Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Peindre à Avignon aux XVe et XVIe" siècles". Un colloque genevois a fait le point

Huitièmes journées sur "Peindre en France au XVIe siècle", la rencontre a aussi bien permis d'entendre des chercheurs confirmés que des orateurs débutants.

Un tableau avignonais du XVe siècle, qui a été mis en rapport avec le triptyque de Venasque.

Crédits: Petit Palais, Avignon 2019.

Tout s'est bien passé! Il y avait davantage d'auditeurs que d'habitude. Tous spécialisés sauf moi, bien entendu. Les conférences se révélaient bien préparées. Ceux ou celles qui ont débordé sur leur temps de parole avaient des choses intéressantes à dire. «Peindre à Avignon aux XVe et au XVIe siècles» pourra donc donner d'ici la fin de l'année au huitième volume sur l'art français du XVIe siècle, après le colloque du 26 et du 27 avril. Je rappelle qu'il s'agit là d'un projet initié par Frédéric Elsig à l'Université de Genève avec l'aide de Carmen Decu Teodorescu. Pour la ville des papes comme pour Bourges l'an dernier, il a cependant fallu élargir le champ des investigation jusqu'aux périodes précédentes. Certaines cités possèdent ainsi leur Grand Siècle. Parmi les conférenciers, Marie-Claude Leonelli a du reste confirmé que, d'une manière générale, le XVIe reste en France le parent pauvre. Peu d'intérêt!

Il a donc été question de peinture à Uni-Bastions, mais au sens large. Comme l'expliquait Frédéric Elsig en introduction, les panneaux étaient réalisés par des gens qui concevaient aussi des cartons de vitraux, des enluminures de manuscrits, des fresques ou des décors éphémères. Des hommes qui bougeaient par ailleurs beaucoup. «Il faut décloisonner la discipline sur le plan chronologique, géographique et technique.» Tout le monde s'y est appliqué pendant deux jours avec des mots supplémentaires sur les chercheurs au travail depuis le XIXe siècle, les restaurateurs qui peuvent vous changer l'apparence des œuvres, ou les collectionneurs les faisant voyager. Une bonne partie de la recherche actuelle, au vu des nombreuses images crachées par les «power points», portait sur des pièces inédites ressorties chaque année par le marché de l'art, que les conservateurs musées de français ont pourtant tendance à considérer comme le grand Satan.

Programme théologique complexe

Certaines interventions brassaient larges. D'autres portaient sur des points de détail. J'ai parfois eu l'impression de perdre le fil, avant de me rendre compte que ce fil n'existait pas encore. Il s'agissait souvent d'un état actuel des découvertes, qui se verra affiné d'ici la version publiée. Nous sommes parmi des chercheurs œuvrant pour la plupart du temps en archives. Une habitude qui s'est longtemps perdue. Maître de cérémonie de la seconde journée, Mauro Natale a ainsi avoué qu'il appartenait à la génération d'historiens qui s'en était détourné. Il y avait aussi des iconologues. Je reste sous le coup de la conférence d'Emma Capron sur le célébrissime «Couronnement de la Vierge» d'Enguerrand Quarton, au programme théologique complexe. Venue de Londres, Emma a fait glisser le substrat d'une célébration de la réunion des églises catholique et orthodoxe, décidée (sans succès...) au Concile de Florence de 1439, à une méditation provençale sur les «Révélations» de sainte Brigitte de Suède. Trapu, mais convaincant.

Comme je vous l'ai dit dans ma présentation préalable, ces journées servent également à mettre sur orbite des étudiants avancés. La recherche est une chose. La communication en constitue une autre. Comme il convient de savoir écrire d'une manière claire, il faut apprendre à parler en public. Là aussi, que de bonnes surprises! Mireia Castaño, Constantin Favre, Camille Lara et surtout Rafaël Villa ont paru très à leur aise. On avait envie de les écouter. Comme on était heureux d'entendre Dominique Vingtain, la dame du Petit Palais d'Avignon, détailler la restauration en cours d'un triptyque de Venasque jusqu'ici considéré comme irréparable. Il n'y a pas de sujet inintéressant. Il n'existe (hélas) que de mauvais orateurs.

L'année prochaine, il sera question de Toulouse. Puis de Beauvais. Ensuite on verra. La progression à travers les foyers culturels régionaux de la Renaissance, c'est aussi inépuisable que le Tour de France.

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