Deluxe à Lausanne, situé rue Saint-Martin. Son œuvre figure dans plusieurs collections publiques. On l'avait vu à l'Elysée en 2005. Il faisait alors partie des multiples jeunes pousses proposés par «reGénération1». Deux ans plus tard, le débutant faisait partie du commissariat de «Tous photographes!» au musée. Le reporter confirmé y entre maintenant en grand. 

Photo (Matthias Bruggmann): L'une des images caractéristiques du lauréat.

Texte intercalaire.

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