Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Personne à un petit million d'euros! Un Monet s'écrase aux enchères près de Tours

Le tableau devait constituer le clou d'une vente dans un château. Il n'y a pas eu une seule offre. Comment un tel trou d'air est-il possible?

"La vue de Dieppe".

Crédits: Etude Rouillac.

Si l’on écoutait les maisons de ventes aux enchères, qui communiquent à tour de bras via leurs attachées de presse, il n’y aurait chez elles que des victoires. Des Austerlitz ou des Marignan pour les Français. Des Crécy ou des Waterloo pour les Anglais. Le bonheur des uns fait toujours le malheur des autres.

En cas de défaite, il ne subsiste normalement plus personne pour s’exprimer. Le site du mensuel «Connaissance des Arts» a cependant évoqué l’échec total de «La vue de Dieppe» de Claude Monet le 6 juin. Cette toile de petite dimension formait le clou de la vente annuelle de l’étude Rouillac au château d’Artigny (c’est près de Tours). Un amateur japonais anonyme s’en séparait. L’œuvre se voyait présentée à un prix de départ «cadeau». Un million d’euros. C’est peu si l’on pense qu’un des multiples «Bassin aux nymphéas» de l’artiste vient de se vendre passé 70 millions de dollars le 12 mai chez Sotheby’s à New York.

La faute à la Covid?

Eh bien, pas un doigt ne s’est levé. Aucun téléphone n’a retenti. L’ordinateur est demeuré silencieux. La toile s’est ainsi vue «ravalée», comme on dit dans la profession. Son authenticité ne semble pourtant pas poser de problème. Cela dit, je n’ai pas été vérifier la chose dans le catalogue raisonné Wildenstein en plusieurs volumes, faisant office de bible en la matière. Me Philippe Rouillac implique la crise sanitaire, qui sévit pourtant également aux Etats-Unis. Il faut toujours un ou une coupable. «Le gens n’achètent pas un million d’euros une peinture qu’ils n’ont pas vu.» Ce qui hélas devenu faux.

Que va-t-il advenir maintenant de la chose? Il y a trois possibilités. Une passive. Attendre la fin du Coronavirus. L’autre active. Envoyer le tableau se faire voir un peu partout dans le monde. Il existe enfin la solution raisonnable. S’arranger avec la Ville de Dieppe. Elle a, et on la comprend, très envie du tableau à cause du sujet. Il ne s'agit pas d'un sommet pictural certes, mais Monet a fait pire. La «Vue» trouverait donc sa place logique dans le musée. Il faudrait alors attendre un peu. Voire beaucoup. Dieppe réunirait l’argent, en laissant une petite place à l’un de ces «financements participatifs» devenus à la mode en France, de Lyon à Rennes en passant par Paris.

Un tableau "grillé"

Le Japonais anonyme décidera. Mais son tableau, pour employer le jargon des enchères, se retrouve aujourd’hui «grillé». Le marché de l’art, comme l’aviation, connaît des trois d’air. «Fasten your seatbelt»! Mais il semble ici difficile de redresser la barre.

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