Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Peindre à Avignon aux XVe et XVIe siècles". Le colloque a abouti au livre

C'est le huitième de la série initiée à Genève par Frédéric Elsig, appuyé par Carmen Decu Teodorescu. Le symposium de 2020 sera remplacé par une publication prévue cet automne.

La couverture du livre actuel.

Crédits: DR

Le livre a pris cette fois un peu de retard. Il paraît normalement à la fin de l’année où s’est déroulé le colloque. C’est fin avril que les historiens de l’art discutent, dans une salle un peu délabrée d’Uni-Bastions, sur le thème «Peindre en France au XVIe siècle». Un sujet pointu, certes. Il y aurait apparemment davantage à dire de l’Italie ou de l’Allemagne. Seulement voilà! Pour ces deux pays, c’est fait depuis plus d’un siècle. On ne fait qu’y approfondir des détails. Ou alors gloser sur des thèmes relevant davantage du social que du pictural. Nous n’échapperons sans doute pas à une Renaissance «queer», «genrée» ou «pré-coloniale». Peut-être même que c’est déjà fait.

Initiée par Frédéric Elsig, professeur d’art médiéval à l’Université de Genève , gérée par Carmen Decu Teodorescu, la série des «Peindre en France au XVIe siècle» parcourt les villes importantes d’alors (ce ne sont pas fatalement les mêmes qu’aujourd’hui) après avoir fixé un cadre méthodologique lors des premières sessions tenues en 2011 et en 2012. Il y a ainsi eu huit colloques et huit publications scientifiques, sorties chez Silvana en Italie. Rien en 2013. Mais dès 2014 l’équipe a commencé son tour de France à la manière des coureur cyclistes. Pas d’étapes contre le montre, même si les bouclages ont sans doute été serrés. Pas de maillot jaune. L’important demeure ici le peloton. Après Lyon (2014) sont venus Troyes (2015), Dijon (2016), Rouen (2017) et Bourges (2018). L’actuel volume concerne Avignon. La cité des papes a cependant vu le propos élargi, son grand moment restant le XVe. Il s’agissait d’y parler sous un angle neuf de gens connus comme Barthélémy d’Eyck ou d’Enguerrand Quarton, mais aussi de gens pour le moins obscurs. Aviez-vous déjà entendu parler de Jean Changenet, Giovanni Capassini ou Pierre Villate? Si oui, chapeau pour votre culture!

Une version plus écrite

Les conférences, suivies de débats, se sont déroulées les 26 et 27 avril 2019. J’y étais. Je vous en ai du reste parlé. Les contributeurs ont revu depuis leur copie, afin d’en faire de vrais textes. Il y a eu des adjonctions. Je ne me souviens pas d’avoir entendu Jean-Christophe Baudequin, que je connais, prendre la parole. Ce n’est du reste pas son genre. Il n’en fait pas moins dans la version imprimée «Deux propositions pour Pierre Malet». Elles ont trouvé leur place auprès d’une enquête sur le «Triptyque de Venasque» (qui a donné lieu, une fois restauré, à une jolie exposition au Petit Palais d’Avignon en 2019) et de pas moins de trois articles de Cécile Scaillierez. Une conservatrice du Louvre à la parole toujours claire, précise et en même temps modeste. L’historienne apporte sa pierre. Elle dit ce qu’elle sait. Elle ne joue pas les oracles. Des élèves avancés de Frédéric Elsig ont à nouveau été mis à contribution. En vrai professeur, le Valaisan entend aussi leur donner une formation pratique. L’histoire de l’art, ce n’est pas que de la théorie. Il faut se confronter aux œuvres dans leur matérialité et s’attaquer aux archives. Autrement dit retrousser ses manches.

L'affiche de l'exposition avignonnaise de 2019. Photo DR.

Assez épais (262 pages, tout de même!), l’ouvrage clôt donc le chapitre avignonnais. Un gros morceau. Le thème de 2020 devait être Toulouse. Il subsiste selon Frédéric Elsig peu d’éléments du XVIe dans la ville rose, minée à la fin du siècle par les Guerres de religion. Il s’agit essentiellement d’enluminures. La ville étant étudiée à Genève comme «centre de diffusion», Carcassonne ou Auch faisaient partie du «corpus». L’étude se voulait pionnière en ce sens qu’à part «quelques noms inscrits au panthéon local», on ne sait pas grand-chose. Le public aurait retrouvé au passage l’itinérant Antoine de Longhy, qui sert de fil conducteur à travers le pays (1). Il y aurait eu un regard jeté sur l’Espagne et la Catalogne. Elles apparaissaient encore plus voisines jusqu’à l’annexion de provinces comme le Roussillon sous Louis XIV. Ici aussi, les conférenciers étaient supposés prendre en compte le XVe siècle, «qui relève ici du gothique international», comme le XVIe. Le champ étudié se serait arrêté à Jacques Boulbèn, mort en 1605 à Toulouse.

Beauvais en 2021

Quand j’ai rencontré Frédéric Elsig, fin février, le colloque était prévu pour les 24 et 25 avril. L’Université décourageait déjà l’organisation de symposiums internationaux, certains participants devant venir de France ou d’ailleurs. Mais elle ne parlait pas encore d’arrêter la machinerie entière. Il est aujourd’hui bien clair que le colloque n’aura pas lieu. Frédéric (excusez l’usage du seul prénom, mais on a fini par se connaître) et Carmen Decu Teodorescu ont eu une idée. Elle mériterait d’autant plus de faire école que nous sommes dans une université. S’il n’y aura pas de propos physiques, avec ce que cela suppose de questions chez les auditeurs et donc d’échanges, le volume se fera seul. Chacun écrira son (ou ses) article(s). Ils se verront relus et publiés dans ce qui deviendra le tome 9. Sortie normalement (mais y a-t-il encore du normal aujourd’hui?) en novembre-décembre. En 2021, l’équipe pourra donc se réunir autour du sujet prévu. Ce devrait être Beauvais, qui n’est plus qu’une grosse bourgade dans le pays aujourd’hui. C’était une autre affaire vers 1500, quand la cité envisageait de terminer la plus haute cathédrale du monde… qui n’en finit plus de menacer de s’effondrer depuis.

Frédéric Elsig. Photo DR.

(1) Frédéric Elsig a publié dans une série dédiée aux peintre à redécouvrir son Antoine de Longhy en 2019. Il a paru chez Silvana Editoriale et compte 137 pages. J'en ai fait un article.

Pratique

«Peindre à Avignon aux XVe et XVIe siècles», sous la direction de Frédéric Elsig, chez Silvana Editoriale, 266 pages.

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