Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Pendant le confinement actuel, les musées romands travaillent à la maison

Certains continuent leurs recherches. D'autres administrent. Il y a les catalogues à écrire. Vevey est même parvenu à faire deux nominations en ces temps troublés.

L'affiche de l'actuelle exposition de l'Ariana, à laquelle il faudrait donner "un supplément de vie".

Crédits: Ariana, Ville de Genève.

Si le Louvre se croise les bras (voir l’article situé une case plus haut dans le déroulé de cette chronique), qu’en est-il des musées de Suisse romande? Eh bien, logiquement, on y travaille, même si c’est à partir de chez soi. Depuis le mardi 17 mars, le télétravail sert de règle pour les scientifiques et les conservateurs. Il va en de soi qu’on ne peut pas assurer du gardiennage ou tenir la caisse d’entrée à distance. Du reste pour quoi et surtout pour qui, les institutions du pays ne devant pas rouvrir au mieux avant le 9 juin?

Que se passe-t-il? Tout dépend des cas. Pour l’Ariana, la directrice Isabelle Naef Galuba liquide l’administration, que je trouve personnellement tentaculaire à Genève. Il a aussi fallu, comme je vous l’ai déjà dit, régler le problème d’une poursuite de l’exposition sur les créations de Meissen du XVIIIe siècle intitulée «Folies de porcelaine». «Elle mérite un supplément d’existence», explique la conservatrice Anne-Claire Schumacher. Un accord doit être trouvé avec les propriétaires, Dieu merci tous suisses. «Le catalogue n’étant toujours pas sorti, il pourra servir de relance.» Il y a aussi la présentation suivante en sous-sol à prévoir. Il s’agira de montrer le fonds japonais de l’institution, «plus riche et plus varié que prévu, comme l’ont confirmé les experts venus nous voir.» Ce sera là une quatrième présentation globale des richesses du musée après l’Italie, les «Terres d’Islam» et la production anciennes suisse-alémaniques («Schnaps et röstis»). Stanislas Anthonioz est sur le chantier. Chez lui, bien sûr. Le catalogue se rédige en ce moment. «Nous aimerions bien ouvrir avant la fin de l’année, mais il n’y a là aucune urgence.»

Chantiers concrets

Au Château de Nyon, ce n’est pas une manifestation temporaire mais un réaccrochage des collections permanentes qui occupe aujourd’hui la minuscule équipe placée sous la direction de Vincent Lieber. «Le chantier proprement dit vient de reprendre, avec très peu d’ouvriers à la fois. Des cloisons sont posées pour de vrai, ce qui est bien. Vous pouvez concevoir la plus belle maquette du monde sans obtenir la vraie impression générale.» Raphaèle Gygi sert ici de scénographe. Les textes sont écrits par Roland Blaettler, qu’on a connu jadis à l’Ariana. C’est lui qui avait sorti le volume de la collection «CeramicaCH» sur le sujet. «Il s’agit sans aucun doute du plus fin connaisseur des fabriques nyonnaises.» Tout cela reste de la musique d’avenir. Mais aucune inauguration n’avait ici été prévue avant l’automne.

A Lausanne, je vous ai déjà dit que l’Hermitage, dirigé par Sylvie Wuhrmann, s’appliquait à pourvoir prolonger l’exposition sur les impressionnistes canadien. Elle devait en principe aller cet été à Montpellier. Au MCB-a (Musée cantonal des beaux-arts), la question semble réglée pour «A fleur de peau», sur la Vienne 1900, ainsi que me le disait le directeur Bernard Fibicher. La suite attendra. Comme pour l’Hermitage, «le coup sera dur à encaisser sur le plan financier.» La présentation des collections permanentes, elle, ne pose aucun problème. Cet accrochage réglé par Catherine Lepdor, Camille Lévêque-Claudet, Laurence Schmidlin et Nicole Schweizer était prévu pour durer deux ou trois ans. L’ouverture d’un seul jour qu’elle a connu le vendredi 13 mars (je vous en ai parlé, j’y étais) se verra donc largement compensée.

Le MAH à distance

Et aux Musées d’art et d’histoire de Genève? «A ma grande surprise, le service informatique de la Ville s’est très bien débrouillé», confie une collaboratrice désirant rester anonyme. «Tout ne s’est bien sûr pas débloqué d’un coup, mais après quelques jours j’ai pu continuer mes recherches en m’appuyant sur les bases de données.» Aucune pression particulière se voit exercée sur le personnel. Il faut dire que certains font en même temps des devoirs avec leurs enfants, leurs courses et leurs nettoyages tout seuls dans un bel appartement, alors que d’autre ruminent seuls dans un studio. D’où une certaine inégalité, voire même une inégalité. Certains chantiers vont reprendre. Le montage de l’exposition sur Fred Boissonnas apparaissait très avancé au Musée Rath lorsque le rideau de fer est tombé. La manifestation prévue ensuite au même endroit avec une chose virtuelle achetée au Canada pourrait en revanche disparaître. Faut-il s'en plaindre?

Dans l’ensemble, tout ne va donc pas si mal. «On n’a pas le droit de se plaindre», déclare un de mes interlocuteurs. «Nous avons la sécurité de l’emploi en tant que fonctionnaires. Notre salaire tombe chaque mois. Nous devrions plutôt penser à nos collègues américains, au moment où l’on lit que le tiers des musées des Etats-Unis, privés, pourraient disparaître du fait de la crise économique à venir.» Le Metropolitan Museum de New York, qui licencie aujourd’hui comme d’autres, a prévu une perte de cent millions de dollars dès la fin mars. J'y reviendrai. Ce qui passe le plus difficilement ici, ce sont les téléconférences nées parfois d’une sur-administration. Comme me l’a avoué une personne interrogée: «il n’est pas facile de discuter à vingt-trois, quand tout le monde se coupe la parole et que personne ne s’écoute.»

Une nouvelle surprenante

Je vais encore vous annoncer une bonne nouvelle. En plein confinement, je peux dire que le Musée Jenisch situé à Vevey, ville à la Municipalité en pleine déconfiture (elle frôle l’inexistence), est parvenu à se trouver une nouvelle conservatrice et une conservatrice assistante. La première étant il est vrai l’ex-assistante remplaçant une conservatrice disparue. Vous me suivez? Ces nominations restent à confirmer. Chacun sait qu’il convient de laisser du temps au temps.

N.B. Un geste physique, et non plus virtuel pour terminer. Lionel Bovier vient chaque jour dans son bureau directorial du Mamco. La vie continue! Bravo!

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