Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Pet médiatique autour d'une statue à brûler de Felipe VI dans la foire ARCO de Madrid

Deux artistes catalans rompus au scandale ont réussi à éclipser à nouveau les autres oeuvres présentées. L'intéressé, qui a verni le salon d'art contemporain, n'a pas réagi.

La statue, que l'acquéreur devra détruire, dans le stand la la galerie Prometeo.

Crédits: Oscar del Pozo, AFP

C'est un pet dans l'eau. Mais un pet médiatique. La presse, les télévisions (et sans doute les radios) connaissent souvent ce genre de flatulences. La foire ARCO s'est ouvert le mercredi 27 février à Madrid avec un petit scandale. Il s'agit d'une statue géante du roi Felipe VI, le monarque lui-même mesurant près de deux mètres. L’œuvre est à vendre pour 200 000 euros. Mais attention! Son acquéreur doit s'engager à la détruire. Conçue comme un «ninot», autrement dit une figure de carnaval brûlée chaque année à Valence lors de la fête des Fallas, la chose est de toute manière composée de produits périssables. L'acte pose cependant problème. Anéantir ainsi une statue royale pourrait relever du droit pénal. La Couronne, mais aussi l'Espagne elle-même et ses symboles restent protégés, même si le Parlement se penche aujourd'hui sur un allègement du Code.

Les auteurs de cette statue de 441 centimètres de haut sont des professionnels de la provocation. Il en existe dans tous les pays. A l'heure où nombre de plasticiens ne créent en fait plus grand chose, ils se posent en penseurs, en politiciens voire en philosophes. C'est le cas de Santiago Sierra et d'Eugenio Merino, qui se sont associés pour créer la chose, visible sur le stand de la galerie Prometeo. Il s'agit en plus d'activistes. Les deux Catalans se sont séparément fait connaître par des œuvres montrant un punching-ball en forme de Franco ou une autre œuvre installant l'ex-dictateur, dont la dépouille pose aujourd'hui moult problèmes, dans un réfrigérateur. L'an dernier, à ARCO toujours, la grande vitrine madrilène de l'art contemporain, il y a aussi eu les photos floutées (mais apparemment pas assez) de détenus politiques. Santiago Sierra s'était vu censuré par l'ARCO, qui avait dû s'excuser.

Un petit tour sans commentaire

Tous les journaux y sont donc allés de leur article, basé en général sur la même dépêche de l’Agence France Presse, négligeant comme de juste les milliers d'autres pièces présentes à ARCO. Moi pas. L'intéressant était de raconter la suite. Qu'allait-il se passer lors du vernissage, où Felipe VI se promènerait en compagnie non seulement de son épouse, mais du président péruvien et de sa dame? Le Pérou est en effet l'hôte d'honneur de 2019. Eh bien, le souverain souriant, accompagné d'une Letizia toujours aussi star, a fait son petit tour. Il a passé assez loin de sa statue pour qu'on ne les photographie pas ensemble. Aucun commentaire. Le roi est ensuite allé sur autre stand plus flatteur montrant «nos rois préférés», où il s'est retrouvé en compagnie des Rois Mages et de Martin Luther King. «La maison royale a l'habitude d'éluder ainsi ce genre de problèmes» a sobrement commenté la chaîne de TV que j'ai consultée, SR News 247.

La statue de près. Tout le monde en aura parlé. Capture d'écran.

Cela dit, où en est la cote de popularité du roi, à l'heure où chacun se voit soumis aux sondages toute la sainte journée? En 2014, elle était de 77 pour-cent. Il y a eu un léger fléchissement depuis de la «confiance dans l'institution royale». Mais il ne faut pas oublier qu'il y a eu entre-temps la crise catalane, dont l'actuelle statue à brûler par contrat fait partie. Ses auteurs viennent après tout de là-bas. Plus quelques scandales familiaux retentissants. On ne peut pas dire que Felipe VI soit aidé par les siens... Cela dit, les conclusions en matière de popularité se révèlent très différentes si vous lisez «Point de vue» ou Mediapart... Faites peut-être une moyenne entre les deux.

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