Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Peinture et sculpture. Le MAH genevois montre l'enfant dans l'art suisse du XIXe siècle

L'accrochage regroupe des oeuvres sorties pour l'essentiel des réserves de l'institution. Elles vont d'Agasse à Hodler avec une place importante pour la sculpture.

Scène enfantine de Jacques Laurent Agasse, qui a réalisé cette composition en plusieurs exemplaires.

Crédits: MAH, Genève 2020.

Le Musée d’art et d’histoire (MAH) est retombé en enfance. Entendons nous. Il n’est pas devenu gâteux, même si divers indices pourraient le laisser supposer. L’institution genevoise a tout simplement organisé une exposition sur les œuvres représentant des fillettes et des garçonnets de Jacques Laurent Agasse (1767-1849) à Ferdinand Hodler (1853-1918). Deux noms qui font mouche. Le parcours se termine en fait dans la première moitié du XXe siècle. Un choix raisonnable. Il n’y a guère eu avant la guerre de 1939 de véritable rupture dans notre ville ayant conduit à ce que les pompeux appellent «la modernité».

Le visiteur trouvera la chose dans la grande salle du premier étage, au bout de la galerie de peinture. Pour cause de Coronavirus, il doit cependant effectuer le tour entier avant d’accéder à la manifestation temporaire… par la fin. Mieux vaut cependant commencer au début, avec les panneaux d’explication (simples) à côté d’un double portrait, plutôt ennuyeux, de Ferdinand Hodler. C’est tout de même plus logique, même si la commissaire Brigitte Monti a préféré procéder par thèmes, en commençant par la mère et l’enfant.

Noms inconnus

L’idée principale de cet accrochage, qui suit celui consacré aux «Métamorphoses», est de travailler sur le fonds du MAH en sortant si possible des caves des œuvres invisibles depuis longtemps, voire à peu près inédites. Certaines se sont vues restaurées pour l’occasion. C’est sans doute le cas des sculptures, qui jouent ici un rôle considérable. Pour une fois, la statuaire ne joue pas les oubliées. Elle occupe même le centre de l’attention dans la mesure où les marbres, bronzes et terres cuites se voient posées sur un grand socle au milieu de la salle. Ces pièces vont de Chaponnière à Carl Angst, dont le public pourra ainsi découvrir le brillant «Printemps» de 1907.

L'affiche de l'exposition. Photo MAH, Genève 2020.

Beaucoup d’artistes présents sont aujourd’hui inconnus. Ou leur nom ne s’est vu perpétué que par celui d’une rue. Je pense à Léon Gaud ou à Louis Dorcière, ce dernier ayant même obtenu l’honneur d’une gare routière. La commissaire a bien sûr tenu à mettre le plus de femmes que possible aux murs. Nous sommes à Genève. La ville s’est un temps voulue «épicène», avant que les autorités réalisent la méconnaissance de ce mot par le bon peuple. Il y a donc aux cimaises de l’Elisabeth de Stoutz ou du Marthe Stettler parmi les Alfred van Muyden ou les Auguste Baud-Bovy. Beaucoup de toiles ont été acquises avec l’argent du Fonds Diday immédiatement après leur création. On se voulait alors moderne.

Deux exceptions

Au milieu de cet art finalement assez conformiste, deux œuvres tranchent brutalement. Il y a d’abord «L’enterrement de mon enfant», réalisé en 1884 par Daniel Ilhy. Une vaste toile horizontale où le sujet se voit relégué au fond, vu sa dureté. L’autre est «Les deux frères», peint en 1900 par Wilhelm Balmer, à qui l’on doit sans doute le projet d’un extravagant cadre. L’un des deux petits de cette peinture très adroite (Balmer est un artiste à redécouvrir) montre en plein centre de la vaste composition un zizi presque agressif. On n’oserait plus aujourd’hui dans notre époque d’hyper censure et de mères fanatisées. En 1900, cette nudité restait naturelle.

Pratique

«Enfants dans l’art suisse, De Agasse à Hodler», Musée d’art et d’histoire, 2, rue Charles-Galland Genève, jusqu’au 31 janvier 2021. Tél. 022 418 2600, site http://institutions.ville-geneve.ch/fr/mah/ Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Entrée gratuite.

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