Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Philippe Favier revient à la galerie Wilde de Genève avec des "Carbones" d'un autre âge

L'artiste français a de nouveau utilisé ses trouvailles faites dans les brocantes. Cela donne de tout petits tableaux, créés avec une technique de graveur.

Un dessin au carbone pour une fois riche en différents traits.

Crédits: Philippe Favier, Galerie Wilde, Genève 2021.

Tout a commencé dans une brocante. Les Puces constituent aussi bien le début que la fin des objets. Philippe Favier a aperçu quatre gros cartons contenant des lettres «a-set». Je suppose qu’il me faut vous expliquer de quoi il retourne. Dans les années 1970, quand l’ordinateur n’avais pas commencé sa redoutable expansion, ces caractères préfabriqués se déposaient par décalcomanie sur la feuille blanche. Il existait aussi à l’intention des architectes des petits arbres (avec la version vue de haut) et des petits personnages à même d’agrémenter les plans. Ils leur conféraient en plus l’échelle humaine. Ce matériel se trouvait dans les papeteries. Il subsistait beaucoup de ces magasins en ce temps-là.

Philippe Favier. Photo fournie par la galerie Wilde, Genève 2021.

Philippe prend donc quelques feuilles en mains. Un peu sèches, mais encore utilisables. Et il annonce au brocanteur vouloir acquérir le lot entier. «Il n’a jamais voulu. J’ai juste pu obtenir de garder celles que j’avais déjà prélevées. J’avais l’air si enthousiaste que cet homme a dû croire que j’avais déniché un trésor.» L’artiste a alors fait multiplier les lettres et dessins en sa possession. «Je les ai associés à du papier carbone. Il jouait un rôle capital à l’époque où tout le courrier important s’écrivait, avec doubles, sur une machine à écrire.» L’ensemble réuni donnait de quoi produire de tout petits tableaux, dont le Français s’est fait une spécialité depuis des décennies (il a aujourd’hui 64 ans). «J’ai crayonné sur le carbone, qui s’est déposé sur mon papier.» Une technique de graveur, finalement. «Elle compense le fait que j’ai renoncé il y a bien des années à l’aquatinte.»

Cadres de rencontres

La galerie Wilde présente aujourd’hui à Genève le résultat des opérations. Cela fait pour Philippe une exposition de plus dans notre ville, où il a été très présent depuis les début des années 1980. On l’a en effet aussi bien vu au Musée d’art et d’histoire qu’au Halles de l’Ile ou chez Guy Bärtschi. Un peu de décor s’imposait à nouveau cette fois afin de relier entre elles des œuvres de poche. Les murs blancs sont donc recouverts par une large bande, peinte en noir ou en doré. De quoi souligner les cadres disparates. Parfois ovales. «Eux aussi viennent de marchés aux puces. Je les achète systématiquement en pensant leur trouver un jour l’usage voulu.» Ces baguettes, plus ou moins épaisses, viennent ici limiter le vide prolongeant des motifs minuscules (il faudrait parfois une loupe). Un fil de coton vient parfois compléter le trait. «Il s’agit de se montrer inventif sans jamais donner l’impression de se vouloir virtuose.» Tout doit garder l’impression d’un jeu. De là à penser que Philippe Favier reste un grand enfant...

Pratique

«Carbones, Philippe Favier», galerie Wilde, 24, rue du Vieux-Billard, Genève, jusqu’au 26 juin. Tél. 022 310 00 13, site www.wildegallery.ch Ouvert du mardi au vendredi de 14h à 18h, le samedi de 11h à 17h.

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