Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Peter Lindbergh, l'homme de la photo de mode en noir et blanc, est mort à 74 ans

L'Allemand avait commencé sa carrière à Berlin en 1973. Le succès était venu très vite, alors qu'il transgressait les codes. Cet anti-glamour a ainsi signé trois calendriers Pirelli.

Peter Lindbergh tenant un de ses livres d'images.

Crédits: Frazer Harrison, AFP

Le film que lui avait consacré le documentariste Jean-Michel Vecchiet est sorti en août. Il y a quelques jours, donc. Les «Women's Stories» sont aujourd'hui finies pour Peter Lindbergh. Le photographe vient de mourir à 74 ans. Le 8e art perd avec lui une de ses têtes d'affiche, du moins dans le créneau mode. Impossible en effet de ne pas avoir vu au moins une image, au noir et blanc volontiers granuleux, de l'Allemand qui vivait entre Paris, Los Angeles et Arles. Pourquoi la Provence? Pas à cause de la photo. Notre homme avait découvert la ville à cause de son idole d'enfance Vincent van Gogh.

Lindbergh a vu le jour au pire moment. C'était en 1944 dans une ville qui est très vite revenue à la Pologne. On la connaît aujourd'hui sous le nom de Lezno. L'enfant, qui s'appelait alors Brodbeck, a dû se réfugier avec ses parents dans la Ruhr. Un pays minier bien noir à l'époque. Il a grandi à Duisburg, une ville «où il n'y avait rien.» C'est là qu'il a fait ses classes, sans tout de suite penser à devenir photographe. Il a commencé sa carrière en tant qu'étalagiste, comme Jean Tinguely à Bâle. Puis il s'est mis à bouger, vivant même dans les années 1960 à Lucerne. Puis à Berlin. Le débutant a quand même fini par ouvrir un studio en 1973, sous un nom triomphal d'aviateur. Le succès commercial est venu très vite. La différence, sans doute. Ses œuvres se situaient à l'opposé du monde surcoloré de «Vogue» ou de «Harper's Bazaar» de ces années-là. C'était une révolution, comme Irving Penn en avait provoqué une autre (mais avec davantage de talent!) vers 1948. L'artiste s'est vu surchargé de commandes. En Allemagne, puis ailleurs. Il s'est ainsi installé à Paris en 1978.

La mode, une vache

Lindbergh a alors reçu tous les contrats possibles, suivis bientôt d'expositions hommages même en musées. Il reste ainsi le seul de sa profession à avoir signé trois calendriers Pirelli. C'était en 1996, 2002 et 2017. Il est permis de voir là un paradoxe. D'une certaine manière, Lindbergh, c'était l'anti glamour. Il voulait montrer les femmes «en toute honnêteté». Une chose difficile dans un univers «photoshopé», où toutes les filles «doivent mesurer un mètre quatre-vingts et donner l'impression de peser quarante-cinq kilos.» Il n'aimait en plus pas les adolescentes, leur préférant des modèles plus mûrs, avec une vraie personnalité. Peter détestait pas ailleurs la mode. «C'est une vache. Elle mange un truc, avale, régurgite, puis remâche la même chose. C'est un grand recyclage en boucle.»

La fameuse photo en chemises blanches avec six top-models. Succession Peter Lindgergh.

Dès lors, la production de Lindbergh frappait chaque fois un grand coup. Il était facile de reconnaître ce qui sortait de son appareil. Comme aujourd'hui encore pour Sarah Moon ou William Klein. Comme hier avec Helmut Newton. Ces gens ont juste le tort d'arriver après les grandes  années de l'élégance. Il leur faut toujours travailler contre les robes qu'ils montrent. Une chose que fait aujourd'hui très bien Angleterre quelqu'un comme Tim Walker. Dès lors, le public ne pouvait qu'aimer, ou alors détester ce que lui montrait Lindbergh. Personnellement, je n'était pas vraiment fan, mais c'est sans doute ma faute. Cela dit, qu'y a-t-il de pire que l'indifférence, cette forme polie de mort?

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."