Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

PATRMOINE/La maison des archers genevois devrait hélas être démolie

Crédits: Centre d'Iconographie genevoise

Il n'y a pas que le Plaza à être menacé, voire condamné. Le logis du Noble exercice du Tir à l'Arc devrait également disparaître à Chêne. Une pétition circule, elle aussi, par Genève. Le 25 août, date de la parution de l'article de Christiane Pasteur dans «Le Courrier», elle avait déjà recueilli 1300 signatures. Il s'agit de sauver un bel immeuble bâti en 1902 par Lucien Montfort. L'architecte s'inspirait des maisons patriciennes du XVIIIe siècle. Le local était destiné à abriter, à l'intérieur et bien sûr dans ses jardins, une société chassée à l'époque du Pré-Lévêque. Je rappelle que les archers ont aujourd'hui 571 ans. Leur naissance est donc antérieure à la Réforme de 1535. 

La maison se retrouve sur un sol très convoité à une époque où l'on ne parle plus, dans notre malheureuse ville, que de densifications et de surélévations. Un Plan localisé de quartier (PLQ) l'a vouée à la destruction, comme sept autres villas, pourtant été jugées intéressantes sur le plan patrimonial. Genève veut élever là quatre immeubles. Deux de dix étages et deux de cinq. Le tout dans un style architectural qui reflétera certainement tout son bon goût. Trois autres villas seront épargnées, dont les deux, dites «florentines» bordant la route de Chêne. Et pour cause! Elles ont été classées en 2012.

Une décision qui lie l'Etat 

La décision a été prise au temps où Mark Müller était conseiller d'Etat en charge de la construction. On se souvient que les choses n'ont pas très bien fini pour lui. Son successeur actuel Antonio Hodgers se dit les mains liées par son prédécesseur, même s'il avoue devant les journalistes qu'il n'aurait pas pris la même décision. D'aucuns accusent les actuels pétitionnaires d'être en retard, comme d'habitude. Bref, les larmes de crocodile se mêlent aux aboiements officiels. Les jeux sont sans doute faits. Il faut dire que la zone urbaine de Chêne semble aujourd'hui très dégradée. Il n'y qu'à regarder les hideux bâtiments entourant la belle villa servant de cœur à l'Ecole internationale. Mais il trouvera toujours des gens pour dire qu'il s'agit là du tribut que la cité doit payer pour devenir la grande, la merveilleuse, l'incroyable mégapole d'une région d'un million d'habitants. Comme aurait dit ma grand'mère, «les beaux mensonges rendent les fous joyeux.»

Photo (Centre d'Iconographie genevoise): Les archers devant leur maison de Chêne, vers 1930.

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui sur le Plaza.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."