Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Philippe Junod publie un petit livre bienvenu sur le peintre genevois Edouard John Ravel

Né en 1847, mort en 1920, l'oncle de Maurice Ravel a donné dans tous les genres. Ses oeuvres, aux styles éclectiques, sont devenues très difficilement visibles aujourd'hui.

"La Fontaine de Jouvence", 1914.

Crédits: DR

Ravel. Prénoms Edouard John. Genève se montrait très anglophile au XIXe siècle. Si le patronyme reste bien connu, c’est bien sûr pour le compositeur du «Boléro». Notre homme n’en apparaît pourtant pas si éloigné. Né à Versoix en 1847, Edouard John fut bien l’oncle du musicien, à qui il a légué sa fortune. Maurice Ravel était le fils de son frère Maurice (un beau doublé). Et aujourd’hui, à Versoix, le centre culturel municipal se nomme «Boléro». Tout se tient!

Ravel a aussi donné quelques affiches. Photo DR.

Il semble difficile de dire que la littérature soit abondante autour d’Edouard John Ravel. Aussi le petit livre (64 pages, comme tous les ouvrages de la série) de Philippe Junod se révèle-t-il bienvenu. Ce Presto publié par Infolio comble une lacune. Il sort en effet régulièrement dans les ventes publiques locales des Ravel. Ses décors de Plainpalais ont été restaurés. Un important fonds de dessins est apparu à Paris il y a quelques années sur le marché de l’art. Et pourtant il n’existait rien (rien de neuf, en tout cas, à part une étude de 2017) sur un homme ayant marqué l’école genevoise de la fin des années 1870 à sa mort en 1920. Soyons justes! Il faisait alors figure d’attardé. Pensez que Ferdinand Hodler n’était plus depuis deux ans en 1920…

"La Justice chez les Helvètes"

Ancien professeur d’histoire de l’art à l’Université de Lausanne (il y a enseigné de 1971 à 2003), Philippe Junod raconte en quelques mots la vie sans histoires de Ravel. Il s’attache donc avant tout à situer son œuvre, assez abondant. L’entreprise ne se révèle pas facile. Doué, en possession de ce que l’on appelait alors «un solide métier», Ravel échappe aux définitions. Il a traité des sujets très variés, de la scène de genre au drame historique. Signalons à ce propos que son immense «La Justice chez les Helvètes» est roulée quelque part (mais où?) dans les dépôts des Hôpitaux Universitaires de Genève, à qui elle avait été imprudemment donnée. L’artiste a produit beaucoup de portraits, genre alimentaire s’il en est. Il s’est laissé séduire comme tout le monde à l'époque par le Valais traditionnel. Cette réserve d’Indiens a été peinte d’innombrables fois jusque dans les années 1940 par des artistes ayant en commun le fait de venir presque tous d’autres cantons: Genève, Vaud, Neuchâtel…

Le décor réaliste de la Mairie de Plainpalais. Photo DR.

Dans ces conditions, comment caractériser une inspiration. Un style. Ravel a touché à tout. Il suffit de penser à ses deux décors pour Plainpalais. A la petite mairie (Plainpalais est resté une commune séparée de la Ville jusqu’en 1931), le réaliste a donné une vue si ce n’est réelle du moins plausible des jardins maraîchers en 1894. En 1912, dans un symbolisme tardif, le visionnaire a imaginé des «Harmonies célestes» pour la Maison de commune avec plein de dames (un peu) dévêtues. Un décor d’une bonne dizaine de mètres en largeur recouvert de peinture grise en 1961, époque où l’on se voulait toute modernité. Une toile heureusement dégagée en 2000 au moment de la restauration des lieux. Les deux compositions se situent à l’antithèse l’une de l’autre. Comment les attribuer du coup au même homme sans regarder les signatures? Ravel est un créateur éclectique. Un praticien habile. Un homme évoluant au gré des modes. Il manque tout de même un peu de personnalité. Dans le genre, il est permis de lui préférer de loin un de ses concurrents locaux (qui perça lui en plus à Paris) comme Charles Giron. Giron, lui, mériterait amplement sa rétrospective.

Pratique

«Ravel», de Philippe Junod, Presto, aux Editions Infolio, 64 pages.

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