Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PERPIGNAN/1953-1955. Quand Picasso venait visiter ses amis Lazerme

Crédits: DR

L'exposition inaugurale du nouveau Musée Hyacinthe-Rigaud tombe en plein la la cible. Elle réussit le tour de force d'unir l'art, l'histoire et le lieu. «Picasso Perpignan», qui raconte les séjours du peintre dans la ville entre 1953 et 1955, se déroule dans l'Hôtel de Lazerme. Et L'hôtel de Lazerme, vendu par le dernier représentant du nom à la Ville en 1973, est aujourd'hui devenu le Musée Hyacinthe-Rigaud.

L'action se passe sur trois petites années, décisives pour l'artiste. Pablo vient de se faire larguer par Françoise Gilot, sa muse depuis une dizaine d'années. C'est la mère de Claude et de Paloma, encore tout jeunes. Des liens subsistent, en partie à cause des enfants. Une photo étonnante, montrée à Perpignan, unit ainsi Françoise et Jacqueline Roque, qui s'apprête à prendre sa place. La confrontation semble assez détendue. Notez que les deux femmes ne posent tout de même pas côte à côte. Il y a du monde autour. Picasso recevait sa cour quand il était chez ses amis Lazerme.

Un air de Catalogne 

Pourquoi Perpignan? Pour une raison bien simple. La cité semble catalane à l'artiste. Or de la Catalogne espagnole, Picasso s'est promis de ne plus rien voir tant que Franco resterait au pouvoir à Madrid. Serment tenu, mais serrement de cœur. L'homme trouve ici une substitution entretenue par les Lazerme. Paule lui fait cadeau d'une coiffe typique, aussitôt portée pour un portrait chez un photographe de studio. Elle pose pour de grandes gouaches en costume traditionnel. En d'autres termes, la comtesse ravive la flamme. Le maître manque de se laisser séduire pour de bon. Jacques de Lazerme se met en quête d'un logis pour lui. L'affaire ne se fait pas. En 1955, Picasso s'installe à Cannes, dans la villa La Californie. Il pourra y épouser plus tard Jacqueline. Son épouse légitime Olga est morte en février 55. 

L'exposition raconte donc une histoire. Elle le fait au travers d'images fixes, de films d'amateurs, mais aussi (et surtout) grâce à un certain nombre d’œuvres originales. Certaines appartiennent à l'institution. Paule de Lazerme lui a ainsi remis en 1984 ses deux plus beaux portraits, d'une veine tout à fait réaliste. Les musées Picasso de Paris et de Barcelone ont prêté, du moins un peu. Le visiteur reçoit du coup une idée, sans doute juste, de ces trois ans vécus en creux, entre deux grandes périodes créatrices. L'année prochaine, le Musée Hyacinthe Rigaud rebelotera avec Raoul Dufy. L'ex-fauve a installé son atelier dans la cité pendant la dernière guerre et immédiatement après. Si le sujet 2018 se révèle tout trouvé, reste cependant à imaginer celui de 2019.

Pratique

«Picasso Perpignan, 1953-1955, Le Cercle de l'intime», musée Hyacinthe-Rigaud, 21, rue de Mailly, Perpignan jusqu'au 5 novembre. Tél. 00334 68 66 19 83, site www.musee-rigaud.fr Ouvert tous les jours de 10h30 à 19h jusqu'au 30 septembre, ensuite de 11h à 17h30, sauf le lundi. 

Photo (DR): L'affiche de l'exposition.

Ce texte intercalaire suit celui sur la rénovation du Musée Hyacinthe-Rigaud à Perpignan. 

Prochaine chronique le samedi 26 août. "Le luxe dans l'Antiquité" et l'Américaine Alice Neel à Arles.

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