Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Personne! La réouverture des musées suisses se révèle dure après la pandémie

Les gens peinent à retrouver les institutions du pays. Les jauges concédées sont énormes par rapport à la demande. On aurait parfaitement pu tout laisser ouvert.

Le Kunstmuseum de Bâle a prévu des traces de pieds au sol pour indiquer les passages à respecter.

Crédits: Giorgios Kefalas, Keytone

C’est rouvert. C’est ouvert. La Suisse s’en tire mieux que les autres pays, même si l’Italie et l’Allemagne ont consenti des efforts méritoires. Ses musées ont cessé de jouer à la Belle au Bois dormant depuis le 11 mai, même si Genève a comme d’habitude pris du retard. Ses institutions municipales ne sont sortie de leur sommeil qu’hier, jeudi 21 mai. Un moindre mal par rapport à la France, où il s’agit maintenant de distinguer les «grands» des «petits» musées, les discussions avec les syndicats n’arrangeant pas les choses. Quant aux Etats-Unis, ils resteront longtemps verrouillés. Le «Met» de New York ne pense pas refaire surface avant la mi-août.

Y a-t-il eu la ruée vers l’art, après deux mois de disette, les propositions numériques n’ayant que mieux fait comprendre l’importance des originaux? Eh bien non! En tout cas pas à La Chaux-de-Fonds, où je me suis retrouvé au Musée des beaux-arts dans une solitude favorisant il est vrai la contemplation. Au Locle, nous restions quatre. Vous me direz qu’il s’agit là de cités décentrées. Je vous le concède. Mais Genève?  Non! J e suis pourtant resté seul (avec les gardiens tout de même) au Centre d’art contemporain. Personne ou presque ne m’a coupé la vue sur les immenses toiles d’Olivier Mosset au Mamco voisin. Et le Kunstmuseum de Bâle ressemblait mercredi 20 mai à un désert, alors que la jauge restrictive concédée pour cause de pandémie est de 550. Notez que celle du Mamco se monte à 300. Autant dire qu’on aurait parfaitement pou les laisser ouverts après le couvre-feu du 16 mars!

Les seniors à Berne

C’est à Berne que j’ai vu le plus de monde, alors que les gens sortent frileusement de chez eux après huit semaines passées par certains dans un logis transformé psychologiquement en une sorte de ventre maternel. Pas de foule à la Kunsthalle! Mais il semble normal de la traverser en solitaire. C’est au Kunstmuseum que j’ai vu le plus de visiteurs venant voir l’artiste ghanéen El-Anatsui. Une assistance qui faisait plaisir à voir. A une exception, rien que des seniors. Sans masques, ce qui va presque de soi en Suisse alémanique, à l’exception d’un couple. Certains avaient des béquilles, mais ils semblaient contents d’être là. Un superbe pied de nez (pour ne pas dire un bras d'honneur) au Conseil fédéral voisin qui a honteusement voulu arracher les plus de 65 ans de la vie publique sous prétexte de fragilité. Fragilité mon œil!

Directrice du Kunstmuseum et du Zentrum Paul Klee, Nina Zimmer regardait attentivement ce public, tandis qu’elle répondait à une journaliste de la télévision. Il s’agit pour l’heure de SON public. Il n’y a plus de visites guidées. Les «scolaires», comme on dit en France, ne sont pas près de revenir. Demeure le troisième âge. Il constitue (quand il va bien) un monde curieux, disponible et cultivé. Il ne faut pas voir là un vieillissement dramatique du public. Chaque âge connaît ses plaisirs. La visite au musée se développe avec le temps. Tout le monde n’a pas la chance d’y avoir été emmené en culottes courtes par mon père, qui m’expliquait tout. Mais papa justifiait les thèses de la reproduction culturelle et sociale selon Pierre Bourdieu à lui tout seul!

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